3 Jean 1:2
Le texte
Jean écrit à un ami, et il ouvre sa lettre par un souhait qui ressemble à ce qu'on dirait sur le pas d'une porte : « Bien-aimé, je souhaite qu'à tous égards tu prospères et que tu sois en bonne santé, comme ton âme prospère ». Deux prospérités sont ici mises côte à côte, celle du corps et des affaires d'un côté, celle de l'âme de l'autre. Et l'ordre de la comparaison surprend : ce n'est pas l'âme qui doit rattraper le corps, c'est le corps qui doit rattraper l'âme. Gaïus va spirituellement bien, si bien que l'apôtre souhaite que le reste de sa vie prenne le même rythme. Le verset suivant explique pourquoi Jean en est si sûr : des frères de passage ont témoigné qu'il « marche dans la vérité ».
Le cœur
On a beaucoup abîmé ce verset en en faisant une promesse de réussite. Ce n'en est pas une, c'est un souhait, et surtout c'est une mesure. Jean prend l'âme de Gaïus comme étalon et souhaite que sa santé et ses affaires lui ressemblent. Essayez de faire prier ce verset par quelqu'un dont la vie intérieure est à sec : il devient une malédiction. Voilà la pointe théologique. Dieu ne traite pas l'homme comme un corps auquel on ajouterait une âme, ni comme une âme retenue prisonnière d'un corps ; Il veut l'homme entier, et Il commence par le dedans. La prospérité de l'âme dont parle Jean n'est pas une humeur ni une intensité religieuse : c'est, dans cette lettre, la vérité reçue et vécue, l'amour concret envers des frères étrangers. Une âme prospère est une âme habitée par le Christ et qui, de ce fait, s'ouvre. Le reste, santé et biens, est souhaité, jamais garanti.
Le fil rouge
Ce souhait ne tombe pas du ciel des banalités : il repose sur une conviction que Jean a défendue toute sa vie. Celui qui écrit ici est le même qui a affirmé que la Parole s'est faite chair (Jean 1,14). Dieu n'a pas sauvé l'homme en le délivrant de son corps, mais en prenant un corps, en mangeant, en dormant, en saignant. C'est pourquoi un chrétien peut souhaiter à un autre la santé sans rougir, comme une chose sérieuse et non comme un supplément mondain. Et c'est pourquoi l'ordre du verset tient : dans le plan de Dieu, l'intérieur est refait le premier, par la vérité reçue, et le corps suit en dernier, à la résurrection. Jean souhaite à Gaïus, en petit et maintenant, ce que le Christ lui garantit en grand et plus tard.
Le miroir
Posez la question à l'envers, comme Jean la pose. Si votre compte en banque, votre tension artérielle et votre agenda devaient soudain se mettre au niveau exact de votre vie intérieure, que se passerait-il ? Pour beaucoup d'entre nous, ce serait une chute. Nous avons appris à soigner ce qui se voit : le corps qu'on entretient, la carrière qu'on consolide, la maison qu'on répare. L'âme, elle, vit de restes, d'un chapitre lu en diagonale entre deux réunions. Ce verset ne culpabilise pas, il mesure. Et il rappelle que la seule chose que Jean ait pu vérifier chez Gaïus, ce sont des témoins qui l'avaient vu accueillir des inconnus. Aujourd'hui : écrivez un message court à une personne chez qui vous avez vu, concrètement, la vérité vécue, et dites-lui ce que vous avez vu.
Le contexte
Fin du premier siècle, quelque part en Asie Mineure. Les Églises se réunissent dans des maisons, et les maisons appartiennent à quelqu'un. Gaïus en a une, assez grande pour loger des voyageurs. Ces voyageurs sont des prédicateurs itinérants, « sortis pour le nom », qui refusent par principe l'argent des païens : ils dépendent donc entièrement de l'hospitalité des croyants. Les auberges sont rares, chères et mal famées. Accueillir n'est pas une politesse, c'est une infrastructure missionnaire. Ajoutez la tension : Diotrèphe, « qui aime à être le premier », ferme la porte et exclut ceux qui l'ouvrent. Enfin, la formule sur la santé était le début classique d'une lettre grecque ordinaire, l'équivalent de notre « j'espère que tu vas bien ». Jean la reprend et la retourne.
La question
Alors pourquoi tant de croyants dont l'âme prospère visiblement meurent-ils à quarante ans d'un cancer, ou finissent-ils ruinés ? Le verset ne l'explique pas, et il faut résister à la tentation de le faire parler. Remarquez sa grammaire : Jean souhaite, il ne promet pas. Un souhait peut rester sans réponse, et l'apôtre le sait mieux que nous, lui qui a vu mourir des frères. Le christianisme n'offre pas ici une loi de correspondance entre piété et bien-être ; il offre un ordre de priorité. Et il faut aller jusqu'au bout de l'inconfort : l'Homme dont l'âme prospérait absolument a eu le corps détruit. Cette dissonance-là n'est pas résolue dans ce verset. Elle est portée, pas expliquée.
Le personnage principal
Gaïus n'a laissé aucun écrit, aucune doctrine, aucun sermon. Ce que nous savons de lui tient en un mot : il ouvre. Des frères qu'il ne connaissait pas sont arrivés chez lui, et il les a nourris, logés, puis accompagnés sur la route. Ensuite ils ont parlé de lui devant l'assemblée. C'est un homme dont la spiritualité est vérifiable par des tiers, ce qui est rare et redoutable. On sent aussi une fragilité : Jean souhaite explicitement sa santé, et face à un Diotrèphe autoritaire, Gaïus n'a visiblement pas le tempérament du combattant. Il tient autrement, par la constance. Sa grandeur est domestique. C'est peut-être la forme de sainteté la plus accessible, et la plus rarement pratiquée.
Réflexion
Si quelqu'un devait témoigner de votre foi sans citer vos paroles, seulement ce qu'il vous a vu faire cette semaine, que dirait-il ?
Qu'est-ce qui, chez vous, nourrit réellement l'âme, et quelle place cela occupe-t-il dans votre semaine, en heures concrètes ?
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Questions fréquentes sur 3 John 1:2
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Ce que la communauté partage sur 3 John 1
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Nous donc nous devons recevoir de tels hommes, afin que nous coopérions avec la vérité. » Gaïus ne prêchait pas, il ouvrait sa porte. Et cela suffisait pour que son nom soit lié à l'œuvre de Dieu. Qui, autour de toi, porte un fardeau que tu pourrais alléger par un repas, un lit, un billet payé ?
Jean a l'encre et la plume sous la main, et pourtant il s'arrête: "j'espère te voir bientôt, et nous parlerons bouche à bouche." Certaines choses ne passent pas par un écran. Et puis: "Salue les amis, chacun par son nom." Pas la foule, des noms. Qui attends-tu de voir en face, et qui pourrais-tu appeler par son nom aujourd'hui?
Gaïus n'a pas fait de discours. Il a ouvert sa porte, et ce sont d'autres qui ont « rendu témoignage à ton amour devant l'assemblée ». Ton hospitalité parle avant toi. Et Jean ajoute: « tu feras bien de les faire partir d'une manière digne de Dieu ». Pas digne de ton budget. Digne de Lui.
Bien-aimé, tu agis fidèlement dans tout ce que tu fais envers les frères, et cela envers ceux-là mêmes qui sont étrangers." Gaïus ouvrait sa porte à des visages qu'il ne connaissait pas. Jean n'appelle pas cela de la gentillesse, mais de la fidélité. Et toi, qui as-tu accueilli cette semaine sans rien attendre en retour ?
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