Matthieu 6:15
Le texte
Après avoir enseigné la prière, Jésus revient sur une seule de ses demandes, celle des dettes, et l'assortit d'un commentaire qui ne laisse aucune échappatoire. Le verset 14 en donne la face lumineuse : si vous pardonnez, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Le verset 15 en retourne la médaille, et il le fait sans adoucissement, sans clause de circonstance atténuante : « mais si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs fautes, votre Père ne pardonnera pas non plus vos fautes ». Un seul « si », une seule conséquence. Celui qui garde fermée sa main sur la dette d'un autre trouve fermée, devant lui, la main du Père.
Le cœur
On voudrait entendre ici une menace conditionnelle, un marchandage : pardonne, et tu seras payé de retour. Mais Jésus ne décrit pas un contrat, Il décrit une circulation. Le pardon de Dieu n'est pas une marchandise stockée quelque part, c'est un mouvement vivant qui vient du Père, traverse celui qui le reçoit, et ressort vers le prochain. Refuser de le laisser ressortir, c'est en réalité refuser de le laisser entrer. La grâce n'est pas un liquide qu'on peut retenir dans un réservoir étanche ; elle est de nature à couler ou à se perdre. Voilà pourquoi Jésus parle de « dettes » au verset 12 : devant Dieu, nous sommes tous du même côté du registre, insolvables. Celui qui exige de son frère ce qu'il n'a lui-même jamais pu payer se place hors du royaume qu'il prétend habiter.
Le fil conducteur
La remise de dettes n'est pas une invention du Sermon sur la montagne. Israël connaissait l'année du jubilé (Lévitique 25) : tous les quarante-neuf ans, les dettes tombaient, les terres revenaient, les esclaves rentraient chez eux. Ce n'était pas de la philanthropie mais de la théologie : parce que le Seigneur avait fait sortir ce peuple d'Égypte gratuitement, ce peuple ne pouvait pas tenir les siens enchaînés. L'alliance fonctionne toujours ainsi, la grâce reçue devient la loi du comportement. Jésus ne fait donc pas du neuf, Il porte cette logique à son point extrême, et Il le fait à la veille de la croix, là où la dette de tous sera payée par un seul. Depuis ce jour, le pardon chrétien n'est plus une générosité d'humeur mais une participation : nous faisons circuler ce qui nous a été fait.
Le miroir
Vous savez déjà de qui il s'agit. Le nom est monté pendant que vous lisiez. Peut-être ce frère qui a pris plus que sa part de l'héritage, ce collègue qui a raconté sur vous une version arrangée, ce parent dont les mots d'il y a vingt ans travaillent encore sous la peau. Nous appelons cela « ne pas oublier », mot honorable pour dire que nous continuons à tenir le registre ouvert. Et nous y trouvons un plaisir réel : tant que l'autre me doit, je reste du bon côté, créancier, moralement solvable. C'est précisément cette position que Jésus démonte. On ne peut pas être créancier de son frère et débiteur gracié de Dieu dans le même mouvement d'âme. Alors aujourd'hui : écrivez ce nom sur un papier, dites à voix haute « Père, je lui remets cette dette », et jetez le papier.
Le détail
Jésus change de vocabulaire. Au verset 12, Il parle de « dettes » ; ici, de « fautes ». Le mot grec, paraptôma, signifie littéralement un faux pas, une chute de côté, le pied qui glisse hors du chemin. Ce n'est pas le langage du tribunal mais celui de la marche. Et ce même mot désigne, dans la même phrase, ce que les autres nous font et ce que nous faisons devant Dieu. Autrement dit, Jésus met les deux sur le même plan de langage : le tort de votre beau-frère et votre propre dérapage portent le même nom. Nous avons tendance à qualifier le mal des autres de « faute » et le nôtre de « circonstance ». Le vocabulaire de Jésus refuse cette comptabilité à deux colonnes.
Le personnage principal
Le Père domine tout ce chapitre : Il voit dans le secret, Il récompense, Il sait de quoi nous avons besoin avant que nous le Lui demandions. Il est le Dieu qui devance. Et pourtant ce même Père, au verset 15, ne pardonne pas. Cela heurte, et cela doit heurter. Ce n'est pas un Dieu susceptible qui se venge d'un affront ; c'est un Dieu saint qui ne consent pas à être réduit à un distributeur d'absolution. Sa paternité n'est pas une indulgence molle, elle engendre une ressemblance. Un père qui laisserait son enfant recevoir sans jamais donner ne l'aimerait pas, il l'abandonnerait à sa cruauté. La sévérité de ce verset est la forme que prend ici Son amour.
La question
Le pardon de Dieu serait-il donc mérité ? Non, et le texte ne le dit pas. Il ne dit pas « pardonnez afin que Dieu pardonne », il constate une impossibilité. Reste la question plus dure : et celui qui n'y arrive pas ? La femme battue, l'enfant devenu adulte face au silence d'un père, ceux pour qui le pardon n'est pas un acte de volonté mais un travail de vingt ans. Jésus ne donne pas de délai. Mais Il donne une prière, à répéter chaque jour, ce qui suppose que nous ne sommes pas encore arrivés. Le pardon est peut-être moins une décision qu'une direction : tourner le visage, même lentement, vers celui à qui l'on doit tout.
Réflexion
Quelle dette, précisément, tenez-vous encore ouverte, et qu'est-ce qu'elle vous rapporte de la garder ouverte ?
Si votre manière de pardonner devenait la manière dont Dieu vous pardonne, qu'est-ce que cela changerait à votre semaine ?
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Questions fréquentes sur Matthew 6:15
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« Donne-nous aujourd'hui le pain qu'il nous faut. » Aujourd'hui. Pas la provision du mois, ni la sécurité pour dix ans. Juste ce qu'il faut, pour ce jour. Cela dérange notre besoin de tout maîtriser d'avance. Mais peut-être que Dieu tient à te revoir demain matin, les mains ouvertes, plutôt que rassasié et lointain.
Père, garde-moi de jouer un rôle pour être remarqué. Ce que je vis avec toi n'a pas besoin de public. Apprends-moi à chercher ton regard plutôt que celui des autres, et donne-moi un coeur simple, vrai, tourné vers toi dans le secret.
Mais toi, quand tu fais l'aumône, que ta gauche ne sache pas ce que fait ta droite." Jésus ne demande pas seulement de cacher ton don aux autres, mais presque de te le cacher à toi-même. Car le danger n'est pas que les gens applaudissent, c'est que tu commences à t'applaudir en silence. Donne, puis oublie. Ton Père, lui, se souvient.
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