Psaumes 45
Le texte
Un poète de cour sent son cœur déborder : « Mon cœur bouillonne d'une bonne parole », et sa langue devient « le style d'un écrivain habile ». Ce qui suit est un chant de noces royales en deux mouvements. D'abord le roi : plus beau que les fils des hommes, l'épée au côté, le char lancé « à cause de la vérité et de la débonnaireté [et] de la justice », les flèches aiguës, le trône éternel, les vêtements parfumés de myrrhe et d'aloès. Ensuite la mariée : une princesse étrangère sommée d'oublier son peuple et la maison de son père, parée d'or d'Ophir, conduite au roi en vêtements de brocart, entourée de ses compagnes. Le psaume se ferme sur une promesse dynastique : des fils comme princes, un nom célébré de génération en génération.
Le cœur
Le vertige du psaume tient en deux versets qui se touchent. Au verset 7 : « Ton trône, ô Dieu, est pour toujours et à perpétuité. » Au verset 8, immédiatement après : « Dieu, ton Dieu, t'a oint d'une huile de joie au-dessus de tes compagnons. » Le roi est appelé Dieu, et le roi a un Dieu au-dessus de lui. Israël, qui confesse chaque jour que l'Éternel est un, chante cela lors d'un mariage de palais. Le texte n'explique rien ; il laisse la tension ouverte. C'est précisément cette tension que l'épître aux Hébreux saisit en citant ces deux versets et en les adressant au Fils (Hébreux 1.8-9) : le langage était trop grand pour tout roi de Jérusalem, et il attendait Quelqu'un capable de le porter sans blasphème.
Le fil conducteur
Deux fils se nouent ici, et aucun n'exige d'allégorie forcée. Le premier est celui du trône : la promesse faite à David d'une maison et d'un règne stables pour toujours. Le psaume la chante lors d'une noce réelle, avec des parfums, de l'or et des invités, mais les mots dépassent l'occasion et restent suspendus au-dessus de chaque successeur, jusqu'à ce que l'un d'eux les remplisse. Le second fil est nuptial. L'ordre donné à la fille, « oublie ton peuple et la maison de ton père », reprend presque mot pour mot l'appel d'Abram en Genèse 12 : quitter sa parenté pour entrer dans une bénédiction plus vaste. Ce qui fut demandé au père des croyants est ici demandé à une épouse païenne. L'Écriture, plus tard, appellera cela les noces de l'Agneau.
Le miroir
« Oublie ton peuple et la maison de ton père. » La phrase gratte, et elle doit gratter. Elle dit qu'aucune allégeance, si ancienne et si légitime soit-elle, ne peut rester la première. La maison de votre père, ce sont les attentes de votre famille sur votre réussite, le métier qu'on attendait de vous, la manière dont on parle d'argent chez vous, la honte héritée, la fierté de clan. Rien de tout cela n'est méprisé ; tout cela est déplacé d'un cran. Et notez ce que le psaume promet en échange : non pas la perte, mais le désir du roi pour sa beauté, et des fils à la place des pères.
Aujourd'hui : reprenez le verset 2 et faites le travail du poète. Écrivez trois lignes, à la main, sur ce que vous voyez de beau dans le Roi, Jésus, et relisez-les à voix haute avant de dormir.
La question
Comment un peuple qui confesse un seul Dieu peut-il chanter à un homme : « Ton trône, ô Dieu, est pour toujours » ? Et comment ce même peuple peut-il célébrer un mariage avec la fille de Tyr, alors que la mémoire d'Israël retient surtout que les épouses étrangères ont détourné le cœur de Salomon et que Jézabel venait précisément de Tyr ? Le psaume ne s'en explique pas. Il ne promet pas non plus que ce roi-ci tiendra. Ce qui est troublant, c'est que le chant a survécu à l'effondrement de la dynastie qu'il célébrait. Israël a continué à le chanter sans roi sur le trône. On peut appeler cela de l'entêtement ; la Bible appelle cela l'espérance, et elle ne comble pas l'intervalle.
Le profil
Les premiers auditeurs étaient des gens de cour et de temple, les fils de Coré parmi eux, habitués au protocole. Ils entendaient de l'hyperbole royale, le langage normal des palais du Proche-Orient, où l'on saluait le souverain avec des mots énormes. Mais ils entendaient aussi autre chose : la mention de la vérité, de la débonnaireté et de la justice comme cause de la guerre du roi, ce qui est tout sauf une flatterie neutre. Un roi qui charge pour la justice est un roi jugé par elle. Et quand ils ont chanté ce psaume après l'exil, sans palais d'ivoire ni char, chaque verset est devenu une question adressée à Dieu : où est ce roi-là ?
Contexte
Le titre indique un air connu, « Shoshannim », les lis, et un genre précis : un chant de noces. Les mariages royaux étaient des actes politiques. Une princesse de Tyr apportait un traité commercial, un accès maritime, de l'or d'Ophir ; elle quittait son territoire et devenait l'otage doré d'une alliance. Les palais d'ivoire ne sont pas une image poétique : les rois du nord en ont réellement construit, incrustés de plaques d'ivoire importées. La reine placée à la droite occupe la position du pouvoir délégué. Et la clôture du psaume, « Au lieu de tes pères, tu auras tes fils », dit l'essentiel d'une monarchie ancienne : sans héritiers, tout s'effondre. On chantait donc, ce jour-là, la survie d'un royaume.
Réflexion
Quelle « maison de ton père » gouverne encore tes décisions sans que tu l'aies jamais examinée à la lumière de l'allégeance au Roi ?
Le psaume ose dire que le roi combat « à cause de la vérité et de la débonnaireté [et] de la justice ». Où vois-tu, concrètement, Jésus exercer ce règne-là aujourd'hui, et où attends-tu encore de le voir ?
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« Chevauche à cause de la vérité et de la débonnaireté et de la justice. » Remarque ce qui est placé au milieu : la douceur. Entre la vérité et la justice, le Roi ne galope pas pour écraser, mais pour relever. Sa force sert sa bonté. Et toi, quand tu as raison, à quoi ressemble ta manière de le faire savoir ?
Tes flèches sont aiguës, les peuples tomberont sous toi, dans le cœur des ennemis du roi." Ce Roi ne vise pas les corps, il vise le cœur. Et sa victoire ressemble étrangement à la tienne: le jour où sa parole t'a transpercé, tu es tombé, et tu t'es relevé aimé. Quelle part de ton cœur lui résiste encore aujourd'hui?
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