Proverbes 29:22
Le texte
Deux lignes, un même mouvement qui s'aggrave. L'homme colère, celui qui a la mèche courte, ne se contente pas de s'emporter : il « excite les querelles », il en fabrique là où il n'y en avait pas encore. Et le second membre de la phrase monte d'un cran : celui qui se laisse emporter par la fureur « abonde en transgressions ». On passe du conflit avec le voisin à une accumulation de fautes devant Dieu. Le proverbe ne décrit donc pas un tempérament un peu vif ; il décrit une source. Un homme, et autour de lui des disputes qui poussent comme du chiendent, et en lui un péché qui se démultiplie.
Le cœur
Le verbe qui compte ici est celui de l'abondance. La Bible réserve d'ordinaire ce vocabulaire de multiplication à la bénédiction : Dieu crée, et ce qu'Il crée se multiplie. La colère humaine imite cette fécondité, mais à l'envers. Elle est féconde en transgressions. Elle engendre. C'est pourquoi le proverbe la place, sans le dire, en face du caractère même de Dieu, qui se révèle comme lent à la colère et abondant en bonté. L'homme colère est l'exacte contre-image de son Créateur : rapide là où Dieu est lent, prolifique en fautes là où Dieu est prolifique en grâce. Le péché n'est donc pas ici une transgression isolée, mais une puissance qui se reproduit. Voilà pourquoi il faut plus qu'un conseil de modération : il faut être recréé.
Le fil conducteur
Si la colère est une puissance qui se reproduit, alors la question n'est plus « comment me maîtriser ? » mais « qui arrêtera cette prolifération ? ». Toute la Bible raconte l'histoire d'une querelle qui s'étend : elle commence dans un jardin, éclate dès la deuxième génération avec un frère au visage abattu, et remplit la terre de violence. Le proverbe met le doigt sur le mécanisme. Et le remède ne viendra pas d'un tempérament plus doux mais d'un Homme qui, insulté, ne rendit pas l'insulte. Devant ses juges, Jésus n'a rien allumé. Il a absorbé la querelle au lieu de l'exciter, et sur la croix Il a mis fin à l'inimitié en la portant. Là où l'homme colère abonde en transgressions, Christ fait abonder la grâce plus encore.
Le miroir
Reconnaissons la mécanique. Ce n'est presque jamais la grande explosion qui nous condamne, c'est le climat que nous installons. La maison où chacun surveille votre humeur avant de parler. L'équipe qui ne vous dit plus la vérité parce que le coût est trop élevé. Le fil de messages où vous avez eu le dernier mot et perdu un frère. La colère se justifie toujours par sa cause : j'avais raison, il exagérait, c'était injuste. Le proverbe ne discute pas de votre raison, il regarde vos fruits, et il compte. Combien de querelles ont commencé par vous cette année ? Et derrière l'irritation, souvent, l'orgueil du verset suivant : l'homme colère est un homme qui trouve inadmissible qu'on le contrarie. Aujourd'hui : écrivez sur un papier le nom de la dernière personne à qui vous avez parlé trop fort, et dites à voix haute devant Dieu la phrase exacte que vous avez prononcée. Puis demandez-lui pardon, par message ou de vive voix, sans expliquer pourquoi vous étiez en droit.
L'intertexte
Le chapitre lui-même commente notre verset. Au verset 8, « Les hommes moqueurs mettent en feu une ville, mais les sages détournent la colère » : la colère n'est pas seulement domestique, elle est politique, elle brûle des quartiers entiers. Au verset 11, « Le sot met dehors tout son esprit, mais le sage le calme et le retient » : la sagesse n'est pas l'absence d'émotion mais sa retenue. Le Nouveau Testament reprend exactement ce diagnostic. Paul, en Éphésiens 4, admet qu'on puisse se mettre en colère, mais il fixe un délai, le coucher du soleil, parce que la colère hébergée devient un espace offert au diable. Et Jacques tranche : la colère de l'homme n'accomplit pas la justice de Dieu, si convaincue soit-elle d'être juste.
Le contexte
Ces proverbes appartiennent à une collection recopiée, dit le livre, par les hommes d'Ézéchias, roi de Juda. C'est de la sagesse de cour, destinée à former ceux qui gouvernent et jugent. Regardez le voisinage immédiat : des rois qui affermissent le pays par un juste jugement, des gouverneurs qui prêtent l'oreille au mensonge, des serviteurs qu'on ne corrige pas par des paroles. Nous sommes dans un monde où un homme irascible ne se contente pas de gâcher un repas de famille : il peut ruiner un procès, condamner un pauvre, incendier une ville. Dans une société d'honneur, où l'affront appelle la riposte et où la vengeance se transmet, la colère n'est pas une faiblesse privée. C'est un risque public.
Le profil
Le jeune homme qui apprenait ce proverbe par cœur se préparait à exercer une responsabilité. Il entendait donc une chose que nous entendons mal : sa colère aurait des victimes qui ne pourraient pas se défendre. Il savait aussi que la maîtrise de soi n'était pas d'abord une question de bonnes manières mais de crainte de l'Éternel, ce fil qui traverse tout le livre. Se laisser emporter, c'était se comporter comme si Dieu ne jugeait pas, comme si l'affaire devait se régler ici et maintenant, par moi. Le verset 26 du même chapitre le dit à sa façon : le juste jugement d'un homme vient de l'Éternel. L'homme colère est, au fond, un homme pressé qui a cessé de croire que Dieu fera justice.
Réflexion
Repensez à la dernière fois où votre colère vous a paru pleinement justifiée : qu'a-t-elle produit autour de vous dans les jours qui ont suivi ?
Si Dieu se décrit comme lent à la colère envers vous, où, précisément, refusez-vous d'accorder cette même lenteur à quelqu'un ?
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Questions fréquentes sur Proverbs 29:22
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Ce que la communauté partage sur Proverbs 29
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« L'homme inique est l'abomination du juste, et celui qui est droit dans sa voie, l'abomination du méchant. » Le rejet va dans les deux sens. Si ta droiture dérange certains, ce n'est pas forcément un échec de ta part. Mais pose-toi la question honnêtement: est-ce ma fidélité qui gêne, ou simplement mon caractère difficile?
Merci, Seigneur, de ne pas te contenter de mes « je comprends ». Tu vois que je saisis tes paroles sans toujours y répondre, et tu travailles mon cœur avec patience, jusqu'à ce que l'obéissance suive vraiment. Merci de ne pas me laisser à mi-chemin.
« Quand il n'y a point de vision, le peuple est sans frein; mais bienheureux celui qui garde la loi. » Il ne s'agit pas d'avoir de grands projets, mais d'entendre Dieu parler. Là où sa parole se tait, chacun fait ce qu'il veut, et cela finit toujours mal. Et toi, depuis quand n'as-tu pas laissé sa voix te retenir ?
Un roi affermit le pays par le juste jugement, mais l'homme qui prend des présents le ruine." Ce qui tient un pays debout, ce n'est pas la force, c'est la droiture d'un seul homme qui refuse de se laisser acheter. Et toi, dans ton petit royaume, famille, travail, amitiés, qu'est-ce qui fait pencher tes décisions? Un cadeau, une faveur, la peur de déplaire?
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