Genèse 43
Le texte
La famine ne lâche pas prise : le grain rapporté d'Égypte est mangé, et Jacob demande à ses fils de redescendre, sans mesurer que la porte est verrouillée par une condition impossible, « Vous ne verrez pas ma face, à moins que votre frère ne soit avec vous ». Juda se porte garant de Benjamin de sa propre personne, le vieux père cède en envoyant baume, miel, épices et le double de l'argent, et les frères repartent vers cet homme qu'ils ne reconnaissent pas. Reçus non pas en prison mais dans la maison de Joseph, terrifiés par cette hospitalité qu'ils croient être un piège, ils voient Siméon leur être rendu, Joseph sortir pleurer en secret, et se retrouvent attablés dans un ordre qui les stupéfie, Benjamin servi cinq fois plus que les autres.
Le cœur
Tout ce chapitre tourne autour d'un visage. Voir la face de l'homme d'Égypte, cela ne dépend pas de l'argent qu'on apporte ni de l'habileté des explications, mais d'une seule chose : venir avec le fils bien-aimé. Sans lui, pas d'accès, pas de pain, pas de vie. Et lorsque l'accès est accordé, la surprise est totale : l'argent qu'ils croyaient devoir se trouve déjà payé, et l'intendant leur dit ce que le texte tient à faire entendre, « C'est votre Dieu et le Dieu de votre père qui vous a donné un trésor dans vos sacs ». Voilà la logique de la grâce, exposée à nu bien avant qu'un mot de théologie ne soit inventé : la dette est réglée en amont, le créancier pleure en secret, et la table est déjà mise pour des hommes qui s'attendaient à être vendus comme esclaves.
Le fil rouge
La phrase décisive du chapitre ne sort pas de la bouche de Joseph mais de celle de Juda : « Moi, je réponds de lui ; tu le redemanderas de ma main. Si je ne te le ramène, et si je ne le présente devant ta face, je serai tous mes jours coupable envers toi. » C'est le vocabulaire de la caution : un homme met sa propre personne en gage pour qu'un autre puisse passer. Et c'est de ce Juda, non de Joseph, que naîtra le Lion de la tribu de Juda. Le patron se dessine ici avant d'avoir un nom : on n'accède à la face du seigneur qu'en compagnie du fils bien-aimé, la dette est acquittée par une main invisible, et celui qui se porte garant accepte de porter la faute à perpétuité s'il échoue. Joseph n'est pas le Christ trait pour trait, il dissimule encore et il éprouve. Mais la forme de la rédemption est déjà là, dans un contrat entre un père brisé et un fils qui s'offre.
Le miroir
Regardez les frères à la porte. On les invite à dîner et ils s'expliquent sur le seuil, l'argent tendu à bout de bras : « nous ne savons pas qui a mis notre argent dans nos sacs ». Ils préfèrent négocier debout dehors plutôt que d'entrer sans avoir réglé le compte. Nous connaissons ce réflexe. Le collègue qui vous a dépanné et que vous cherchez encore à rembourser d'une manière ou d'une autre. Le service dans l'Église accepté pour ne pas rester débiteur. La prière qui commence toujours par une justification. Et Jacob, plus bas encore : « si je suis privé d'enfants, j'en serai privé », le fatalisme d'un homme qui a déjà enterré son espérance pour ne plus avoir à souffrir. Aujourd'hui, prenez une personne qui vous a rendu un service que vous cherchez encore à compenser, et envoyez-lui un simple merci, sans y ajouter la moindre contrepartie.
Le contexte
Nous sommes environ vingt ans après la citerne. Joseph gouverne l'Égypte, seul grenier d'un monde en famine, et sa famille est restée en Canaan, des éleveurs semi-nomades sans réserves. Le présent que Jacob compose n'a rien de sentimental : baume, miel, épices, myrrhe, pistaches et amandes, ce sont exactement les marchandises de luxe que transportaient les caravanes qui ont emporté Joseph vers l'Égypte. Le père envoie à son insu le même chargement sur la même route. Le repas, lui, obéit à un code rigide : « les Égyptiens ne pouvaient manger le pain avec les Hébreux ; car c'est une abomination pour les Égyptiens ». Trois tables séparées, trois mondes. Les frères sont des solliciteurs prosternés devant un homme qui peut les réduire en esclavage d'un mot, et qui garde déjà Siméon en otage.
La question
Pourquoi Joseph prolonge-t-il la mise en scène ? Il voit Benjamin, ses entrailles s'émeuvent, il court pleurer dans sa chambre, puis il se lave le visage et se contient. Il aurait pu tout dire à cet instant. Le texte ne justifie rien. On peut supposer qu'il veut savoir si ces hommes sacrifieraient encore un fils de Rachel, et cette explication tient. Mais il faut aussi accepter l'autre lecture : Joseph n'est pas guéri. Il aime et il ne peut pas encore pardonner à voix haute. Pendant ce temps, un vieillard en Canaan compte les jours dans une angoisse réelle. La providence de Dieu passe ici par un homme qui n'est pas au bout de son deuil, et le récit ne nous autorise nulle part à imiter sa méthode.
Le détail
« La portion de Benjamin était cinq fois plus grande que les portions d'eux tous. » Ce n'est pas de la générosité distraite. Joseph recrée délibérément la situation qui a tout déclenché : le fils de Rachel ostensiblement préféré, sous les yeux des dix autres. La tunique bariolée revient sous forme de plat. C'est l'épreuve la plus fine du chapitre : supporteront-ils de voir un autre comblé sans raison, comblé plus qu'eux ? La réponse tombe en cinq mots : « ils burent, et firent bonne chère avec lui ». Ils se réjouissent à une table où ils ne sont pas les premiers servis. C'est peut-être la définition la plus simple de la conversion : cesser de mesurer la grâce reçue par le voisin.
Réflexion
Devant quelle porte suis-je en train de m'expliquer, alors que la table est déjà mise et l'addition déjà réglée ?
Qui, dans mon entourage, reçoit visiblement une portion cinq fois plus grande que la mienne, et suis-je capable de manger et boire à cette table sans amertume ?
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Ce que la communauté partage sur Genesis 43
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci pour Juda qui dit: « Je réponds de lui; tu le redemanderas de ma main. » Merci surtout pour Jésus, qui s'est porté garant de moi et m'a ramené devant ta face. Et merci pour ceux qui, aujourd'hui encore, portent la responsabilité de me protéger.
Merci, Seigneur, pour cette parole: « Vous ne verrez pas ma face, à moins que votre frère ne soit avec vous. » Tu ne me laisses pas monter seul vers toi. Merci de me lier à mes frères, et pour Jésus qui me conduit devant ta face.
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