Genèse 3:22
Le texte
Dieu parle, mais pas à l'homme. Il parle de l'homme, à l'intérieur de ce mystérieux pluriel : « Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour connaître le bien et le mal ». Le serpent avait promis une ressemblance ; elle est arrivée, et Dieu Lui-même le constate, sans ironie mais sans félicitation. Puis vient une phrase qui ne se termine pas : « et maintenant, afin qu'il n'avance pas sa main et ne prenne aussi de l'arbre de vie et n'en mange et ne vive à toujours… ! » Le verset s'interrompt. Ce qui suit n'est plus un discours, c'est un geste : la sortie du jardin. Dieu ne finit pas sa phrase ; Il agit.
Le cœur
Nous lisons trop vite ce verset comme une punition jalouse, comme si Dieu protégeait un privilège. Mais regardez ce qu'Il empêche exactement : que l'homme, devenu connaisseur du bien et du mal sans pouvoir faire le bien, fixe cet état pour toujours. Vivre éternellement, oui, mais éternellement honteux, éternellement en train de coudre des feuilles de figuier, éternellement caché « au milieu des arbres du jardin ». La mort, si dure soit-elle, devient ici une frontière posée autour d'une blessure pour qu'elle ne devienne pas définitive. C'est une grâce qui ne ressemble pas à de la grâce. Dieu refuse de laisser Sa créature s'installer à demeure dans sa ruine. Le chérubin et l'épée ne gardent pas seulement un arbre ; ils gardent un chemin, et un chemin se garde parce qu'on compte y faire passer quelqu'un.
Le fil conducteur
Le verset se termine par une porte fermée, et toute la Bible va travailler à la rouvrir. Remarquez bien ce que gardent les chérubins au verset suivant : non pas l'arbre, mais « le chemin de l'arbre de vie ». Une sentinelle placée sur une route suppose que la route existe encore. Israël retrouvera ces mêmes chérubins brodés sur le voile du sanctuaire, gardant l'accès à la présence de Dieu, et ce voile se déchirera le jour où un homme mourra hors de la ville. Le Christ ne force pas le passage vers l'arbre de vie ; Il passe par la mort que Dieu a ici imposée comme frontière, et Il en ressort. La dernière page de l'Écriture montre l'arbre de vie replanté, accessible, au milieu d'une ville. La phrase interrompue de Genèse 3 y trouve enfin sa fin.
Le miroir
Ce verset met le doigt sur un désir que vous connaissez mieux que vous ne l'avouez : rendre permanent ce qui devrait mourir. Vous tenez à un statut professionnel qui vous définit trop, à une rancune contre un frère devenue partie de votre identité, à une image de vous-même que vous entretenez à grands frais. Comme Adam, vous savez maintenant distinguer le bien du mal, et vous découvrez que ce savoir ne vous rend pas capable du bien. Dieu refuse de laisser cette contradiction devenir éternelle. Autrement dit : la limite que vous ressentez, l'âge, la fatigue, l'échec qui interrompt votre projet, n'est pas toujours un châtiment. C'est parfois la main qui vous empêche de vous installer définitivement dans votre version défigurée de vous-même.
Aujourd'hui, prenez une feuille, écrivez en une ligne ce que vous vous épuisez à maintenir en vie alors que cela devrait mourir, puis dites à voix haute, seul : « Seigneur, mets-y une frontière. » Et jetez la feuille.
L'intertexte
Le serpent avait dit : « vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal ». Dieu dit maintenant : « l'homme est devenu comme l'un de nous, pour connaître le bien et le mal ». Les mots coïncident presque exactement, et c'est là que le récit devient terrible : le menteur avait dit vrai sur le résultat, et faux sur tout le reste. Ce que le serpent présentait comme une promotion, Dieu le constate comme un état à contenir. Le mensonge le plus efficace n'est pas celui qui invente, c'est celui qui dit une vérité partielle en taisant le prix. Et l'autre écho, plus lointain, est celui d'Apocalypse 22, où l'accès à l'arbre de vie est rendu à ceux qui ont lavé leurs robes, non à ceux qui avancent la main.
Le détail
« Afin qu'il n'avance pas sa main. » Ce geste n'est pas neuf dans le chapitre. Quelques versets plus haut, « elle prit de son fruit et en mangea ». La même main, le même mouvement, la même certitude que ce qui est désirable est à prendre. Dieu ne dit pas : de peur qu'il ne prie, ou qu'il ne demande. Il dit : de peur qu'il n'avance la main. Car c'est devenu notre réflexe, et le jardin n'est plus un lieu sûr pour un tel réflexe. La vie éternelle ne sera jamais quelque chose que l'on prend ; elle sera donnée, ou elle ne sera pas. Toute la différence entre Éden et l'Évangile tient dans cette main qui apprend à s'ouvrir au lieu de se refermer.
Le contexte
Dans le Proche-Orient ancien, un jardin irrigué n'était pas un coin de nature mais le parc d'un roi, symbole de sa puissance et de sa faveur. Y être admis, c'était appartenir à la cour. En être chassé, c'était perdre son rang. Les chérubins ne sont pas des angelots : ce sont les figures composites qui gardaient les portes des palais et des temples, sculptées pour signifier qu'on n'entre pas sans autorisation. Les premiers lecteurs de ce texte, un peuple qui avait connu l'exil, la terre perdue, la marche vers l'est loin du sanctuaire, entendaient là leur propre histoire racontée depuis son origine. Et ils entendaient aussi que Dieu, avant de fermer la porte, avait pris le temps de les habiller.
Réflexion
Qu'est-ce que je cherche à rendre définitif dans ma vie, et supporterais-je vraiment que cela dure toujours tel quel ?
Où, dans ma semaine, mon premier réflexe est-il d'avancer la main plutôt que de recevoir ?
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Ce que la communauté partage sur Genesis 3
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Après la faute commise DIEU a déjà tranché d\'un côté le mal et de l\'autre le bien à travers la scène de désobéissance dans le jardin d\'Éden.
Toute l\'ossature de l\'humanité venait ainsi d\'être dessinée.Il y\'aura ainsi cette dualité entre le mal et le bien jusqu\'à la fin des temps.
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