Jacques 5:14
Le texte
Un membre de la communauté est cloué sur sa natte, fiévreux, incapable de venir à l'assemblée. Jacques ne lui dit pas de se débrouiller avec sa foi personnelle : « qu'il appelle les anciens de l'assemblée, et qu'ils prient pour lui en l'oignant d'huile au nom du Seigneur ». Trois gestes, dans cet ordre : le malade convoque, les anciens viennent, l'huile coule sur la tête pendant que le nom du Seigneur est prononcé à voix haute. Ce n'est ni une consultation médicale ni un rituel magique, mais une visite officielle de l'Église au chevet de quelqu'un qui ne peut plus se déplacer. Le verset précédent parlait de celui qui prie seul dans l'épreuve ; ici, la maladie fait sortir la prière du privé et la met en corps.
Le cœur du message
L'initiative appartient au malade, mais la charge appartient à l'Église. C'est une théologie discrète et redoutable : Dieu ne traite pas avec des individus isolés, Il traite avec un peuple, et Il a placé dans ce peuple des hommes responsables qu'on a le droit de déranger. L'huile n'a pas de pouvoir en elle-même ; ce qui agit, c'est « le nom du Seigneur » prononcé sur un corps qui lâche. Le geste dit ce que les mots seuls ne disent pas : ta chair aussi appartient au Christ, ta chambre n'est pas hors du royaume. Et il y a là un renversement du monde antique, où le malade était suspect, impur, mis à l'écart. Ici, il est celui vers qui l'Église se déplace.
Le fil conducteur
L'huile traverse toute l'Écriture comme signe de mise à part : on en versait sur la tête des rois, sur les prêtres, sur les pierres dressées après une rencontre avec Dieu. Le mot même de Christ signifie « oint ». Quand les anciens font couler l'huile sur un fiévreux, ils font sur ce corps affaibli le geste réservé aux rois d'Israël, et ils le font « au nom du Seigneur », c'est-à-dire au nom de Celui qui a été oint jusque dans Sa mort. Les Douze avaient déjà fait cela, en Marc 6, en oignant d'huile les malades des villages de Galilée : Jacques ne fonde pas un rite nouveau, il installe dans l'Église locale ce que Jésus avait mis entre les mains de Ses envoyés.
Le miroir
Nous avons appris à ne pas déranger. On ne veut pas être un poids, on gère, on dit que ça va passer, on attend le résultat de l'examen avant d'en parler à qui que ce soit. Jacques coupe court : le premier acte de foi du malade n'est pas d'endurer en silence, c'est de convoquer. Appeler, c'est avouer qu'on ne peut plus venir soi-même, et cet aveu-là humilie plus que la maladie. Il y a aussi l'inverse : l'ancien, le responsable de groupe, qui envoie un message et se croit quitte, alors que le texte suppose des pieds sur le seuil, une main, une odeur d'huile dans une chambre. Aujourd'hui : téléphonez à une personne de votre église qui est malade depuis plus d'un mois, et demandez-lui quand vous pouvez passer prier chez elle.
Le profil
Ceux qui écoutent cette lettre connaissent des maisons où l'on meurt vite. Une plaie qui s'infecte, une fièvre en trois jours, une femme qui ne se relève pas d'un accouchement. Dans leur monde, le malade est celui dont on chuchote qu'il a peut-être fait quelque chose ; on l'écarte, on craint la contagion et la souillure. Beaucoup ont vu des voisins porter des amulettes, murmurer des formules où l'on empile les noms de plusieurs divinités pour être sûr d'en toucher une. Jacques leur donne un seul nom, et des visages connus : les anciens, ceux qui tranchent les conflits et distribuent l'aide aux veuves. Que ces hommes-là s'agenouillent près d'une natte, cela redéfinit qui compte dans l'assemblée.
Le contexte
La lettre s'adresse à des communautés juives dispersées, pauvres pour la plupart, comme le montre la charge brûlante des premiers versets du chapitre contre les riches qui retiennent « le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs ». Dans ce monde-là, tomber malade, c'est cesser de gagner sa journée, donc entraîner sa famille vers la dette. L'huile d'olive, elle, n'est pas un produit de luxe : on en cuisine, on en éclaire la maison, on en frotte les plaies. Elle sent la campagne et le pressoir. Que les anciens l'apportent, c'est le geste le plus ordinaire du monde, et c'est justement pour cela qu'il porte : Dieu ne demande pas d'ingrédient rare, Il prend ce qui traîne déjà dans la cuisine.
L'intertexte
Le verset suivant refuse de laisser la scène dans l'intimité d'une chambre : « Confessez donc vos fautes l'un à l'autre, et priez l'un pour l'autre, en sorte que vous soyez guéris ». Jacques élargit ce qu'il vient de dire aux anciens à toute l'assemblée ; la visite officielle n'est pas une exception réservée aux cas graves, mais le modèle d'une communauté où l'on se porte mutuellement. Et l'exemple qui suit est déroutant : Élie, « un homme ayant les mêmes passions que nous ». Pas un héros spirituel, un homme comme le lecteur. Ce sont donc des mains ordinaires qui versent l'huile, et une prière ordinaire que Dieu écoute.
Réflexion
Qui, dans votre église, est malade depuis assez longtemps pour que vous ayez cessé d'y penser, et qu'est-ce qui vous empêche d'aller chez lui plutôt que de prier pour lui de loin ?
Si demain vous tombiez gravement malade, appelleriez-vous quelqu'un, ou votre silence servirait-il surtout à protéger l'image que vous donnez de vous-même ?
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Questions fréquentes sur James 5:14
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Ce que la communauté partage sur James 5
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Jacques termine sa lettre sans bénédiction, sans salutation. Juste ceci: « qu'il sache que celui qui aura ramené un pécheur de l'égarement de son chemin, sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés. » Pas de grand discours final. Juste quelqu'un qui s'éloigne, et toi qui peux aller le chercher. À qui penses-tu, là, maintenant?
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Père, apprends-moi la patience du cultivateur qui attend la pluie sans voir encore le fruit. Je voudrais tout, tout de suite, et mon cœur s'agite. Aide-moi à tenir bon, à croire que ce que tu as semé en moi mûrira en son temps.
« Et il pria de nouveau, et le ciel donna de la pluie, et la terre produisit son fruit. » Remarque ce petit mot : de nouveau. Élie a prié une seconde fois. La pluie n'est pas tombée au premier mot. Ta prière répétée n'est pas un manque de foi, c'est peut-être justement là que la terre sèche de ta vie recommence à porter du fruit.
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