Explication biblique

Ésaïe 42:5

Bible

Le texte

Au milieu du chant sur le Serviteur, la voix change de registre. Avant d'annoncer ce qu'Il fera de Lui, Dieu prend le temps de se présenter : « Ainsi dit ✶Dieu, l'Éternel, qui a créé les cieux et les a déployés, qui a étendu la terre et ses produits, qui donne la respiration au peuple [qui est] sur elle, et un esprit à ceux qui y marchent ». C'est une carte de visite posée sur la table avant que la promesse ne soit prononcée. Le verset ne raconte rien ; il établit qui parle.

Le cœur

Nous lisons souvent ce genre de phrase comme une formule pieuse, un préambule liturgique. Mais ici tout repose dessus. Une promesse ne vaut jamais plus que Celui qui la fait. Dieu va dire, au verset suivant, qu'Il tiendra la main de Son Serviteur et qu'Il en fera « une lumière des nations ». Comment croire une chose pareille quand on est un peuple vaincu ? Réponse : parce que Celui qui promet a déployé les cieux. Et remarquez la portée : Il ne donne pas le souffle à Israël seulement, mais « au peuple qui est sur elle », c'est-à-dire à toute l'humanité, y compris aux Babyloniens qui ont brûlé le temple. Le Créateur de tous devient le Sauveur de tous. Le salut universel du verset 6 est déjà contenu dans la respiration du verset 5.

Le fil conducteur

Le mot hébreu traduit par « respiration », neshamah, n'apparaît pas souvent. On le trouve en Genèse 2, quand Dieu souffle dans les narines de l'homme et que celui-ci devient un être vivant. Isaïe le reprend délibérément : le Dieu qui parle à des exilés est le Dieu du premier matin du monde. Ce n'est pas un ornement poétique, c'est un argument. Si la création a commencé par un souffle donné, la recréation d'un peuple mort peut commencer de la même manière. Et il faut lire le verset 1 avec celui-ci : sur le Serviteur, Dieu met Son Esprit. Le Donneur de souffle donne Son propre souffle à Celui qui portera le jugement aux nations. La ligne va tout droit jusqu'à la chambre haute où le Ressuscité souffle sur Ses disciples.

Le miroir

Vous respirez en lisant ceci. Vous ne l'avez pas décidé. Cette nuit, si vous dormez, quelque chose continuera sans vous. Nous vivons comme si l'existence était un acquis et le reste une négociation : la santé, le salaire, la place des enfants, le temps qui manque. Le verset renverse l'ordre. Ce qui est acquis, ce n'est rien ; ce qui est donné, c'est tout, jusqu'au prochain souffle. Cela console et cela dérange. Cela console quand vous êtes assis au chevet d'un parent dont la respiration devient irrégulière : ce souffle-là est entre d'autres mains que les vôtres. Cela dérange quand vous vous surprenez à traiter votre vie comme votre propriété, et Dieu comme un partenaire à qui rendre des comptes seulement le dimanche.

Le portrait

Imaginez-les. Des déportés dans la plaine entre les fleuves, une terre plate, sans pierre, où l'on construit en brique cuite. Chaque printemps, la ville célèbre le nouvel an : on sort les statues des dieux, on les charge sur des chars, la foule crie, l'encens monte, et le roi prend la main de la statue de Marduk pour recevoir sa royauté. Vous êtes là, au bord de la rue, un vaincu parmi les vaincus, et vous voyez avec vos yeux qui a gagné. Votre temple est un tas de gravats à mille kilomètres. Et l'on vous dit : Celui qui a déployé les cieux, c'est notre Dieu. Le verbe évoque le geste du nomade qui tend la toile de sa tente. Contre les ziggourats de brique, une image de bergers. C'était de l'insolence, ou de la foi.

