Luc 23:26
Le texte
Un homme rentre des champs. Peut-être la sueur encore sur le dos, peut-être la tête déjà à la fête de la Pâque qui commence, en tout cas rien dans sa journée ne le préparait à ce qui l'attend au détour d'une ruelle de Jérusalem. Le cortège d'exécution passe, et la main d'un soldat romain se pose sur son épaule. « Et comme ils l'emmenaient, ils prirent un certain Simon, Cyrénéen, qui venait des champs, et le chargèrent de la croix, pour la porter après Jésus. » Un seul verset, une seule phrase, et la vie de cet homme bascule : on lui met sur les épaules le bois d'un condamné qu'il n'a pas jugé, et on l'oblige à marcher derrière Lui.
Le cœur
Ce verset dit deux choses qui semblent se contredire, et il faut tenir les deux. D'abord : Jésus n'y arrive plus. Le corps flagellé du Fils de Dieu lâche sous le poids du bois. Luc ne le commente pas, il le laisse voir. L'incarnation va jusque-là, jusqu'à l'épuisement physique d'un homme qui tombe. Ensuite : personne ne porte la croix à Sa place au sens décisif. Simon porte le bois, il ne porte pas le péché. Il marche « après Jésus », derrière, pas devant, pas à côté. Le salut reste entièrement l'œuvre du Crucifié, et pourtant Dieu associe un inconnu réquisitionné à Sa marche. La grâce n'a besoin de personne, et elle prend quand même quelqu'un par le bras.
Le fil rouge
Sur la montagne de Morija, Abraham « prit le bois de l'holocauste et le mit sur Isaac son fils » (Genèse 22). Le fils porte le bois de son propre sacrifice, et au dernier moment un bélier prend sa place. Ici, sur la route de Jérusalem, le schéma se retourne : le Fils monte, le bois est là, et aucune voix n'arrête le bras. Ce n'est pas une allégorie que l'on plaque après coup ; c'est la même montagne, la même ville, le même bois, et cette fois-ci Dieu ne retient pas Sa main. Simon n'est pas le bélier de substitution. Il est le témoin réquisitionné du moment où le substitut, enfin, ne se dérobe plus. Toute l'histoire du salut se resserre sur cette poutre transportée par deux hommes qui ne portent pas la même chose.
Le miroir
Nous choisissons volontiers nos croix. Le service qui nous met en valeur, l'engagement qui correspond à nos dons, la générosité dont nous restons maîtres du calendrier. Simon n'a rien choisi. Une main sur l'épaule, et sa journée, sa fête, sa réputation, ses vêtements propres : tout y passe. Regardez ce qui, cette semaine, s'est posé sur vos épaules sans votre accord. Le parent qui perd la tête et qu'il faut appeler chaque soir. Le collègue impossible qu'on vous a assigné. Le corps qui ne suit plus. L'enfant qui refuse de vous parler. Vous n'avez pas dit oui à cela. Et pourtant c'est précisément là, dans ce que vous n'auriez jamais demandé, que Dieu vous met derrière Son Fils. Prenez une feuille, écrivez en une phrase le fardeau de cette semaine que vous n'avez pas choisi, et dites-le à voix haute : « Ceci, je le porte derrière Toi. »
Le profil
Les premiers lecteurs de Luc connaissaient ce geste par cœur. Le droit romain autorisait un soldat à réquisitionner n'importe quel civil pour porter une charge. Vous marchiez vers votre travail, on vous chargeait, vous obéissiez. C'était l'humiliation quotidienne de l'occupation, le rappel physique que votre corps ne vous appartenait pas tout à fait. Ajoutez ceci : Simon vient de Cyrène, en Afrique du Nord, un Juif de la diaspora monté à Jérusalem pour la Pâque, sans doute le voyage d'une vie. Il arrive des champs, à quelques heures de la fête, et se retrouve mêlé à une exécution. Pour l'auditeur du premier siècle, ce n'est pas une belle histoire de solidarité. C'est un pèlerinage saccagé par la botte de l'occupant.
Le personnage principal
Simon ne dit rien. Luc ne lui donne pas une syllabe, ne décrit pas son visage, ne nous livre pas ses pensées. C'est un homme totalement passif : on le prend, on le charge, on le fait marcher. Et pourtant l'Église a retenu son nom, sa ville, et jusqu'aux noms de ses fils dans la mémoire des premières communautés. Voilà le vertige de ce verset : l'homme le plus involontaire de la scène est le seul spectateur dont on se souvienne. Nous ne saurons pas ce qui s'est passé dans sa tête pendant ces quelques centaines de mètres, le texte reste muet et il faut le laisser muet. Mais l'on peut dire ceci : il a vu de très près le dos d'un homme qui montait mourir pour lui.
Le détail
« Pour la porter après Jésus. » Luc est le seul à ajouter ces trois mots, et ce n'est pas un détail de mise en scène. Le mot grec dit littéralement « derrière », et Luc l'a déjà employé dans la bouche de Jésus : celui qui ne porte pas sa croix et ne vient pas « après moi » ne peut être Mon disciple (Luc 14). Ce que Jésus avait dit en image, un homme le fait ici en chair et en os, sans le savoir, sans l'avoir demandé. Le disciple n'est pas d'abord celui qui décide de suivre ; c'est celui qui se retrouve avec du bois sur l'épaule et le dos du Christ devant les yeux. La position est humble et elle est tout : derrière Lui.
Réflexion
Quelle est la charge que vous portez actuellement sans l'avoir choisie, et qu'est-ce que cela changerait de la porter « après Jésus » plutôt que malgré Lui ?
Simon voit le dos du Christ pendant tout le trajet. Qu'est-ce que vous regardez, vous, quand la charge devient lourde : vos propres pieds, ceux qui vous l'ont imposée, ou Celui qui marche devant ?
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Questions fréquentes sur Luke 23:26
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Ce que la communauté partage sur Luke 23
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Si toi, tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même. » Les soldats ne savaient pas qu'ils touchaient le cœur du mystère. Oui, il pouvait se sauver. C'est précisément ce qu'il a refusé. Aujourd'hui encore, ta tentation ressemble à la leur : exiger un Dieu qui se protège, quand il choisit de te porter.
Le centurion n'avait pas entendu les paraboles. Il n'avait pas vu Lazare sortir du tombeau. Il a seulement vu un homme mourir. Et cela lui a suffi: "En vérité, cet homme était juste." Toi qui attends un signe plus grand avant de croire, regarde la croix. C'est là que cet homme, payé pour tuer, a rencontré Dieu.
Sur le chemin du supplice, Jésus ne parle pas de sa douleur. Il regarde ces femmes qui pleurent sur lui et annonce des jours où l'on dira aux montagnes: « Tombez sur nous », et aux coteaux: « Couvrez-nous. » Lui, écrasé, pense encore à ce qui t'attend. Et toi, sur qui pleures-tu aujourd'hui?
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