Jean 13:5
Le texte
Jésus, qui vient de quitter la table et de déposer Ses vêtements, s'est ceint d'un linge comme le fait un domestique. Puis vient ce geste, décrit avec une lenteur presque gênante : « Puis il verse de l'eau dans le bassin, et se met à laver les pieds des disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. » Trois verbes, trois gestes, rien d'autre. Pas de discours, pas d'explication. Il verse, Il lave, Il essuie. Jean ne nous dit pas un mot sur le visage des disciples à cet instant, ni sur le silence qui a dû tomber dans la pièce. Il nous laisse debout dans ce silence, avec le bruit de l'eau.
Le cœur du message
Pour comprendre la violence douce de ce verset, il faut sentir ce que sentaient les premiers lecteurs : l'odeur. Des pieds nus ou sandalés qui ont marché dans la poussière de Jérusalem, entre les ruelles où l'on vidait les seaux et où passaient les troupeaux montant vers le Temple pour la Pâque. Laver ces pieds-là n'était pas un rite poétique, c'était un travail sale, réservé à l'esclave non-juif de la maison, parce qu'on estimait que même un esclave juif ne devait pas y être contraint. Et c'est ce travail que prend Celui dont Jean vient de dire que « le Père lui avait mis toutes choses entre les mains ». Le verset 3 et le verset 5 forment un seul mouvement : la connaissance de Sa souveraineté totale ne Le conduit pas vers le haut mais vers le bas, vers le bassin posé par terre. Voilà ce que ce texte dit de Dieu : Sa grandeur n'est pas menacée par l'abaissement, elle s'y exprime. Et voilà ce qu'il dit de nous : nous sommes ceux qui ont les pieds sales, et qui ne les lavent pas eux-mêmes.
Le fil conducteur
Ce bassin a une longue histoire derrière lui. Dans l'ancienne alliance, personne n'entrait dans la présence de Dieu sans être lavé : les prêtres se lavaient les mains et les pieds à la cuve de bronze avant de servir au sanctuaire, sous peine de mort. L'eau était la frontière entre le sacré et le profane. Ici, la frontière se déplace de façon scandaleuse : ce n'est plus l'homme qui se lave pour s'approcher de Dieu, c'est Dieu qui s'agenouille pour laver l'homme. Et Jésus Lui-même dira au verset 8 ce que ce geste signifie : « Si je ne te lave, tu n'as pas de part avec moi. » Le bassin annonce la croix. L'eau versée précède le sang versé, et les deux disent la même chose : vous ne pouvez pas vous rendre purs.
Le miroir
Il y a en nous une résistance très ancienne à être servis. Nous préférons de loin être ceux qui donnent, qui aident, qui tiennent le linge. Recevoir, c'est admettre qu'on est sale, et admettre qu'on est sale devant quelqu'un qu'on respecte, c'est insupportable. Pierre le dira tout haut quelques secondes plus tard, et nous le disons tout bas : pas mes pieds, pas cette partie-là de ma vie, pas ce que je cache à mon conjoint, à mes collègues, à mon groupe de maison. Nous voulons un Sauveur qui nous admire. Pourtant Il connaît déjà la poussière de notre semaine, Il la connaissait avant de verser l'eau. Aujourd'hui, prenez trois minutes seul, nommez à voix haute devant Dieu une seule chose de votre vie que vous auriez retirée du bassin, et dites simplement : lave-la.
Le personnage principal
Ce qui frappe chez Jésus dans ce verset, c'est le calme. Il sait qu'Il va mourir, Il sait que l'homme attablé à quelques coudées de Lui L'a déjà vendu, et Il verse de l'eau. Aucune amertume, aucune mise en scène, aucun besoin d'être compris sur le moment. Il lave aussi les pieds de Judas; Jean ne fait aucune exception. Un homme qui sait d'où il vient et où il va n'a plus besoin de défendre son rang : c'est exactement ce que Jean nous fait voir. L'autorité qui ne craint pas de s'agenouiller est la seule autorité véritable, et elle nous déroute parce que nous n'en avons presque jamais vu.
Le contexte
Nous sommes à Jérusalem, la veille de la Pâque, dans une salle haute empruntée. Une trentaine ou une quarantaine de personnes dorment peut-être dans la maison; la ville déborde de pèlerins. On ne mange pas assis sur des chaises mais étendu sur le côté autour d'une table basse, les pieds tournés vers l'extérieur, donc visibles de tous. L'absence d'un esclave pour l'accueil rendait la chose gênante : chacun savait que les pieds n'avaient pas été lavés, et personne n'avait bougé. Luc nous apprend que ce soir-là les disciples discutaient de savoir qui était le plus grand. Dans cette atmosphère de petite rivalité, le Maître se lève.
Le détail
« Et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. » C'est le détail que l'on saute. Jésus ne délègue pas le séchage, Il ne prend pas un second linge propre : Il essuie avec celui qui est noué autour de Sa taille. Ce qui veut dire que toute la saleté des douze paires de pieds finit sur Lui, sur le tissu qui Le couvre, contre Son corps. Il ne se contente pas de nettoyer à distance; Il absorbe ce qu'Il enlève. Trois jours plus tard, c'est encore du linge qu'on mentionnera, celui du tombeau. Entre les deux, tout Son ministère : porter sur Soi ce qui nous souille.
Réflexion
Quelle partie de ma vie ai-je encore retirée du bassin, et pourquoi me semble-t-il plus honorable de la laver moi-même ?
Qui, dans mon entourage proche, a des « pieds sales » que personne ne veut toucher, et qu'est-ce qui m'empêche concrètement de m'agenouiller ?
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Ce que la communauté partage sur John 13
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci, Seigneur, parce qu'à cette table « aucun de ceux qui étaient là ne connut pourquoi il lui avait dit cela », et pourtant tu savais tout. Quand je ne comprends rien à ce que tu fais, tu tiens déjà le fil. Merci de porter ce qui me dépasse.
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