1 Chroniques 4:9
Le texte
Au milieu d'une liste de noms qui défilent sans respirer, engendra, engendra, engendra, le narrateur s'arrête net. Il y a un homme dont il faut dire quelque chose de plus : « Et Jahbets fut plus honoré que ses frères ». Puis, aussitôt, l'explication de son nom, et elle vient de la bouche de sa mère : « Je l'ai enfanté avec douleur. » Deux informations, apparemment contradictoires, collées l'une à l'autre en une seule ligne. D'un côté un honneur qui dépasse celui de sa fratrie ; de l'autre un nom qui, chaque fois qu'on l'appelle, rappelle un cri de femme en travail. Le texte ne résout pas la tension. Il la pose.
Le cœur
Ce demi-verset dit quelque chose de dérangeant et de libérateur sur la manière dont Dieu distribue l'honneur. Dans une généalogie, l'honneur se transmet : on est quelqu'un parce qu'on descend de quelqu'un, parce qu'on est l'aîné, parce qu'on porte le nom du père. Yaebets n'a rien de cela. On ne nous dit même pas de qui il est le fils. Il est identifié par la souffrance de sa mère, et c'est lui qui est « plus honoré que ses frères ». L'Écriture affirme donc, dès l'Ancien Testament, que la gloire ne suit pas la ligne de la performance ni celle du rang. Elle est donnée. Et elle est donnée, ici, à celui dont le nom même est une plaie ouverte. Dieu ne contourne pas la douleur pour honorer ; Il honore l'homme marqué par elle.
Le fil rouge
Il existe dans la Genèse une scène qui éclaire ce demi-verset comme une lampe : Rachel, mourante, appelle son fils Ben-Oni, fils de ma douleur ; Jacob refuse ce nom et l'appelle Benjamin, fils de la droite. Le père reprend le nom que la souffrance avait donné et le retourne en bénédiction. Ici, personne ne renomme Yaebets. Le nom de la douleur reste, et pourtant l'honneur vient. C'est exactement le mouvement qui culminera au Golgotha : non pas un nom de souffrance échangé contre un nom de gloire, mais un homme de douleur qui devient précisément par là le plus honoré de ses frères. Le prophète Ésaïe parlera d'un serviteur méprisé, habitué à la souffrance, et dont Dieu dit qu'Il Lui donnera une part avec les grands. Yaebets est une esquisse ; le Christ est le portrait.
Le miroir
Vous portez peut-être, vous aussi, un nom que vous n'avez pas choisi. Pas un nom d'état civil, mais l'étiquette collée à votre histoire : l'enfant du divorce, celui qui a raté sa carrière, celle dont la maternité fut un deuil, le frère qui a toujours été comparé. Nous consacrons une énergie considérable à effacer ce nom-là, à nous refaire une réputation par la réussite professionnelle, par des enfants brillants, par une spiritualité impeccable. Le texte ne dit pas que Yaebets a effacé son nom. Il l'a gardé, et il a été honoré avec. Cela devrait vous soulager et vous inquiéter à la fois : soulager, parce que Dieu n'attend pas que vous soyez présentable ; inquiéter, parce que l'honneur qu'Il donne ne ressemble sans doute pas à celui que vous cherchez.
Le personnage principal
Nous ne savons presque rien de Yaebets, et ce presque rien est déjà beaucoup. Un homme qui grandit avec, dans les oreilles, le souvenir du cri de sa mère. Chaque appel à table, chaque salutation au puits, chaque convocation devant les anciens : douleur, douleur, douleur. On imagine deux réactions possibles, l'amertume ou la révolte. Le verset suivant montre la troisième : il se tourne vers le Dieu d'Israël et Lui demande d'élargir ses limites et de le mettre à l'abri du mal, en sorte qu'il soit sans douleur. Ce n'est pas un homme fort. C'est un homme qui a compris que ce qui lui manque ne peut venir que d'ailleurs. Son honneur ne naît pas de son courage, mais de sa dépendance assumée.
Le contexte
Le Chroniqueur écrit après l'exil, pour un peuple rentré chez lui et qui ne ressemble plus à rien : pas de roi, un temple modeste, des familles décimées. Ces généalogies ne sont pas de l'archivage administratif ; elles sont un acte de foi. Elles disent : vous existez encore, la ligne n'est pas rompue. Et dans cette liste, c'est la tribu de Juda qui ouvre le bal, la tribu du roi promis. Quelques versets plus haut, le texte a mentionné Hur, « premier-né d'Éphratha, père de Bethléhem ». Nous sommes donc dans le voisinage immédiat du berceau messianique. Le peuple qui lit cela sait ce qu'est une naissance dans la douleur : la sienne, comme nation, en fut une.
Le détail
Le nom Yaebets est construit sur les mêmes consonnes que le mot hébreu ‛otseb, « douleur », mais dans un ordre légèrement bousculé. Ce n'est pas un hasard d'écriture : la Bible aime ces noms qui boitent, ces jeux de lettres qui suggèrent qu'un mot peut être retourné. La douleur est là, dans le nom, mais déplacée, comme un os remis autrement. C'est peut-être l'image la plus juste de ce que Dieu fait avec nos blessures. Il ne les supprime pas du récit ; Il en change l'ordre, et ce qui était une condamnation devient une adresse. La croix ne fait pas autre chose : mêmes clous, même bois, sens inversé.
Réflexion
Quel « nom » porté depuis l'enfance essayez-vous encore d'effacer par vos réussites, plutôt que de l'apporter tel quel à Dieu ?
Si l'honneur véritable passe par la douleur assumée et non contournée, qu'est-ce que cela change dans ce que vous demandez actuellement à Dieu dans la prière ?
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Questions fréquentes sur 1 Chronicles 4:9
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Ce que la communauté partage sur 1 Chronicles 4
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Au milieu de cette longue liste, une phrase toute simple: « Et les fils de Kenaz: Othniel et Seraia; et les fils d'Othniel: Hathath. » Othniel avait délivré tout un peuple, et le voilà réduit à une ligne. Son fils Hathath, lui, n'a aucune histoire connue. Pourtant son nom est là, gardé. Dieu n'oublie pas ceux dont personne ne raconte la vie.
Père, tu inscris des noms que personne ne raconte plus. Ma vie te semble parfois trop petite pour compter, pourtant tu la connais et tu t'en souviens. Merci de me garder dans ta mémoire, même quand je me sens invisible.
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