Bartimée, fils de Timée : un seul verset à la sortie de Jéricho
Un homme connu par une seule ligne
Bartimée est un homme dont l'Écriture ne conserve qu'une seule ligne. Sa vie se situe dans la période « environ 4 av. J.-C. à ap. J.-C. 33 », époque située selon la chronologie d'Ussher (1650). Son nom signifie « fils de Timée », et c'est exactement ainsi que le texte le présente. Tout ce que la Bible retient de lui tient en un verset, dans un seul livre : Mark 10:46. Un verset, un passage, une mention, et rien d'autre. Pour un lecteur habitué aux longs récits, c'est peu. Mais c'est ce qui a été conservé, et cela mérite d'être lu lentement plutôt que complété par notre imagination.
Ce que dit le verset
Voici la ligne entière, mot pour mot : « Et ils arrivent à Jéricho ; et comme il sortait de Jéricho avec ses disciples et une grande foule, Bartimée l'aveugle, le fils de Timée, était assis sur le bord du chemin et mendiait. » (Mark 10:46)
Tout est là. Le lieu : Jéricho, et plus précisément la sortie de Jéricho, la route qui s'en éloigne. Le mouvement : quelqu'un s'en va, accompagné de ses disciples et d'une grande foule. La position de Bartimée : assis. Pas en marche, pas dans la foule, pas parmi les disciples. Assis au bord du chemin, c'est-à-dire à côté du mouvement, là où passent les autres.
Deux mots le décrivent, et ils sont durs. Il est aveugle. Il mendie. Le texte ne les adoucit pas et ne les explique pas. Il ne dit pas depuis quand, ni pourquoi, ni ce qu'il avait été auparavant. Il donne un homme privé de la vue, dépendant de ce que des passants voudront bien lui laisser, installé à un endroit de passage parce que c'est là que se trouve le peu qu'il peut espérer.
Un nom et un père
Et pourtant, ce mendiant reçoit un nom. C'est remarquable. Beaucoup de figures des récits évangéliques restent anonymes : un homme, une femme, un aveugle. Ici, non : Bartimée. Et non seulement son nom, mais celui de son père, Timée (Mark 10:46). Un mendiant du bord de la route entre dans le récit avec une filiation, comme on présente d'ordinaire les rois et les prophètes. Il n'est pas un décor le long du chemin. Il est quelqu'un, fils de quelqu'un.
Ce détail est le seul lien familial que le texte lui donne. Le père est nommé, et c'est tout ce que nous apprenons de lui : il est le père de Bartimée. La généalogie s'arrête là, en une seule génération.
Ni faute ni exploit rapportés
Il faut le dire simplement : rien dans ce verset ne rapporte un péché, une faute ou un échec de Bartimée. Mais rien non plus ne rapporte un exploit, une parole, une prière ou une confession. Le texte ne le loue pas et ne le condamne pas. Il le montre, assis, aveugle, mendiant (Mark 10:46). C'est une honnêteté que nous devons respecter : là où la Bible ne raconte rien, nous n'avons rien à raconter à sa place, ni en bien ni en mal.
Il faut même préciser davantage. À proprement parler, aucune scène n'est racontée sur lui. La seule mention est une note de passage, glissée dans le mouvement du récit : on voit un homme au bord d'une route pendant que la foule avance. Ce n'est pas un épisode, c'est une ligne.
Ce que nous ne savons pas
La liste des ignorances est plus longue que celle des certitudes. Aucun enfant ne lui est attribué. Aucune tribu ni aucun peuple ne lui est associé. Nous ne savons rien de son âge, de sa maison, de sa vie avant ce jour, ni de ce qu'il est devenu ensuite. Nous ne savons rien de plus sur son père, sinon qu'il fut son père. Tout ce que l'Écriture consigne de lui tient dans un seul verset, et ce verset ne dit ni comment il devint aveugle, ni combien de temps il resta assis à cet endroit.
Ce silence a sa dignité. Nous connaissons son nom et sa misère, et nous ignorons tout le reste. C'est déjà plus que ce que le monde retient d'ordinaire d'un mendiant.
La ligne tracée depuis Mark 10:46
La seule référence disponible pour Bartimée est Mark 10:46, et c'est de là seulement que la ligne peut être tirée. Elle est courte, mais réelle. Le verset ne montre pas Bartimée seul : il le place précisément là où passe celui qui sort de Jéricho « avec ses disciples et une grande foule ». Le texte ne prononce pas le nom de ce voyageur dans cette ligne ; il le désigne par « il », celui que suivent des disciples et que la foule accompagne.
Retenons donc ce que le verset donne, sans y ajouter. Un homme qui ne voit pas est assis au bord d'un chemin. Sur ce chemin s'avance celui que les disciples suivent. Bartimée ne peut pas voir venir la foule ; il ne peut qu'être là, à sa place de pauvre, quand elle arrive. L'Écriture inscrit son nom au moment exact où sa route immobile et celle du voyageur se croisent à la sortie de Jéricho. Pour un mendiant aveugle, c'est là toute son histoire biblique, et ce n'est pas rien : il est nommé, avec son père, à l'endroit du passage.