Hébreux 12:14
Le texte
Deux choses à poursuivre, une conséquence redoutable. « Poursuivez la paix avec tous, et la sainteté, sans laquelle nul ne verra le Seigneur. » La paix regarde vers l'extérieur, vers les autres membres de la communauté et vers ceux du dehors; la sainteté regarde vers Dieu. Et l'auteur ne présente pas ces deux courses comme deux options complémentaires, mais comme une seule condition de la vision de Dieu.
Le verbe grec est diōkō, celui qu'on emploie pour la chasse et pour la persécution. Traquez la paix. Ne l'attendez pas: courez-lui après comme on court après quelqu'un qui s'enfuit.
Le cœur
Le mot « sans laquelle » grince. Nous venons de lire, au chapitre 10, que par une seule offrande Christ a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés. Et voici qu'on nous dit de poursuivre la sainteté comme si elle n'était pas encore acquise. Les deux sont vrais, et l'épître ne s'excuse pas de les tenir ensemble. La sainteté est un don qui devient une trajectoire. Le contexte immédiat le prouve: Dieu discipline Ses fils « afin que nous participions à sa sainteté » (v. 10). Ce n'est donc pas une performance morale que nous fabriquons, c'est une participation à ce qui est déjà Sien. Mais une participation réelle, qui se voit, qui coûte, et dont l'absence signifie que la relation n'a jamais commencé.
Le fil rouge
« Nul ne verra le Seigneur »: l'expression réveille tout l'Ancien Testament. À Sinaï, Dieu dit à Moïse que nul ne peut Le voir et vivre; Moïse n'obtient que de voir Son dos. Les prophètes qui aperçoivent quelque chose de la gloire, comme Ésaïe dans le temple, se croient perdus. Voir Dieu, dans les Écritures, est à la fois le désir le plus profond et le danger le plus grand. Or c'est précisément ce que notre verset promet, sous condition. Et quelques lignes plus loin l'auteur explique comment cela est devenu possible: nous ne sommes pas venus à la montagne qu'on ne peut toucher, mais « à Jésus, médiateur d'une nouvelle alliance; et au sang d'aspersion qui parle mieux qu'Abel » (v. 24). La sainteté sans laquelle nul ne verra le Seigneur n'est pas une échelle vers Sinaï; c'est le vêtement de ceux que le sang a déjà introduits en Sion.
Le miroir
Traquer la paix « avec tous » est plus dur que traquer la sainteté, parce que la sainteté peut se vivre seul, tandis que la paix dépend de gens qui ne coopèrent pas. Le collègue qui vous a doublé lors de la promotion. Le frère avec qui la succession a mal tourné et que vous croisez aux enterrements. Le membre du conseil d'église qui, il y a six ans, a dit cette phrase que vous n'avez jamais digérée. L'auteur savait exactement ce qu'il faisait en enchaînant sur « quelque racine d'amertume » (v. 15): la rancune n'est pas un problème privé, elle bourgeonne et « plusieurs » en sont souillés. Votre silence poli dans le hall de l'église n'est pas de la paix. C'est une guerre froide bien tenue. Et elle contamine plus de monde que vous ne croyez.
L'intertexte
Le mot « poursuivez la paix » vient du Psaume 34, qui invite à chercher la paix et à la poursuivre; Pierre citera le même psaume pour des chrétiens persécutés. Ce n'est donc pas un idéal de temps calme, c'est un ordre pour des gens sous pression.
La seconde moitié du verset croise directement la sixième béatitude: heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. Matthieu place la pureté et la vision de Dieu dans la même phrase, exactement comme Hébreux. Et juste avant, Matthieu bénit les artisans de paix. Les deux poursuites de notre verset sont donc les deux béatitudes qui se suivent dans le sermon sur la montagne. L'auteur ne cite pas Jésus; il pense comme Lui.
Une tension demeure, honnête: Paul, lui, ajoute une clause de réalisme, autant que cela dépend de vous. Hébreux ne l'ajoute pas. Il ne veut pas vous donner de porte de sortie.
Le personnage principal
Le personnage central de ce verset n'est pas nommé, mais Il domine tout le chapitre: le Père qui discipline. Ce Dieu n'est pas indifférent, et c'est ce qui Le rend inconfortable. Un père absent ne corrige pas. Celui-ci fouette « tout fils qu'il agrée » (v. 6), non par humeur, mais « pour notre profit ». Son but déclaré est de nous faire partager ce qu'Il est. Voilà le portrait: un Dieu qui refuse de nous laisser à distance de Sa propre sainteté, et qui accepte, pour cela, d'être mal compris pendant des années. La fin du chapitre le résume sans adoucissement: « notre Dieu est un feu consumant » (v. 29). Le feu qui purifie et le feu qui détruit sont le même feu.
Le profil
Ces lecteurs étaient fatigués. L'auteur vient de parler de « mains lassées » et de « genoux défaillants » (v. 12). Ils avaient subi des pertes de biens, l'exclusion sociale, peut-être la prison pour certains, et la tentation était de retourner vers une religion moins coûteuse. Dans une communauté épuisée, les conflits internes se multiplient: on se dispute pour de petites choses quand on n'a plus de force pour les grandes. Leur dire de poursuivre la paix avec tous, c'était leur demander l'effort qu'ils avaient le moins envie de fournir. Et leur rappeler la sainteté, à eux qui connaissaient le Lévitique par cœur, c'était dire: le sanctuaire n'est plus derrière un voile, il est devant vous, et vous y entrez en marchant.
Quelle personne vous vient à l'esprit quand vous lisez « la paix avec tous », et qu'est-ce qui vous retient concrètement de faire le premier pas cette semaine?
Où voyez-vous, dans les six derniers mois, une discipline que vous avez subie comme une perte et qui commence à ressembler à une participation à Sa sainteté?
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