Exode 12:12
Le texte
Au cœur des instructions sur l'agneau, le sang et le pain sans levain, une voix se met à parler à la première personne : « je passerai par le pays d'Égypte cette nuit-là ». Dieu annonce ce qu'Il fera Lui-même : frapper tout premier-né, de l'homme jusqu'aux bêtes, et exécuter des jugements sur tous les dieux de l'Égypte. La phrase se referme sur quatre mots qui ne sont pas une explication mais une signature : « Je suis l'Éternel. »
Le cœur
Écoutez la scène. Il fait encore jour. Des familles entassées dans des maisons de briques, les portes marquées de sang qui sèche et noircit. Dehors, le bruit habituel d'une ville d'empire. Et une phrase circule de bouche en bouche, celle que Moïse a rapportée : cette nuit, Il passera. Non pas un ange anonyme, non pas la fatalité, non pas une épidémie. Lui. Ce verset dit quelque chose de dur et de nécessaire : le salut d'Israël n'est pas un mouvement de libération, c'est une visite. Dieu descend dans l'histoire, et là où Il descend, tout est décidé. Il n'y a pas de neutralité possible cette nuit-là, seulement des maisons marquées et des maisons non marquées.
Le fil rouge
« J'exercerai des jugements sur tous les dieux de l'Égypte. » Ce n'est pas seulement Pharaon qui tombe, c'est tout un panthéon : le taureau Apis, le soleil Rê, Pharaon lui-même tenu pour fils divin. Son premier-né meurt comme celui du captif dans la maison de la fosse. La dynastie divine s'effondre au même rang que les prisonniers. Ce combat traverse toute l'Écriture jusqu'à la croix, où un autre Premier-né meurt dans la nuit, et où Paul dira que Dieu a dépouillé les puissances. La Pâque n'est pas une image lointaine du Calvaire ; elle en est le premier acte, joué en costume égyptien, avec un agneau sans défaut et du sang sur le bois.
Le miroir
Nous préférons un Dieu qui sauve sans juger. Un Dieu qui délivre les opprimés, oui, mais qui laisse les dieux tranquilles. Or ce verset ne fait pas de tri : Il vient chez Israël aussi, et si le sang n'est pas là, la maison n'est pas épargnée. Demandez-vous honnêtement quels dieux d'Égypte habitent encore chez vous : la sécurité financière que vous appelez prudence, la réputation professionnelle que vous appelez vocation, le contrôle sur vos enfants que vous appelez amour. Ces choses ne sont pas mauvaises ; elles deviennent égyptiennes quand elles reçoivent le culte. Et Dieu ne négocie pas avec elles. Il passe, et Il exerce des jugements.
Le détail
Le verbe « passer » est plus rude qu'il n'y paraît. Au verset 12, Dieu passe par le pays, comme on traverse un territoire ennemi. Au verset 13, Il passe par-dessus les maisons marquées. Le même mouvement, deux issues. C'est de là que vient le nom de la fête : pesach, « passer par-dessus », épargner en enjambant. Rien dans les maisons israélites ne les rendait meilleures. La pâte n'avait pas levé, les enfants avaient peur, les hommes mangeaient debout, sandales aux pieds. La seule différence était extérieure, visible, mise là par obéissance : du sang sur les poteaux. Le salut, ici, ne dépend pas de la qualité de ceux qui sont dedans mais du signe qui est dehors.
Le personnage principal
Dieu parle ici comme personne d'autre ne parle. Cinq verbes à la première personne, sans intermédiaire, sans justification. Puis : « Je suis l'Éternel. » Ce n'est pas une conclusion logique, c'est une révélation d'identité. Le Dieu qui s'était nommé au buisson ardent se nomme maintenant dans la nuit du sang. Et c'est le même Dieu qui, quelques versets plus loin, ne « permettra pas au destructeur d'entrer dans vos maisons ». Il frappe et Il protège dans le même geste. Nous voudrions séparer ces deux visages, garder le protecteur et congédier le juge. L'Écriture refuse. Sa colère contre l'esclavage et Sa tendresse pour l'esclave sont la même sainteté, vue de deux côtés de la porte.
La question
Les premiers-nés égyptiens n'avaient rien décidé. Le fils du captif dans la maison de la fosse n'a jamais opprimé personne, et il meurt. Comment tenir cela ? Ne cherchons pas d'échappatoire trop rapide. Le texte lui-même ne s'excuse pas. On peut noter que l'Égypte avait commencé par noyer les fils d'Israël dans le Nil, et que le jugement épouse la forme du crime. On peut noter que Dieu revendique tous les premiers-nés comme siens. Mais aucune de ces deux remarques ne fait disparaître le grand cri du verset 30. Il reste dans le récit comme une plaie ouverte. Peut-être faut-il l'y laisser, et se souvenir qu'un jour Dieu n'épargnera pas Son propre Premier-né pour que le cri cesse.
Quel « dieu de l'Égypte » Dieu devrait-Il juger chez vous cette nuit, et pourquoi hésitez-vous à le nommer ?
Là où votre foi vacille, sur quoi vous appuyez-vous : sur ce qui se passe dans la maison, ou sur le signe qui est dehors ?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Quatre jours durant, l'agneau vit dans la maison. On le regarde, on s'y attache, il n'est plus un animal anonyme. Puis: "toute la congrégation de l'assemblée d'Israël l'égorgera entre les deux soirs." Personne ne reste spectateur. Ce n'est pas un autre qui a livré Christ à ma place. Sa mort me concerne de près.
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