Michée : la maison de dieux et le sacrificateur loué
Un homme des temps d'avant la royauté
Michée (מִיכָה) appartient à l'époque qui précède la monarchie, période située environ 1451 av. J.-C. à 1095 av. J.-C. selon la chronologie d'Ussher (1650). Toute sa trace biblique tient en dix-neuf versets, tous dans le livre de Judges, répartis sur deux chapitres. Il apparaît pour la première fois en Judges 17:1 et disparaît du récit au chapitre suivant. Il habite la montagne d'Éphraïm (Judges 17:8), et sa maison devient, le temps de deux chapitres, le centre d'une histoire de religion fabriquée de main d'homme.
L'argent, les images et un fils consacré
Le récit s'ouvre sur lui en Judges 17:1. Puis vient l'argent : « Et il rendit l'argent à sa mère ; et sa mère prit 200 [pièces] d'argent et les donna au fondeur, et il en fit une image taillée, et une image de fonte ; et elles furent dans la maison de Michée. Et l'homme Michée eut une maison de dieux, et il fit un éphod et des théraphim, et consacra l'un de ses fils, et celui-ci fut son sacrificateur » (Judges 17:4-5).
Tout y est déjà : le métal fondu, le sanctuaire domestique, les objets du culte, et un sacerdoce institué par simple décision privée. Michée ne se contente pas d'un dieu à lui ; il se donne aussi un prêtre à lui, pris dans sa propre famille.
Un Lévite de passage, embauché à l'année
Arrive alors un voyageur : « Et l'homme s'en alla de sa ville, de Bethléhem de Juda, pour séjourner là où il trouverait [un lieu] ; et, chemin faisant, il vint à la montagne d'Éphraïm, jusqu'à la maison de Michée. Et Michée lui dit : D'où viens-tu ? Et il lui dit : Je suis un Lévite de Bethléhem de Juda, et je m'en vais pour séjourner là où je trouverai [un lieu]. Et Michée lui dit : Demeure avec moi, et tu seras pour moi un père et un sacrificateur, et je te donnerai dix [pièces] d'argent par an, et un habillement complet, et ton entretien. Et le Lévite alla » (Judges 17:8-10).
Un contrat, un salaire, un vêtement, la nourriture. Et une conclusion religieuse tirée du marché conclu : « Et Michée consacra le Lévite ; et le jeune homme fut son sacrificateur ; et il fut dans la maison de Michée. Et Michée dit : Maintenant je connais que l'Éternel me fera du bien, puisque j'ai un Lévite pour sacrificateur » (Judges 17:12-13). Il prononce le nom de l'Éternel, et il compte sur un homme acheté.
Cinq hommes en reconnaissance
« Et les fils de Dan envoyèrent de Tsorha et d'Eshtaol cinq hommes de leur famille, pris d'entre eux tous, des hommes vaillants, pour explorer le pays et le reconnaître ; et ils leur dirent : Allez, reconnaissez le pays. Et ils vinrent à la montagne d'Éphraïm, jusqu'à la maison de Michée, et ils y passèrent la nuit. Comme ils étaient près de la maison de Michée, ils reconnurent la voix du jeune homme, du Lévite ; et ils entrèrent là, et lui dirent : Qui t'a amené ici, et que fais-tu par ici, et qu'as-tu ici ? Et il leur dit : Michée a fait pour moi telle et telle chose, et il me donne un salaire, et je suis son sacrificateur » (Judges 18:2-4). Le sacrificateur lui-même résume sa fonction par le salaire qu'il touche.
La maison de Michée revient ensuite dans le récit en Judges 18:13, 18:15 et 18:18. Puis vient la poursuite : « Quand ils furent loin de la maison de Michée, les hommes qui étaient dans les maisons voisines de celle de Michée furent assemblés à grands cris, et ils atteignirent les fils de Dan. Et ils crièrent aux fils de Dan ; et eux tournèrent leurs visages, et dirent à Michée : Qu'as-tu, que tu aies rassemblé [ces gens] ? » (Judges 18:22-23).
La fin est brutale et sans consolation : « Et les fils de Dan s'en allèrent leur chemin ; et Michée vit qu'ils étaient trop forts pour lui, et se tourna, et revint à sa maison. Et eux, prirent ce que Michée avait fait, et le sacrificateur qu'il avait, et vinrent à Laïs, vers un peuple tranquille et confiant, et ils les frappèrent par le tranchant de l'épée, et brûlèrent au feu leur ville » (Judges 18:26-27). Ce qu'il avait fabriqué lui survit ailleurs, comme le note encore Judges 18:31.
Ce que le texte lui reproche
L'Écriture ne l'excuse pas. Il se fait une image taillée et une image de fonte avec l'argent (Judges 17:4). Il se donne une maison de dieux, un éphod, des théraphim (Judges 17:5). Il consacre lui-même son fils, puis un Lévite de passage, comme on engage un employé (Judges 17:5 ; 17:10 ; 17:12). Et il tire de cet arrangement une assurance qu'il attribue à l'Éternel : « Maintenant je connais que l'Éternel me fera du bien » (Judges 17:13). Ses mots sont pieux, ses moyens sont faux. Quand la force arrive, ce qu'il a fabriqué ne le défend pas : il voit seulement qu'ils sont trop forts pour lui, et il rentre chez lui (Judges 18:26).
Ce que nous ne savons pas
L'Écriture ne nomme pas ses parents. Aucun de ses enfants n'est nommé, bien qu'il ait consacré l'un de ses fils (Judges 17:5). Le récit ne dit rien de sa vie après son retour à sa maison, ni de sa mort. Il reste ce que le texte en fait : un homme qui a voulu l'Éternel à ses conditions, et qui a tout perdu de ce qu'il avait fabriqué.

