Josué 7
Le texte
Un beau manteau de Shinhar, deux cents sicles d'argent, un lingot d'or : de quoi tenir dans les bras d'un seul homme, enfoui sous le sol d'une tente au milieu du camp. Acan, de la tribu de Juda, a pris de ce qui était voué à l'Éternel lors de la chute de Jéricho, et personne ne l'a vu. Mais l'armée d'Israël, envoyée avec assurance contre la petite ville d'Aï, s'effondre : trente-six hommes tombent, et « le cœur du peuple se fondit et devint comme de l'eau ». Josué se jette à terre devant l'arche et accuse presque Dieu ; Dieu le relève sèchement, désigne le péché caché, fait tirer au sort tribu par tribu, famille par famille, jusqu'à l'homme. Acan avoue, et il est exécuté avec tout ce qui est à lui dans la vallée d'Acor.
Le cœur
Il faut sentir l'étrangeté du camp pour comprendre ce chapitre. Israël vit sous des tentes serrées, sans murs, sans distinction entre le privé et le public ; l'arche est là, au centre, comme une tente royale plantée au milieu du bivouac. La présence de Dieu n'est pas une idée réconfortante, c'est un voisinage brûlant. Voilà pourquoi le vol d'Acan n'est pas un simple délit : il installe l'anathème, le voué à la destruction, dans l'enceinte même où Dieu habite. Dieu le dit sans détour : « Je ne serai plus avec vous si vous ne détruisez pas l'anathème du milieu de vous. » Ce que ce texte affirme avec une rudesse que nous préférerions atténuer, c'est que la sainteté de Dieu n'est pas négociable, et que l'alliance lie tout un peuple, pas des individus juxtaposés. Le butin de Jéricho appartenait à Dieu comme prémices de la conquête ; le prendre, c'était voler le Donateur au moment même où Il donnait.
Le fil conducteur
La vallée d'Acor, « la vallée du trouble », devient un nom géographique et un avertissement gravé dans le paysage : un monceau de pierres que les caravanes longeront pendant des siècles. Mais le fil ne s'arrête pas là. Osée, bien plus tard, annonce que Dieu fera de la vallée d'Acor « une porte d'espérance » : le lieu du jugement retourné en lieu d'entrée. C'est exactement le mouvement que Christ accomplit. Ici, un homme meurt à cause de sa propre convoitise et le peuple est délivré de la colère ; à la croix, un Innocent meurt à cause de la convoitise des autres, et le peuple est délivré de la même colère. Josué 7 nous apprend ce que coûte l'anathème dans le camp ; l'Évangile nous dit qui, finalement, l'a porté hors du camp.
Le miroir
Ce qui frappe, c'est le mot d'Acan : « je les ai convoités, et je les ai pris ». Entre voir et prendre, il n'y a pas de délibération, juste une pente. Nous connaissons ce terrain : la note de frais un peu arrondie, l'heure de travail facturée qui n'a pas été travaillée, l'onglet fermé vite quand quelqu'un entre, le mensonge domestique qu'on juge inoffensif parce qu'il ne coûte rien à personne. Acan aurait juré que son affaire était privée ; trente-six familles ont enterré un père. Ce texte refuse l'idée que nos compromis restent enfermés sous notre tente. Aujourd'hui, avant ce soir : nomme à voix haute, seul, devant Dieu, la chose précise que tu gardes cachée « dans la terre, au milieu de ta tente », en disant comme Acan « j'ai péché contre l'Éternel », sans excuse ni explication ajoutée.
Le personnage principal
Josué est l'homme qui déchire ses vêtements et se trompe de cible. Sa prière est admirable et fausse à la fois : « pourquoi donc as-tu fait passer le Jourdain à ce peuple ? » Il regrette presque l'autre rive, comme la génération du désert regrettait l'Égypte. Puis il glisse vers un argument plus fin : « que feras-tu pour ton grand nom ? » Dieu ne le félicite pas de sa piété. Il le relève : « Lève-toi ; pourquoi te jettes-tu ainsi sur ta face ? » Il y a une prostration qui est de la foi et une prostration qui est un refus d'agir. Josué apprend ce jour-là qu'un chef ne peut pas prier à la place de l'obéissance, et il se lève « de bonne heure le matin ».
L'intertexte
Le contraste le plus net est avec Jéricho : là, une prostituée cananéenne cache des espions et sauve toute sa maison ; ici, un homme de Juda cache du butin et perd toute sa maison. L'appartenance ethnique ne protège personne ; la foi et l'obéissance décident. Et dans les Actes, Ananias et Saphira reproduisent presque le geste d'Acan, garder pour soi une part de ce qui a été consacré, au moment où l'Esprit vient d'établir Sa présence au milieu du peuple. Les deux récits marquent un commencement : Dieu montre, dès le premier pas, ce que signifie habiter parmi les Siens.
La question
Pourquoi les fils et les filles d'Acan meurent-ils avec lui ? Le texte n'explique pas, et je ne veux pas combler ce silence avec des hypothèses commodes sur leur complicité. Nous lisons avec des yeux modernes, formés à l'individu ; le monde d'Acan pensait la maisonnée comme un seul corps, et le récit assume cette solidarité sans la justifier. Reste que Dieu Lui-même corrigera plus tard ce principe, quand Il fera dire par Ses prophètes que le fils ne portera pas l'iniquité du père. Ce chapitre nous laisse donc avec une justice réelle mais non définitive, une étape dans une révélation qui avance. Je ne trouve pas cela confortable. Je trouve seulement que la Bible est plus honnête que nos systèmes.
Réflexion
Qu'y a-t-il, dans ma vie, que je qualifie de « privé » précisément parce que je sais qu'il ne supporterait pas la lumière du camp ?
Où est-ce que je prie avec ferveur pour éviter d'obéir, comme Josué à terre devant l'arche ?
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