Juges 5
Le texte
Au lendemain de la bataille, Debora et Barak chantent. Le chant remonte au Sinaï, décrit un pays où les routes étaient devenues trop dangereuses pour qu'on y marche, nomme les tribus qui sont descendues au combat et celles qui sont restées chez elles, raconte le torrent de Kison emportant l'armée de Sisera, puis la main de Jaël sur le marteau. Il se termine devant une fenêtre, dans une maison cananéenne, où une mère attend un fils qui ne reviendra pas. « Et le pays fut en repos 40 ans. »
Le cœur
Ce chant refuse de séparer deux choses que nous séparons volontiers : l'action de Dieu et la bonne volonté des hommes. « On a combattu des cieux ; du chemin qu'elles parcourent, les étoiles ont combattu contre Sisera. » Ce sont les étoiles et le torrent, c'est-à-dire l'Éternel Lui-même, qui défont les chars. Et pourtant la bénédiction du début porte sur « le peuple a été porté de bonne volonté », et la malédiction de Méroz tombe sur ceux qui « ne sont pas venus au secours de l'Éternel ». Dieu n'a besoin de personne, et Il fait pourtant de la présence ou de l'absence de chacun une affaire sérieuse. L'absence n'est pas neutralité : c'est un refus.
Le fil rouge
Le chant commence loin de Meguiddo : « quand tu sortis de Séhir, quand tu t'avanças des champs d'Édom, la terre trembla ». Debora relit une escarmouche de collines galiléennes comme un nouvel épisode de la sortie d'Égypte. C'est ainsi que la foi biblique lit l'histoire : non comme une suite d'accidents, mais comme la marche d'un Dieu qui descend. Et ce Dieu descend chaque fois plus bas, du Sinaï fumant jusqu'à une mangeoire, jusqu'à une croix où la puissance est vaincue non par un pieu de tente mais par un corps livré. Le dernier verset en garde le souhait : « que ceux qui t'aiment soient comme le soleil quand il sort dans sa force ».
Le miroir
Ruben a eu des réunions. « Aux divisions de Ruben, grandes délibérations de cœur ! » On a pesé le pour et le contre, on a écouté « le bêlement des troupeaux », et le temps de la décision est passé. Dan avait ses navires, Aser ses ports, Galaad ses terres au-delà du fleuve. Ce ne sont pas des traîtres, ce sont des gens occupés, avec de vraies raisons et de vraies responsabilités. Reconnaissez-vous ce calcul intérieur quand une sollicitation vous arrive, celle d'un voisin isolé, d'un frère en difficulté financière, d'une injustice dans votre service ? Aujourd'hui : prenez la décision que vous reportez depuis des semaines, et envoyez dès maintenant le message ou passez l'appel qui l'engage, avant d'avoir délibéré une fois de plus.
Le détail
Le chant pourrait s'arrêter au verset 27. Il continue, et il change de camp. « La mère de Sisera regarde par la fenêtre, et s'écrie à travers le treillis : Pourquoi son char tarde-t-il à venir ? » Un instant, nous sommes derrière ce treillis, avec une femme qui compte les minutes. Puis ses dames se rassurent à voix haute : le butin se partage, « une jeune fille, deux jeunes filles par tête d'homme ». La compassion se glace net. Ce retard dont elle s'inquiète est exactement le temps qu'il aurait fallu pour violer les filles d'Israël. Le chant nous apprend la pitié et nous montre ce que cette pitié protégeait.
Le contexte
Nous sommes dans la plaine de Jizreel, au carrefour commercial de tout le Proche-Orient, là où passent les caravanes et les armées. Les Cananéens tiennent les villes fortifiées de la plaine avec des chars de fer ; Israël est éclaté sur les hauteurs, sans armement, sans roi, sans armée permanente : « On ne voyait ni bouclier ni pique chez quarante milliers en Israël. » Les routes sont coupées, les villages vidés. Il n'existe aucune structure pour convoquer les tribus ; tout repose sur l'autorité morale d'une femme qui juge sous un palmier et que le chant appelle « une mère en Israël », et sur la volonté de chacun de descendre ou non dans la vallée.
Le profil
Les premiers à chanter cela étaient des villageois qui avaient enfin pu retourner au puits sans crainte. Le verset 11 les situe précisément : « au milieu des lieux où l'on puise l'eau : là, ils racontent les justes actes de l'Éternel ». Pour eux, ce chant n'était pas un morceau de littérature héroïque, c'était la mémoire officielle de qui était venu et qui ne l'était pas. Les noms des tribus absentes se chantaient devant leurs descendants. Et les notables, « vous qui montez sur des ânesses blanches, vous qui êtes assis sur des tapis », étaient sommés d'écouter : « méditez ! » La victoire appartenait à l'Éternel, mais la facture morale restait nominative.
Réflexion
Dans quel domaine de ma vie suis-je, en ce moment, un habitant de Méroz : non pas opposé, simplement absent ?
Puis-je tenir ensemble, sans les atténuer, la joie du verset 31 et la fenêtre du verset 28, c'est-à-dire la justice de Dieu et le deuil de Ses ennemis ?
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Deux réponses dans un même verset. Issacar descend « dans la vallée », à pied, derrière Barak. Et Ruben ? « Dans les divisions de Ruben, grandes furent les résolutions de cœur. » De grandes résolutions, mais le cœur est resté au bord du ruisseau. Combien de fois ai-je été ému sans bouger ? L'émotion n'est pas l'obéissance.
« Réveille-toi, réveille-toi, Debora! Réveille-toi, réveille-toi, dis un cantique! » Quatre fois le même appel, comme si le chant ne venait pas tout seul, même après la victoire. Toi aussi, tu peux avoir été délivré et rester endormi. Il y a un réveil qui ne concerne pas tes mains, mais ta bouche. Que Dieu la rouvre.
« Elle étendit sa main vers le pieu, et sa droite vers le marteau des ouvriers. » Jaël n'avait ni épée ni armée. Juste les outils de son quotidien, ceux qu'elle maniait chaque jour pour planter sa tente. Dieu n'a pas attendu qu'elle soit équipée autrement. Et toi, qu'as-tu déjà dans la main, que tu juges trop ordinaire ?
Merci, Éternel, parce que tu descends avec moi parmi les hommes forts. Tu ne restes pas au loin quand le combat commence. Merci de prendre un reste, des gens petits et fatigués, et d'en faire ton peuple qui marche derrière toi.
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