Jérémie 32:17
Le texte
Jérémie vient de faire quelque chose d'absurde : enfermé dans la cour de la prison, dans une ville dont les terrasses de siège touchent déjà les murs, il a pesé dix-sept sicles d'argent pour un champ situé en territoire occupé, il a signé, scellé, convoqué des témoins et confié l'acte à Baruc. Puis il prie. Et sa prière commence par un gémissement, pas par une doctrine : « Ah, Seigneur Éternel ! » Ce qui suit est une confession massive : Tu as fait les cieux et la terre par Ta grande puissance et par Ton bras étendu ; aucune chose n'est trop difficile pour Toi. Le prophète pose la création entière comme garantie d'un bout de terre qu'il ne verra probablement jamais.
Le cœur
Remarquez ce que Jérémie fait de la doctrine de la création : il ne l'utilise pas pour expliquer l'origine du monde, mais comme caution d'une promesse. Si Dieu a façonné les cieux, Il peut rendre habitable un pays réduit en cendres. Et l'expression « bras étendu » n'est pas neutre : c'est le vocabulaire de l'Exode, que Jérémie reprendra d'ailleurs quelques versets plus loin en parlant de la sortie d'Égypte. La puissance de Dieu n'est jamais exhibée pour elle-même dans la Bible ; elle est toujours au service de Son alliance. Voilà pourquoi ce verset n'est pas un slogan d'optimisme. Il dit : le Dieu qui crée est le Dieu qui tient parole, et Sa parole porte plus loin que les ruines que je vois de ma fenêtre.
Le fil rouge
Ce que Jérémie accomplit dans la cour de la prison porte un nom technique en Israël : le droit de rachat. Hanameël le dit explicitement : « à toi est le droit d'héritage, et à toi le rachat ». Le parent le plus proche doit racheter la terre menacée de sortir de la famille, pour que l'héritage ne soit pas perdu. Jérémie paie donc un prix réel pour un bien que l'ennemi occupe déjà, et il met l'acte à l'abri « afin qu'elles se conservent beaucoup de jours ». Voilà le motif que le Nouveau Testament reprendra sans hésiter : un parent qui paie de sa poche pour un héritage condamné, au moment précis où tout semble perdu. Christ ne rachète pas une création en bon état ; Il achète un champ sous occupation. Et le prix n'est pas symbolique, il est pesé. Que Dieu promette, quelques versets plus loin, « une alliance éternelle, que je ne me retirerai point d'auprès d'eux », montre où mène cette ligne : l'acte scellé dans le vase de terre attend un Rédempteur qui en signera l'exécution.
Le miroir
La vraie question que ce verset pose n'est pas « crois-tu que Dieu est tout-puissant ? ». Presque tout le monde le dit. La question est : as-tu déjà engagé quelque chose de coûteux sur cette conviction ? Jérémie n'a pas publié une tribune sur l'espérance, il a sorti de l'argent. Nous, nous avons nos champs d'Anathoth : le mariage où l'on a cessé d'investir parce qu'on a calculé les pertes, l'enfant adulte qui n'appelle plus et pour qui on a arrêté de préparer une place à table, le collègue que l'on a classé comme irrécupérable, la paroisse dont on parle déjà au passé. Nous ne nions pas la puissance de Dieu ; nous cessons simplement de miser dessus. Aujourd'hui, prenez une feuille, écrivez le nom de la personne ou de la situation que vous avez discrètement rayée, datez-la, et glissez-la dans votre Bible à Jérémie 32, comme un acte scellé dans un vase de terre.
La question
« Aucune chose n'est trop difficile pour Toi » : et pourtant la ville brûle. Jérémie le sait, il le dit lui-même à la fin de sa prière, presque comme un reproche : « et la ville est livrée en la main des Chaldéens ! » Il ne tire pas de l'omnipotence la conclusion que Dieu empêchera le désastre. C'est précisément ce qui rend ce verset irritant pour nous, qui voudrions que la toute-puissance fonctionne comme une assurance. La réponse de Dieu, au verset 27, n'est pas une explication mais la même phrase retournée en question : « quelque chose est-il trop difficile pour moi ? » Aucun motif donné pour le feu. Rien qui adoucisse l'exil. Seulement l'affirmation que la puissance qui n'a pas arrêté Nebucadnetsar reste engagée au-delà de lui. Le Calvaire ne dira pas autre chose : Dieu n'a pas évité la croix, Il est passé à travers.
Le détail
Tout commence par un soupir. Le mot hébreu est 'ahah, une interjection de détresse, le cri de quelqu'un qui reçoit une mauvaise nouvelle, pas la formule d'ouverture d'une liturgie. Jérémie vient d'obéir à un ordre déconcertant et la première chose qui sort de lui n'est ni l'action de grâce ni la certitude, mais une plainte : « Ah, Seigneur Éternel ! » Puis, dans le même souffle, sans transition, la plus vaste confession de foi de tout le livre. Retenez l'ordre des mots, car il nous libère : la théologie la plus solide de Jérémie naît à l'intérieur de son gémissement, pas après qu'il l'a fait taire. On peut tenir d'une main l'acte de propriété et de l'autre la terreur, et appeler cela prier.
Le contexte
Nous sommes en 587 avant Jésus-Christ, la dixième année de Sédécias, la dix-huitième de Nebucadnetsar. Les rampes de siège touchent la muraille, la famine et la peste travaillent déjà à l'intérieur. Jérémie est détenu dans la cour de la prison du palais, non pour un crime mais pour défaitisme : il annonce publiquement la chute de la ville, ce qui, en temps de guerre, ressemble à de la trahison. Sédécias est un roi trop faible pour le tuer et trop inquiet pour le libérer. Anathoth, le village du champ, se trouve à quelques kilomètres au nord de Jérusalem, en zone déjà tenue par les Babyloniens. Le cousin Hanameël vend probablement par désespoir financier. Et devant les Judéens assis dans la cour, Jérémie achète du vent.
Réflexion
Sur quoi votre confiance en la toute-puissance de Dieu vous a-t-elle déjà fait engager quelque chose que vous ne pouvez pas récupérer ?
Si Dieu peut tout, mais ne vous a pas épargné ce que vous avez traversé, qu'est-ce que vous confessez encore de Lui, et avec quelles mots ?
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Questions fréquentes sur Jeremiah 32:17
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Ce que la communauté partage sur Jeremiah 32
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Jérémie est enfermé dans la cour de la prison, l'armée ennemie campe devant la ville, et il signe un acte d'achat de terrain. Devant témoins. Avec soin. "Et je donnai la lettre d'achat à Baruc." On garde un papier parce qu'on croit qu'il servira un jour. Et toi, quel geste poses-tu aujourd'hui qui dit que Dieu aura le dernier mot ?
Merci, Seigneur Éternel, parce que tu as fait les cieux et la terre par ta grande puissance et par ton bras étendu. Ce que je porte depuis des mois, ce nœud que je n'arrive pas à défaire, n'est pas trop difficile pour toi. Merci de le tenir déjà dans ta main.
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