Actes des Apôtres 17:30
Le texte
Après avoir parlé aux Athéniens du Dieu créateur qui n'habite pas dans des temples et qui n'est pas loin de chacun de nous, Paul arrive à la pointe de son discours : Dieu a laissé passer les siècles d'ignorance, mais ce temps-là est clos. Maintenant, dit-il, Il ordonne aux hommes, tous, en tous lieux, de se repentir. Un seul verset, et tout bascule : de la contemplation du Créateur à une sommation adressée à chacun.
Le cœur
Il y a dans ce verset une chose qui dérange et qu'il ne faut pas adoucir trop vite : Dieu a passé par-dessus des siècles entiers. Des générations ont vécu, sculpté leurs dieux, prié devant la pierre et l'or, et Dieu n'a pas foudroyé. Ce silence, était-il indifférence ? Paul ne le dit pas. Il dit seulement que ce temps est terminé. Ce qui change, ce n'est pas le caractère de Dieu, c'est le moment. Le mot « maintenant » est le pivot de toute la phrase. Quelque chose est arrivé dans l'histoire qui rend l'ignorance impossible à maintenir. Et la réponse demandée n'est ni un sacrifice, ni un temple, ni une offrande : un retournement de la personne entière.
Le fil conducteur
Pourquoi maintenant ? Paul répond au verset suivant : parce que Dieu a établi un jour de jugement par un homme, « l'ayant ressuscité d'entre les morts ». Le « maintenant » de la repentance repose sur un tombeau vide. Tout le fil de l'Écriture converge ici : Dieu, qui avait parlé par bribes, par promesses et par ombres, a parlé une fois pour toutes dans un homme mort et relevé. C'est pourquoi l'appel devient universel, « tous, en tous lieux ». Tant que Dieu était le Dieu d'un peuple, l'ignorance des autres avait une sorte d'excuse géographique. La résurrection fait sauter les frontières. Elle transforme un message local en sommation mondiale, et elle le fait sans violence : par un homme que Dieu a relevé.
Le miroir
Nous avons tous nos zones d'ignorance entretenue. Cette conversation avec votre frère que vous évitez depuis trois ans en vous disant que le temps arrangera les choses. Cette dépense que vous ne regardez pas trop en face. Cette dureté envers un collègue que vous appelez « franchise ». L'ignorance est parfois une chose que l'on choisit, parce que savoir obligerait. Or ce verset ne dit pas : « Dieu comprend ». Il dit : Dieu ordonne. Il y a une autorité tranquille et implacable là-dedans, et elle n'a rien de menaçant, sauf pour l'homme qui préfère l'obscurité. Le « maintenant » vous est adressé aujourd'hui, pas dans un futur vague. Prenez une feuille, écrivez une seule chose que vous savez fausse dans votre vie et que vous avez classée sous « je ne savais pas vraiment », et dites à voix haute : « Maintenant je sais, et je me détourne. »
Le détail
« Ayant passé par-dessus. » Le verbe grec, hyperidōn, signifie littéralement regarder au-dessus, ne pas fixer les yeux sur. Il ne dit pas que Dieu approuvait, ni qu'Il pardonnait d'avance, ni même qu'Il n'a rien vu. Il dit que Dieu n'a pas arrêté Son regard là. Comme quelqu'un qui traverse une pièce en désordre sans commenter, parce que ce n'est pas encore le moment de parler. Ce mot laisse une zone d'ombre que Paul ne comble pas : que sont devenus tous ces hommes des temps d'ignorance ? Il ne le dit pas. Il n'y a rien ici pour satisfaire notre curiosité sur le sort des autres. Il n'y a qu'une chose : le moment où Dieu cesse de regarder ailleurs et fixe les yeux sur nous.
Le profil
Devant Paul se tiennent des Athéniens fiers de leur héritage, des philosophes épicuriens et stoïciens habitués à discuter de tout sans être sommés de rien. Le texte le dit avec ironie : ils ne passaient leur temps « qu'à dire ou à écouter quelque nouvelle ». Ils s'attendaient à une doctrine de plus, à ranger dans le rayon des curiosités. Et voilà qu'un artisan juif leur annonce que leurs siècles de sagesse ont été des « temps de l'ignorance », et qu'un ordre leur est adressé personnellement. Pour un Grec, la religion se négociait par le rite ; on ne changeait pas d'esprit, on changeait d'autel. Exiger un retournement intérieur de tous, sans exception de rang ni de culture, c'était briser tout le code social de l'Aréopage.
L'intertexte
Paul avait déjà dit à Lystre que Dieu « a laissé toutes les nations marcher dans leurs propres voies » (Actes 14:16). Le même constat, deux fois : Dieu a longtemps semblé absent, et cette absence n'était pas Son dernier mot. Dans Romains 3, Paul appelle cela la patience de Dieu, qui a supporté les péchés commis auparavant en vue du moment où Sa justice se manifesterait dans le Christ. Ce que l'Aréopage entend comme une nouveauté brutale, Paul le comprend comme une longue retenue enfin rompue. Le silence de Dieu n'était pas du vide. C'était de l'attente.
Réflexion
Où, dans votre vie, avez-vous fait du silence de Dieu la preuve qu'Il ne demandait rien ?
Si le « maintenant » de ce verset s'adressait à vous ce soir, à quoi précisément faudrait-il tourner le dos ?
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