Nahum 1:6
Le texte
Deux questions, posées comme un défi lancé au vide, et personne pour y répondre : « Qui tiendra devant son indignation, et qui subsistera devant l'ardeur de sa colère ? » Ce ne sont pas des questions d'école ; ce sont les questions que l'on crie quand la terre tremble sous les pieds. Puis vient l'image, brutale et concrète : la fureur de Dieu se déverse comme du métal en fusion, comme le feu qu'on renverse d'un creuset, et les rochers, ce qu'il y a de plus dur et de plus ancien dans le paysage, éclatent devant Lui. Le verset ne décrit pas une humeur divine. Il décrit ce qui reste debout quand Dieu se lève, et la réponse est : rien.
Le cœur
Il faut entendre ce verset avec les oreilles d'un paysan de Juda qui a vu passer les colonnes assyriennes. L'Assyrie gravait sur ses murs des empalés, des pyramides de têtes, des déportés attachés par des crochets aux lèvres. Elle était, littéralement, l'incassable : la puissance devant laquelle tout pliait. Et Nahum dit que devant l'Éternel, « les rochers sont brisés ». Le mot vise Ninive autant que la géologie. Voilà le cœur : la colère de Dieu n'est pas un accès d'humeur, c'est Sa fidélité qui rencontre la cruauté et refuse de s'en accommoder. Un Dieu incapable d'indignation serait un Dieu indifférent aux charniers. Le verset précédent l'a déjà dit : la terre elle-même « se soulève » devant Sa face. Ce qui terrifie l'oppresseur est exactement ce qui rend l'espérance possible pour l'opprimé.
Le fil rouge
La question de Nahum reste sans réponse pendant des siècles. Qui tiendra ? Personne. Ni Ninive, ni Babylone, ni Jérusalem elle-même, qui tombera un jour pour les mêmes raisons. Le prophète ne le sait pas encore, mais sa question attend quelqu'un. Au Golgotha, un homme se tient dans cette ardeur-là, et la terre tremble encore, et les rochers se fendent encore. La différence est décisive : cette fois, la fureur ne se déverse pas sur l'oppresseur mais sur Celui qui n'a jamais opprimé personne. Nahum décrit un feu que rien n'arrête ; l'Évangile montre où ce feu s'est arrêté. Non pas parce que Dieu aurait changé d'avis sur la cruauté, mais parce qu'Il a choisi de la porter Lui-même.
Le miroir
Nous aimons un Dieu tiède, et nous appelons cela la grâce. Mais essayez de dire à quelqu'un dont l'enfant a été détruit par un homme jamais inquiété que Dieu ne s'indigne pas. Ce verset rend à Dieu Sa dignité de juge, et il vous la retire à vous. Car la question « qui subsistera ? » ne s'adresse pas seulement aux Assyriens. Elle atteint le mépris que vous entretenez au bureau, la dureté que vous avez décidé d'appeler franchise, l'argent qui vous rend distrait envers ceux qui n'en ont pas. Il y a en vous un rocher que vous croyez incassable. Aujourd'hui, écrivez sur un papier le nom de la personne à qui vous refusez encore de céder, et relisez à voix haute la question de Nahum en tenant ce nom sous les yeux.
Le contexte
Nous sommes probablement peu avant 612 avant Jésus-Christ, dans un Juda vassal, humilié, qui paie tribut depuis des générations. Ninive est alors la plus grande ville du monde : des murs si larges qu'on y circulait en char, des jardins irrigués, des bibliothèques, et une machine militaire fondée sur la terreur méthodique. Un villageois d'Elkosh sent l'odeur de la peur avant celle du pain : chaque printemps, la saison des campagnes recommence. Annoncer publiquement la chute de cette ville relevait, humainement, du délire. Nahum ne parle pas depuis une position de force ; il parle depuis le camp des perdants, et c'est ce qui donne à ses images de tempête et de roc brisé leur tranchant politique.
L'intertexte
Le verset 3 tempère la lecture facile : « L'Éternel est lent à la colère et grand en puissance, et il ne tiendra nullement le coupable pour innocent. » Nahum cite la formule que Dieu proclame à Moïse au Sinaï, mais il en garde la moitié dure. Il connaît la patience divine ; Jonas, un siècle plus tôt, avait vu Ninive épargnée. Nahum écrit après que cette patience a été consommée. L'autre écho est plus doux et vient deux versets plus loin : « L'Éternel est bon, un lieu fort au jour de la détresse. » Le même feu qui brise les rochers devient forteresse pour ceux qui se confient. Tout dépend de la position dans laquelle on se trouve.
Le personnage principal
Le personnage est Dieu, et Nahum Le peint sans aucune tentative de Le rendre présentable. Il vient dans le tourbillon, les nuages sont la poussière de Ses pieds, les collines fondent. Ce n'est pas de la colère aveugle : c'est une colère qui a attendu, qui a des raisons, qui a un dossier. Le portrait est celui d'un Dieu engagé, capable d'être blessé par ce qu'on fait à Ses créatures, et dont la puissance n'est jamais séparée de Sa justice. On peut trouver cela dérangeant. Mais un Dieu qui ne se lèverait jamais serait un Dieu à qui l'histoire humaine, avec ses fosses communes, serait indifférente. Ce Dieu-là n'est pas celui de la Bible.
Réflexion
Devant quelle injustice concrète ai-je perdu l'espoir que Dieu se lève un jour, et qu'est-ce que cela dit de ce que je crois vraiment sur Lui ?
Si la question « qui subsistera ? » m'était posée aujourd'hui, sur quoi exactement est-ce que je compterais pour rester debout ?
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Ce que la communauté partage sur Nahum 1
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci, Seigneur, parce que le mal qui semble si enchevêtré, "entrelacés comme des épines", ne tient pas devant toi: il sera "dévoré comme du chaume sec". Je te rends grâce pour cette assurance qui calme ma peur ce soir, et pour ta force qui délivre les tiens.
Seigneur, tu es bon, et je m'appuie sur cela quand tout tremble autour de moi. Sois mon abri au jour de la détresse. Tu connais ceux qui se confient en toi, alors garde-moi près de toi, même quand je n'ai plus les mots.
Seigneur, tu ne restes pas indifférent au mal, et cela me rassure plus que je ne l'avoue. Là où l'injustice semble gagner, tu vois et tu agis en ton temps. Apprends-moi à te confier ce que je voudrais venger moi-même.
Père, tu vois les projets qui se trament dans l'ombre, ceux que je crains et ceux que j'ignore. Garde mon cœur de devenir moi-même un mauvais conseiller. Que mes pensées et mes plans restent tournés vers toi, dans la lumière.
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