Ésaïe 2:2
Le texte
Ésaïe voit une chose qui n'existe pas encore : à la fin des jours, la colline sur laquelle est bâti le temple de Jérusalem sera fermement établie au sommet des montagnes, élevée au-dessus de toutes les hauteurs. Et vers cette hauteur, toutes les nations se mettront à couler, comme un fleuve qui remonterait sa pente. Deux images seulement, une montagne et une marée humaine, et rien encore sur ce qui se passera là-haut. Le verset suivant le dira. Celui-ci nous laisse d'abord devant le tableau : une élévation, et un mouvement du monde entier vers elle.
Le cœur
Il faut mesurer l'invraisemblance. Sion est une colline modeste, écrasée par l'Hermon au nord, sans rien de la majesté du Sinaï. Et Ésaïe annonce qu'elle sera « établie sur le sommet des montagnes ». Ce n'est pas de la géologie, c'est une déclaration sur qui, à la fin, aura le dernier mot. Dans le monde ancien, les montagnes étaient les sièges des dieux ; dire que celle-ci dominera toutes les autres, c'est dire que le Dieu de Jacob ne partagera pas le sommet. Mais remarquez comment Il l'obtient : pas par la conquête, pas par les chars dont le pays est plein (verset 7). Il est « établi ». C'est un passif. Quelqu'un d'autre agit, et ce quelqu'un est Dieu Lui-même.
Le fil conducteur
Le peuple à qui ce mot est adressé ne va pas monter, il va descendre : l'exil, le temple en ruines, la colline humiliée. La promesse traverse pourtant les siècles sans se démentir, presque mot pour mot dans Michée 4, comme si elle circulait entre les prophètes parce qu'elle était trop grande pour un seul. Et puis vient Jésus, qui dit à une femme de Samarie que l'heure vient où l'on n'adorera plus ni sur cette montagne-ci ni à Jérusalem. Il ne supprime pas la promesse ; Il en déplace le centre vers Lui-même. La lettre aux Hébreux ose dire aux croyants qu'ils sont déjà venus à la montagne de Sion. Nous sommes donc dans l'entre-deux : le fleuve coule déjà, le sommet n'est pas encore visible.
Le miroir
Demandez-vous ce qui, dans votre vie, occupe actuellement le sommet. Pas ce que vous confesseriez le dimanche, mais ce dont la hauteur organise tout le reste : la carrière qui décide des week-ends, la santé d'un parent qui décide de l'humeur, le solde bancaire qui décide du sommeil. Ésaïe ne vous demande pas d'abattre ces hauteurs. Il annonce simplement qu'un jour une autre montagne sera plus haute qu'elles, et que ce jour-là personne n'aura besoin d'être convaincu. En attendant, la question est de savoir si vous vivez avec cet horizon-là ou avec un horizon d'un mètre cinquante. Aujourd'hui : ouvrez votre agenda de la semaine, entourez la chose qui y domine tout, et dites-la à voix haute devant Dieu en ajoutant une seule phrase : « Ceci n'est pas le sommet. »
Le détail
Le verbe traduit par « afflueront » est en hébreu nahar, qui vient du mot pour « fleuve ». Les nations ne marchent pas, elles coulent. Or un fleuve coule vers le bas ; ici il monte. Ésaïe décrit un phénomène contre-nature, une eau qui remonte sa pente vers le sommet parce que quelque chose là-haut l'attire plus fort que la gravité. Personne ne les traîne, personne ne les convertit à la pointe de l'épée. Elles affluent. Ce détail change la couleur de tout le verset : la fin des jours ne ressemble pas à une reddition militaire mais à une soif. Et cela pose une question à nos manières de parler de Dieu, souvent plus proches de la pression que de l'attraction.
Le profil
Les premiers auditeurs vivaient sous l'ombre de l'Assyrie, une puissance qui déportait les peuples entiers et qui savait exactement ce que valait Jérusalem : peu de chose. Leur pays, dit Ésaïe quelques lignes plus loin, est plein d'argent, de chevaux et d'idoles ; ils cherchaient la sécurité là où tout le monde la cherchait, dans les alliances et l'armement. À ces gens-là, on annonce que les nations viendront un jour d'elles-mêmes vers la colline qu'elles méprisent. Ce fut sans doute inaudible, ou consolant jusqu'aux larmes, selon le jour. Il faut entendre le silence qui a dû suivre : un peuple menacé à qui l'on décrit un monde qui n'a plus besoin d'être menaçant.
Le personnage principal
Dieu n'apparaît dans ce verset que par Sa maison et par Sa montagne. Il ne parle pas encore, Il ne juge pas encore, Il ne fait rien de visible. Il est cette hauteur vers laquelle tout se met à couler. C'est une manière étrange et magnifique de Le peindre : non pas comme celui qui descend en tempête, mais comme celui qui est là, établi, immobile, et dont la seule présence finit par réorienter les peuples. Ce Dieu ne court pas après le monde. Il ne se justifie pas. Il attend, et Sa patience est de la même étoffe que Sa souveraineté. Il y a là quelque chose que nous ne comprenons pas bien, et le texte ne nous aide pas à le comprendre. Il nous laisse regarder.
Réflexion
Qu'est-ce qui, dans votre foi, relève de l'attraction, et qu'est-ce qui relève de l'effort ou de la pression ?
Si Dieu est « établi » sans avoir besoin d'être défendu, qu'est-ce que cela change à la façon dont vous parlez de Lui à ceux qui n'y croient pas ?
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