Matthieu 14:30
Le texte
Pierre marche, puis Pierre regarde. Le vent est fort, et ce vent-là, il le sent sur son visage, il l'entend dans ses oreilles, il le voit creuser les vagues sous ses pieds. La peur le saisit, son corps cesse de tenir, l'eau se referme sur lui. Il lui reste alors exactement trois mots, arrachés à la gorge d'un homme qui coule : « Seigneur, sauve-moi ! » Pas une prière construite, pas une confession bien tournée, un cri. Le verset ne raconte rien d'autre que ce basculement très bref entre l'homme qui marchait et l'homme qui s'enfonce, et la seule chose qu'il sache encore faire dans cet intervalle : appeler Celui qui se tient debout sur la mer.
Le cœur
Ce cri est l'évangile en miniature. Pierre ne demande pas un conseil, ni une force supplémentaire pour mieux nager ; il demande à être sauvé, c'est-à-dire tiré de là par quelqu'un d'autre. Et notez ce qu'il reconnaît en appelant Jésus « Seigneur » au moment précis où la mer le reprend : dans toute l'Écriture, la mer est le domaine du chaos, ce que Dieu seul maîtrise, ce que l'homme ne foule jamais. Le Psaume 69 fait prier : les eaux montent jusqu'à l'âme, et seul Dieu peut en retirer. Pierre, qui coule, nomme Seigneur Celui qui marche sur l'abîme. Le salut n'est pas ici une récompense pour la foi réussie, il est la main tendue vers une foi en train d'échouer. C'est très exactement ce que signifie la grâce.
Le fil rouge
Depuis Genèse, l'eau profonde est l'image de ce qui défait la création : l'Esprit plane sur les eaux pour en faire un monde habitable, le déluge les laisse revenir, la mer Rouge s'ouvre pour qu'un peuple passe à pied sec là où personne ne passe. Chaque fois, c'est Dieu seul qui marche sur le chaos ou le force à reculer. Quand Jésus traverse la mer de Galilée à la quatrième veille et dit « c'est moi », Il reprend le Nom même que Dieu donnait à Moïse, et Matthieu fait dire aux disciples, quelques lignes plus loin, ce que tout cela signifie : « Véritablement tu es le Fils de Dieu ! » Le cri de Pierre est donc adressé à la bonne adresse. Il ne hurle pas vers le ciel vide ; il hurle vers le Créateur qui se tient à trois mètres de lui, dans un corps, mouillé par la même tempête.
Le miroir
Vous savez à quel moment vous enfoncez. Ce n'est pas quand l'orage commence, c'est quand vous cessez de regarder Celui qui vous a dit « Viens » pour calculer la force du vent : les chiffres du compte en banque, le résultat de l'examen médical, le silence de votre enfant qui a cessé de croire, la réunion de lundi où votre poste sera remis en question. Le vent est réel. Pierre ne se trompe pas en le voyant fort ; il se trompe en pensant que c'est le vent qui le porte ou le noie. Et notre orgueil tient souvent à ceci : nous préférons couler dignement en silence plutôt que crier. Nous appelons cela de la maturité spirituelle. Pierre, lui, crie. Aujourd'hui, dites à voix haute, seul dans votre voiture ou votre cuisine, ces trois mots en nommant précisément ce qui vous enfonce : « Seigneur, sauve-moi de ceci. » À voix haute, une fois. Pas plus.
Le profil
Matthieu écrit pour des croyants d'origine juive qui savent lire une mer. Pour eux, un homme qui foule les flots n'est pas un prodige amusant, c'est une revendication divine, et la panique des disciples qui crient « C'est un fantôme » se comprend mieux ainsi : on ne s'attend pas à rencontrer Dieu en chair sur l'eau. Ils lisent aussi ce chapitre après avoir lu la mort de Jean, décapité par un roi lâche lors d'un banquet. Leur communauté connaît la persécution, les procès, la dispersion. L'image d'une barque battue par les vagues pendant que le Maître est absent sur la montagne, ce n'est pas pour eux une métaphore élégante, c'est leur situation hebdomadaire. Et la réponse de Matthieu n'est pas : la tempête cessera bientôt. C'est : Il vient vers vous au cœur de la nuit, et Sa main est plus longue que vous ne croyez.