La question

Alors pourquoi ce Dieu-là a-t-Il laissé faire ? Le chapitre ne s'esquive pas ; il répond même brutalement, quelques versets plus loin : « Qui a livré Jacob pour être une proie ? […] N'est-ce pas l'Éternel, celui contre qui nous avons péché ? » Le Créateur qui donne la respiration est aussi Celui qui a versé « l'ardeur de sa colère ». On aimerait choisir : ou le Dieu du souffle, ou le Dieu du feu. Isaïe refuse de séparer. Et il ne fournit pas de mécanisme, pas d'explication qui rendrait l'exil confortable. Il place seulement les deux vérités côte à côte et laisse le lecteur debout entre elles. Ce n'est pas une réponse. C'est un lieu où l'on peut tenir sans mentir.

Le détail

« Et un esprit à ceux qui y marchent. » Pourquoi marchent ? Le parallèle attendait quelque chose comme « ceux qui l'habitent ». Mais ces auditeurs-là n'habitaient plus rien. Ils avaient marché, en colonnes, sur des routes de poussière, du pays de Juda jusqu'aux canaux de Babylone. La marche était leur humiliation et leur identité. Dieu ne dit pas : Je donne un esprit à ceux qui sont chez eux. Il dit : à ceux qui marchent. À ceux qui n'ont pas encore de terre sous les pieds, pas d'adresse, pas de retour garanti. Trois versets plus loin, Il promet de faire marcher les aveugles « par un chemin qu'ils n'ont pas connu ». Le souffle est donné en route, pas à l'arrivée.

Réflexion

Où, dans votre vie, agissez-vous comme si le prochain souffle vous appartenait ?

Quelle promesse de Dieu vous paraît invraisemblable aujourd'hui, et que changerait-elle si vous la lisiez d'abord comme la parole de Celui qui a déployé les cieux ?

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Questions fréquentes sur Isaiah 42:5

Des réponses rapides aux questions les plus courantes sur ce passage biblique.

Que signifie Ésaïe 42:5 ?
Au milieu du chant sur le Serviteur, la voix change de registre. Avant d'annoncer ce qu'Il fera de Lui, Dieu prend le temps de se présenter : « Ainsi dit ✶Dieu, l'Éternel, qui a créé les cieux et les a déployés, qui a étendu la terre et ses produits, qui donne la respiration au peuple [qui est] sur elle, et un esprit à ceux qui y marchent ».
De quoi parle Ésaïe 42:5 ?
Nous lisons souvent ce genre de phrase comme une formule pieuse, un préambule liturgique. Mais ici tout repose dessus. Une promesse ne vaut jamais plus que Celui qui la fait. Dieu va dire, au verset suivant, qu'Il tiendra la main de Son Serviteur et qu'Il en fera « une lumière des nations ».
Quel est le contexte historique de Ésaïe 42:5 ?
Le mot hébreu traduit par « respiration », neshamah, n'apparaît pas souvent. On le trouve en Genèse 2, quand Dieu souffle dans les narines de l'homme et que celui-ci devient un être vivant. Isaïe le reprend délibérément : le Dieu qui parle à des exilés est le Dieu du premier matin du monde.
Que nous enseigne Ésaïe 42:5 sur le caractère de Dieu ?
Vous respirez en lisant ceci. Vous ne l'avez pas décidé. Cette nuit, si vous dormez, quelque chose continuera sans vous. Nous vivons comme si l'existence était un acquis et le reste une négociation : la santé, le salaire, la place des enfants, le temps qui manque. Le verset renverse l'ordre.
En quoi Ésaïe 42:5 reste-t-il pertinent aujourd'hui ?
Imaginez-les. Des déportés dans la plaine entre les fleuves, une terre plate, sans pierre, où l'on construit en brique cuite. Chaque printemps, la ville célèbre le nouvel an : on sort les statues des dieux, on les charge sur des chars, la foule crie, l'encens monte, et le roi prend la main de la statue de Marduk pour recevoir sa royauté.

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