Luc, le médecin bien-aimé : quatre mentions et aucune scène
Un nom retenu, une histoire absente
Luc est un homme dont l'Écriture garde le nom sans raconter sa vie. Il appartient à l'époque des lettres qui le mentionnent, une période située environ 4 av. J.-C. à ap. J.-C. 33 (époque située selon la chronologie d'Ussher (1650)). Son nom paraît cinq fois seulement, réparties sur quatre passages : 2 Corinthians 13:13, Colossians 4:14, 2 Timothy 4:11 et Philemon 1:24. Il faut le dire d'entrée, car cela commande tout le reste : aucune scène n'est racontée à son sujet. Pas de récit de conversion, pas de dialogue rapporté, pas de voyage décrit. Ce que nous possédons, ce sont des salutations, une liste de noms et une note de passage.
Le médecin bien-aimé
La mention la plus riche se trouve dans une salutation finale : « Luc, le médecin bien-aimé, vous salue, et Démas » (Colossians 4:14). Deux choses seulement y sont dites de lui. Il est médecin, et il est bien-aimé. Le métier est nommé sans commentaire, et aucun acte de guérison ne lui est attribué dans ce verset. L'affection, elle, tient dans un mot placé devant son nom. Luc est encore celui qui salue : il se trouve donc auprès de celui qui écrit la lettre au moment où elle est écrite, et il connaît assez les destinataires pour leur adresser un mot. À côté de lui, dans la même phrase, se tient Démas.
Un compagnon d'œuvre parmi d'autres
La deuxième mention le range dans un groupe : « Marc, Aristarque, Démas, Luc, mes compagnons d'œuvre, te saluent » (Philemon 1:24). Ici son nom vient en quatrième position, sans titre propre, et c'est le groupe entier qui reçoit la qualification de compagnons d'œuvre. Luc n'est donc pas seulement un ami présent, il est associé à un travail. Lequel exactement, le verset ne le précise pas. Il faut résister à l'envie de combler : le texte dit compagnon d'œuvre et s'arrête là. On remarquera que Démas figure dans les deux salutations, et Marc dans celle-ci comme dans le verset suivant.
Le seul qui reste
La troisième mention est la plus nue et la plus lourde : « Luc seul est avec moi. Prends Marc et amène-le avec toi, car il m'est utile pour le service » (2 Timothy 4:11). Le mot qui compte est *seul*. Dans une lettre où l'on demande qu'on amène Marc, la présence de Luc est signalée comme la seule présence restante. Notons bien la construction de la phrase : la raison donnée, « il m'est utile pour le service », concerne Marc qu'il faut aller chercher, et non Luc qui est déjà là. Luc n'est pas loué dans ce verset. Il est simplement compté. Il est celui qui demeure quand le compte des autres est vide.
Ces trois versets sont les seuls dont le texte nous est fourni. La quatrième référence, 2 Corinthians 13:13-14, entre bien dans son empreinte biblique, mais la numérotation de ce chapitre varie selon les éditions et aucune règle de correspondance n'est établie ici. Nous la citons donc sans en rapporter le contenu.
Ni faute nommée, ni exploit raconté
L'honnêteté demande de le dire dans les deux sens. Là où l'Écriture montre les péchés d'un homme, il faut les nommer sans les adoucir. Ici, aucun échec, aucune chute, aucun reproche n'est attaché au nom de Luc dans les passages qui le mentionnent. Cela ne signifie pas qu'il fut sans péché : cela signifie que le texte est entièrement silencieux sur ce point. Ni éloge développé, ni accusation. Quatre mentions, et rien de plus.
Ce que nous ignorons
La liste des inconnues dépasse celle des certitudes. L'Écriture ne nomme pas ses parents. Aucun enfant ne lui est attribué. Aucune tribu ni aucun peuple d'origine ne lui est assigné. Et surtout, aucune scène n'est racontée à son sujet : chaque mention est une liste, une généalogie ou une note de passage. Nous ne savons ni où il est né, ni comment il a cru, ni comment il est mort. Tout ce qu'on ajouterait viendrait d'ailleurs que du texte.
La ligne vers le Christ
Elle ne peut être tracée qu'à partir des quatre références où son nom paraît, et elle est discrète. Luc n'apparaît jamais dans une histoire qui serait la sienne. Il apparaît dans l'entourage d'un travail plus grand que lui. Il est compagnon d'œuvre (Philemon 1:24), il salue des assemblées qu'il ne dirige pas (Colossians 4:14), il demeure auprès d'un homme que les autres ont quitté (2 Timothy 4:11), et son nom se trouve dans la clôture d'une lettre adressée à une église (2 Corinthians 13:13-14).
Voilà une place que beaucoup de croyants reconnaîtront comme la leur. Aucun exploit consigné, aucune parole citée, aucune scène. Un métier, une affection, une fidélité qui reste quand les autres partent, et un nom retenu dans la liste. L'Écriture n'en dit pas davantage, et cela a suffi pour que son nom nous parvienne.
