Esdras 10
Le texte
Il pleut sur Jérusalem, en plein mois de décembre, et tout un peuple est assis dehors, dans la boue, à trembler. Esdras a passé la nuit prosterné devant la maison de Dieu, sans pain ni eau, en deuil à cause du péché des rapatriés: des hommes d'Israël, prêtres inclus, ont épousé des femmes des peuples du pays. Shecania propose un engagement radical: renvoyer ces femmes et les enfants nés d'elles. Le peuple jure, une commission siège trois mois durant, et le chapitre se termine par une longue liste de noms, celle des coupables, avec cette phrase nue: «il y en avait parmi eux dont les femmes avaient eu des enfants.»
Le cœur
Ce chapitre ne nous laisse aucun confort. Il dit que la sainteté de Dieu n'est pas une atmosphère mais une frontière, et que cette frontière passe parfois au milieu d'une maison. Israël ne revient pas d'exil pour recommencer comme avant; s'il se dissout dans les peuples du pays, la promesse n'a plus de porteur, et le retour n'aura servi à rien. Voilà pourquoi la faute n'est pas traitée comme une maladresse mais comme une infidélité, un mot qui appartient au vocabulaire du mariage. Et pourtant, la première parole après la confession n'est pas une menace: «il y a espérance pour Israël à cet égard». La grâce précède la décision douloureuse, elle ne la remplace pas.
Le fil rouge
Nous lisons ici la fidélité de Dieu à Sa promesse par des mains humaines maladroites, et le résultat nous grince aux dents. Faut-il approuver tout ce que fait Esdras? Le livre ne nous le demande pas; il raconte. Ailleurs dans les Écritures, Dieu déclare détester la répudiation, et Ruth la Moabite, épousée par un fils de Juda, figure dans la généalogie du Messie. Ces voix ne s'annulent pas: elles nous obligent à tenir ensemble l'exigence de la sainteté et l'élargissement de la miséricorde. La séparation dont Esdras avait besoin pour sauver un peuple, Christ l'accomplira autrement: en Lui, la sainteté ne chasse plus l'étranger, elle le fait entrer. Mais le coût, lui, ne disparaît pas; il se déplace sur Sa croix.
Le miroir
Nous préférons les péchés qu'il est facile de quitter. Ceux d'Esdras 10 ont des prénoms, des visages d'enfants, des accords de famille, des dots, des alliances commerciales avec les notables du voisinage. C'est là que le texte devient tranchant: il existe des compromis que nous avons tissés si profondément dans notre vie qu'en les touchant nous faisons saigner autre chose. Une habitude de mensonge au travail dont dépend une promotion. Un arrangement d'argent qui nourrit la famille. Une relation qui vous tient et vous tue. Le peuple ne dit pas «ce n'est pas si grave»; il dit: «nous avons grandement péché dans cette affaire.» Aujourd'hui, à haute voix, seul, dites à Dieu la phrase de Shecania au singulier: «J'ai été infidèle à mon Dieu», puis nommez la chose précise, sans l'adoucir. Rien d'autre. Juste la nommer.
Le personnage central
Esdras nous surprend par ce qu'il ne fait pas. Il ne monte pas en chaire, il tombe par terre. Il pleure, se prosterne, refuse de manger, et attend. Ce n'est pas lui qui propose la solution: c'est Shecania, un homme de la foule, dont un parent figure peut-être dans la liste des coupables. Esdras se laisse relever par les autres: «Lève-toi, car la chose repose sur toi, et nous serons avec toi.» Ce scribe savant porte le péché d'un peuple comme s'il était le sien, sans se retrancher derrière sa propre innocence. Il y a là une sorte d'intercession nue, faite de larmes plus que de mots, qui devrait nous faire honte de nos indignations confortables. Il souffre avant d'agir. L'ordre compte.
Le détail
La pluie. Deux fois elle revient, et ce n'est pas un décor. Le peuple est «tremblant à cause de cette affaire et à cause des pluies»: le tremblement devant Dieu et le froid du corps se mêlent, indistincts. Puis la pluie devient argument: «c'est la saison des pluies, et il n'y a pas moyen de se tenir dehors; et ce n'est pas l'œuvre d'un jour ni de deux.» Étrange sagesse. La repentance ne se règle pas en une assemblée émotive sous l'averse; il faut des semaines, des juges, des noms, une procédure. Le ciel qui trempe les épaules rappelle que nous sommes des créatures, lentes, fragiles, incapables de liquider notre passé en une soirée. Dieu accepte ce rythme.
Le contexte
Nous sommes vers 458 avant Jésus-Christ, environ quatre-vingts ans après le premier retour de Babylone. Le temple est rebâti mais Jérusalem reste une bourgade sans murs dans une province perse marginale. Les rapatriés, minorité pauvre, vivent au milieu de populations installées là depuis des générations. Épouser leurs filles, c'est sécuriser des terres, des alliances, une place. Esdras arrive avec un mandat royal et la Loi sous le bras, et découvre que les prêtres eux-mêmes sont concernés. Le neuvième mois, la vingtième journée: fin décembre, saison des pluies, le pire moment pour convoquer tout Juda. La menace de confiscation et d'exclusion montre à quel point l'enjeu est tenu pour vital. Et le chapitre se referme sur ces enfants dont l'Écriture ne dit plus rien.
Pour méditer
Où, dans ma vie, ai-je appris à vivre avec un compromis parce que le démêler coûterait trop cher à d'autres qu'à moi?
Qu'est-ce que cela me fait, que la Bible mentionne ces enfants sans me dire ce qu'ils sont devenus, et que puis-je faire de ce silence devant Dieu?
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Questions fréquentes sur Ezra 10
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Ce que la communauté partage sur Ezra 10
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci de connaître chacun par son nom, Élioénaï, Maascéïa, Ismaël, Nethaneël, Jozabad, Elhasça. Aucun de ces hommes revenus à toi n'a été oublié. Merci d'inscrire aussi nos repentances, même silencieuses, et de nous appeler par notre nom.
Merci, Seigneur, parce que « Benjamin, Malluc, Shemaria » ne sont pas de simples noms perdus dans une liste : tu les connais un à un, jusque dans leur repentance. Merci de m'inscrire aussi, avec mon nom, parmi ceux que tu relèves et ramènes à toi.
Père, ces noms oubliés de tous, tu les connais un à un. Toi qui vois ceux qui reviennent en silence, souviens-toi de moi aussi. Je veux faire partie de ceux qui choisissent de repartir vers toi, même quand personne ne le remarque.
« Et des fils de Zatthu : Elioénaï, Eliashib, Matthania, et Jerémoth, et Zabad, et Aziza. » Six noms au milieu d'une longue liste de repentance. Aucun n'a pu se cacher derrière le groupe. Devant Dieu, tu n'es jamais un anonyme dans la foule : ton nom est écrit, ta décision t'appartient. Que ferais-tu si on lisait le tien aujourd'hui ?
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