2 Rois 13
Le texte
Un roi pleure sur le visage d'un vieillard mourant et l'appelle « Mon père ! mon père ! Char d'Israël et sa cavalerie ! » Autour de cette scène, le chapitre range deux règnes gris : Joakhaz, puis son fils Joas, tous deux marchant dans les péchés de Jéroboam, tandis que la Syrie broie Israël jusqu'à ne lui laisser que cinquante cavaliers, dix chars et dix mille fantassins. Dieu écoute pourtant le cri du roi impie, envoie « un sauveur », et laisse Élisée mourir après lui avoir fait tirer une flèche vers l'orient. Un mort jeté à la hâte dans le sépulcre du prophète touche ses os et se relève. Et l'Éternel, dit le texte, n'a pas voulu détruire Israël, à cause de Son alliance avec Abraham.
Le cœur
Deux phrases s'affrontent dans ce chapitre et refusent de se laisser réconcilier trop vite. « La colère de l'Éternel s'embrasa contre Israël » et « l'Éternel usa de grâce envers eux, et eut compassion d'eux ». Rien entre les deux n'a changé du côté d'Israël : « l'ashère resta à Samarie ». Ce qui a changé, ou plutôt ce qui n'a jamais changé, se trouve dans la raison donnée : « à cause de son alliance avec Abraham, Isaac, et Jacob ». La survie d'Israël ne repose pas sur sa repentance mais sur une parole que Dieu S'est donnée à Lui-même des siècles plus tôt. C'est cela, la grâce, avant même qu'un apôtre en écrive le mot : Dieu tenu par Sa propre fidélité quand plus rien ne Le retient du côté des hommes.
Le fil rouge
Remarquez que le sauveur du verset 5 n'a pas de nom. Le récit ne s'y attarde pas, comme si l'important n'était pas qui délivre mais que Dieu, à chaque fois, trouve un moyen de ne pas laisser mourir la lignée d'Abraham. Toute l'histoire de la rédemption avance ainsi : par des délivrances partielles, arrachées, provisoires, qui empêchent le fil de casser jusqu'à ce que vienne Celui qui ne sera pas anonyme. Et puis il y a ce corps jeté dans une tombe de prophète, qui « alla toucher les os d'Élisée, et il reprit vie, et se leva sur ses pieds ». Ne forçons pas l'allégorie. Mais un tombeau qui rend la vie au lieu de la prendre, cela reste, dans toute la Bible, une note qui ne sera pleinement jouée qu'un matin, près de Jérusalem.
Le miroir
Il frappa trois fois, et s'arrêta. C'est peut-être la phrase la plus gênante de tout le chapitre, parce que nous la connaissons de l'intérieur. Vous priez pour votre fils qui a claqué la porte, trois semaines, et vous vous arrêtez, non par incroyance déclarée mais par lassitude polie. Vous entamez la conversation difficile avec votre collègue, à moitié, en gardant une sortie. Vous demandez la guérison, mais sans oser demander la guérison. Joas ne désobéit pas : il obéit sans désir. Et l'homme de Dieu se met en colère, ce qui devrait nous faire réfléchir sur l'idée que Dieu ne compte pas nos élans. Ici, la mesure de la délivrance suit la mesure de l'engagement. Trois villes reprises au lieu d'un ennemi détruit.
Le personnage principal
Joas d'Israël est un homme religieusement sincère et spirituellement immobile. Ses larmes ne sont pas jouées : descendre vers le prophète mourant, pleurer sur son visage, l'appeler père, c'est un vrai chagrin. Il sait même la bonne formule, celle qu'Élisée avait criée lui-même quand Élie lui fut enlevé. Il a la mémoire liturgique de son peuple. Mais il n'a pas renversé l'ashère, il n'a pas quitté les péchés de Jéroboam, et quand on lui met un arc entre les mains, il tire une flèche parce qu'on lui dit de tirer, puis frappe le sol trois fois parce que trois fois suffit bien. C'est le portrait d'une piété qui aime les prophètes morts et se méfie des exigences vivantes. Nous le connaissons. Parfois de trop près.
L'intertexte
Deux échos éclairent la scène. Le premier : le cri de Joas reprend mot pour mot celui d'Élisée au départ d'Élie, en 2 Rois 2. Élisée criait cela en recevant l'esprit de son maître et en s'engageant dans sa mission ; Joas le crie en enterrant la sienne. Même phrase, deux hommes, deux directions. Le second : la formule « à cause de son alliance avec Abraham, Isaac, et Jacob » vient droit de la Genèse, où Dieu jure à un homme sans enfant une descendance qu'il ne verra pas. Le narrateur ne cite pas cette alliance pour faire de l'érudition : il explique pourquoi Samarie existe encore, alors qu'elle ne le mérite plus depuis longtemps.
Le détail
« Et Élisée mit ses mains sur les mains du roi. » Arrêtez-vous là. Les mains d'un vieillard mourant, qui n'ont plus la force de tendre quoi que ce soit, se posent sur les mains d'un roi encore vigoureux mais sans autorité spirituelle. Ni l'un ni l'autre ne peut tirer seul : le prophète n'a plus le corps, le roi n'a pas la parole. La flèche part quand les deux mains sont ensemble. C'est une image dense de la manière dont Dieu agit dans l'histoire : Sa puissance passe par des mains humaines, et nos mains ne portent rien si elles ne sont pas couvertes par les Siennes. Ce qui rend le verset 18 d'autant plus amer : là, Élisée ne touche plus. Joas frappe seul. Et il s'arrête.
Réflexion
Où, dans ma vie de prière ou d'obéissance, ai-je frappé trois fois et arrêté, et qu'est-ce qui m'a fait arrêter : le doute, la fatigue, ou la peur de paraître excessif ?
Qu'est-ce que j'aime, dans la foi, qui ne me coûte rien, comme Joas aimait Élisée sans jamais toucher à l'ashère de Samarie ?
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Questions fréquentes sur 2 Kings 13
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Et le reste des actes de Joas, et tout ce qu'il fit, et sa puissance... ne sont-ils pas écrits dans le livre des chroniques des rois d'Israël ? » Toute une vie résumée en un renvoi vers un autre livre. Tes exploits aussi tiendront un jour en peu de mots. Mais Dieu, lui, tient un registre où rien de ce que tu fais par amour ne se perd.
Père, tu sais ce qui m'a été pris, ce que j'ai perdu sans pouvoir le retenir. Merci de reprendre patiemment, une victoire après l'autre, ce que je croyais perdu pour toujours. Apprends-moi à ne pas abandonner avant que ton œuvre soit finie.
Père, tu te souviens de tes promesses même quand nous t'oublions. Merci de ne pas nous rejeter loin de toi, de te tourner encore vers nous avec compassion. Là où j'ai échoué, ta fidélité tient bon. Garde-moi près de ton coeur.
Élisée, mourant, dit au roi Joas: "Prends un arc et des flèches." Un geste tout simple, presque enfantin, demandé à un roi. Dieu commence souvent par là. Non par de grandes stratégies, mais par un objet dans ta main. Qu'est-ce que tu tiens aujourd'hui, que tu juges trop banal pour qu'il serve?
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