La question
Pourquoi Jésus laisse-t-il Pierre s'enfoncer ? Il aurait pu le soutenir avant la peur, calmer le vent avant l'appel. Au lieu de cela Il attend le début de la noyade, et quand Il saisit Pierre, Il ne le félicite pas d'avoir crié, Il le reprend : « Homme de petite foi, pourquoi as-tu douté ? » Il y a là quelque chose qui ne s'adoucit pas. Dieu ne nous épargne pas toujours l'expérience de notre impuissance, et parfois Il semble la provoquer. Je n'ai pas d'explication qui fasse disparaître le malaise. Je remarque seulement ceci : le reproche arrive après que la main a pris, pas avant. L'ordre compte. Nous aurions fait l'inverse, exigeant la foi comme condition du secours. Lui sauve d'abord, enseigne ensuite.
Le contexte
Nous sommes en Galilée, peu après l'exécution de Jean le baptiseur et le repas des cinq mille. Jésus a renvoyé les foules et contraint Ses disciples à partir en barque pendant qu'Il monte prier seul. La quatrième veille, c'est entre trois heures et six heures du matin : ils rament depuis la nuit contre un vent contraire, épuisés, à mi-chemin de nulle part. Le lac de Galilée est connu pour ces rafales qui tombent des hauteurs sans prévenir. Plusieurs de ces hommes sont pêcheurs de métier ; ils savent nager, ils savent aussi qu'on meurt sur cette eau. Pierre, le plus impulsif du groupe, demande un ordre avant de descendre, et c'est important : il ne tente pas un exploit, il obéit à une parole. C'est cette parole, et non son courage, qui le tenait.
Réflexion
Qu'est-ce que je regarde en ce moment avec tant d'attention que je n'entends plus la voix qui m'a dit « Viens » ?
Si Jésus tend la main avant de corriger, qu'est-ce que cela change dans la manière dont je parle à ceux qui, autour de moi, sont en train de couler ?
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Questions fréquentes sur Matthew 14:30
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En quoi Matthieu 14:30 reste-t-il pertinent aujourd'hui ?
Ce que la communauté partage sur Matthew 14
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci de nous avoir fait passer sur l'autre rive. Après la tempête et la nuit sur l'eau, tu as conduit la barque jusqu'à la terre de Génésareth. Merci pour les traversées achevées, pour les pieds qui touchent enfin le rivage, parce que tu restes à bord jusqu'au bout.
« Et lorsqu'il voulut le faire mourir, il craignit la foule, parce qu'ils le tenaient pour prophète. » Ce qui retient Hérode, ce n'est pas sa conscience, c'est le regard des autres. Et plus tard, c'est encore ce même regard, celui de ses invités, qui le poussera à tuer. Quand l'opinion est ton seul frein, elle devient vite ton bourreau. Qui retient ta main aujourd'hui ?
Merci, Seigneur Jésus, pour cette parole: «Ils n'ont pas besoin de s'en aller; vous, donnez-leur à manger.» Tu ne renvoies pas les foules affamées, et tu me confies le peu que j'ai, mes cinq pains, pour nourrir ceux que tu places sur ma route.
Pierre marchait déjà sur l'eau. C'est en regardant le vent qu'il a coulé. "Mais voyant que le vent était fort, il eut peur; et comme il commençait à enfoncer, il s'écria, disant: Seigneur, sauve-moi!" Trois mots seulement, criés en train de couler. Et ils ont suffi. Ta prière n'a pas besoin d'être belle. Elle a besoin d'être adressée à Lui.
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