2 Corinthiens 3:18
Le texte
Paul vient de parler du voile : celui que Moïse posait sur son visage, celui qui demeure encore « sur leur cœur » quand on lit les Écritures sans Christ. Et puis, d'un coup, le pronom change de camp : « Or nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit. » Plus de tissu entre Dieu et nous. Plus de descente prudente de la montagne pour cacher un éclat qui va s'éteindre. Ce que Paul affirme ici, c'est qu'un regard maintenu sur le Seigneur nous change effectivement, progressivement, et que ce travail n'est pas le nôtre : il est l'œuvre de l'Esprit.
Le cœur
Remarquez ce que Paul ne dit pas. Il ne dit pas : imitez, efforcez-vous, ressemblez. Il dit : contemplez, et vous serez transformés. Le verbe est au passif ; quelqu'un d'autre agit. C'est le renversement complet de notre manière spontanée de concevoir la vie chrétienne, où l'on se fixe des objectifs de sainteté comme on se fixe des objectifs de performance. Ici, la sainteté est un effet secondaire de l'attention. On devient ce que l'on regarde longuement. Et le « nous tous » est décisif : la gloire n'est plus réservée à un homme qui monte seul dans la nuée. Elle est offerte à des Corinthiens querelleurs, à des artisans, à des esclaves affranchis. « De gloire en gloire » : non pas un éclat qui s'éteint comme celui du visage de Moïse, mais une lumière qui monte.
Le fil conducteur
Derrière ce verset se tient une scène : Moïse redescend du Sinaï, la peau du visage encore chargée de lumière, et il doit se voiler parce qu'Israël ne supporte pas de le regarder (Exode 34). Paul relit cette scène et y voit une gloire réelle mais provisoire, « laquelle devait prendre fin ». Le fil court plus loin encore, jusqu'au commencement : l'homme fait à l'image de Dieu, image brisée, image que le Christ porte intacte. Ce que Paul annonce n'est donc pas une nouveauté religieuse mais une restauration. Nous sommes « transformés en la même image », c'est-à-dire rendus semblables à Celui que nous regardons, et par là rendus enfin humains. Le Sinaï cachait ; la croix découvre.
Le miroir
Demandez-vous honnêtement ce que vous regardez longuement. Pas ce que vous croyez, ce que vous regardez : l'écran avant de dormir, le solde du compte, le visage de celui qui vous a blessé, votre propre reflet dans les jugements des autres. Car vous devenez cela. Et si votre vie intérieure a le goût de l'aigreur ou de l'anxiété, ce n'est peut-être pas un défaut de volonté mais un défaut d'attention : vous contemplez fidèlement les mauvaises choses.
L'autre chose que ce verset met à nu, c'est notre attachement au voile. Nous préférons être vus retouchés. Au travail, en famille, dans l'église, nous présentons une version présentable de nous-mêmes, et nous appelons cela de la pudeur alors que c'est de la peur. Paul dit : à face découverte. Devant Dieu, il n'y a rien à arranger, puisque tout est déjà connu, et pourtant rien n'est condamné.
Aujourd'hui, isolez-vous dix minutes, dites à voix haute devant Dieu la chose que vous cachez le plus soigneusement, puis restez en silence sans rien demander, le visage découvert.
Le personnage principal
Le sujet actif de ce verset n'est pas nous. C'est « le Seigneur en Esprit ». Voilà un Dieu qui ne se contente pas d'être admiré : Il travaille pendant qu'on Le regarde. Et Il travaille lentement. « De gloire en gloire » dit une patience qui nous exaspère, car nous voudrions être changés d'un coup, une fois pour toutes, de préférence avant la prochaine réunion de famille. Dieu, Lui, semble avoir tout le temps. Il ne nous consume pas, comme Israël le craignait au pied de la montagne ; Il ne nous laisse pas non plus tels quels. Il découvre son visage précisément à ceux qui ne pourraient pas le supporter, et cette imprudence apparente s'appelle la grâce.
Le détail
Le mot traduit par « contemplant » est en grec katoptrizomenoi, formé sur le mot qui désigne le miroir. Il peut signifier regarder dans un miroir, et aussi refléter comme un miroir. Cette ambiguïté n'est pas un défaut du texte, elle en est le nerf. Le croyant qui regarde devient lui-même surface réfléchissante ; il ne produit pas sa lumière, il la renvoie. C'est pourquoi la sainteté chrétienne n'a jamais bonne conscience d'elle-même : un miroir ne s'admire pas, il est tourné vers autre chose. Et cela explique aussi le chapitre entier : les Corinthiens sont « la lettre de Christ », lisible par tous, non parce qu'ils se sont recommandés eux-mêmes, mais parce qu'ils reflètent.
Le profil
À Corinthe, la réputation se négociait. On arrivait avec des lettres de recommandation, on jugeait un orateur à sa prestance et à sa voix, et Paul, de son propre aveu ailleurs, décevait sur les deux plans. Des prédicateurs concurrents avaient du panache ; lui avait des cicatrices. Quand ces gens, obsédés par le prestige et les visages qu'on montre, entendent « nous tous, à face découverte », ils entendent quelque chose de scandaleux : l'esclave affranchi du port et le notable de la ville sont placés devant le même visage dévoilé, et transformés par le même Esprit. Aucune hiérarchie de lumière. Ceux qui pensaient devoir se recommander apprennent qu'ils sont déjà en train d'être écrits.
Réflexion
Qu'est-ce que je regarde le plus longuement dans une journée ordinaire, et à quoi est-ce que cela me rend ressemblant ?
Devant qui porte-je encore un voile, et de quoi ce voile me protège-t-il réellement ?
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Ce que la communauté partage sur 2 Corinthians 3
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Moïse mettait un voile « pour que les fils d'Israël n'arrêtassent pas leurs yeux sur la consommation de ce qui devait prendre fin ». Il cachait une gloire qui s'éteignait. Toi aussi, parfois, tu voiles ce qui s'use en toi pour que personne ne le remarque. Mais la gloire que Christ pose sur toi ne s'efface pas. Tu peux enlever le voile.
Père, il y a des voiles sur mon cœur que je ne vois même pas. Des endroits durcis, des choses que je lis sans comprendre. Viens ôter ce qui m'empêche de te voir vraiment. En Christ, je crois que rien ne reste couvert pour toujours.
Père, je regarde ce que tu me demandes et je me sens petit, incapable. Merci de me rappeler que ma capacité ne vient pas de moi, mais de toi. Rends-moi assez humble pour compter sur toi, et assez confiant pour avancer quand même.
Car si le service de la condamnation a été gloire, combien plus le service de la justice abonde-t-il en gloire." La loi gravée sur la pierre brillait déjà, et elle ne faisait que dire ce qui manquait en toi. Que dire alors de ce qui te déclare juste ? Tu vis souvent sous la première lumière. Ose lever les yeux vers la seconde.
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