Exode 12:38
Le texte
Au moment où Israël quitte Ramsès, il ne part pas seul. À côté des six cent mille hommes de pied comptés au verset précédent s'agrège « un grand amas de gens », une foule composite, non recensée, sans généalogie, qui « monta avec eux ». Et avec cette masse humaine s'ébranle aussi une masse animale : « du menu et du gros bétail, des troupeaux en très grand nombre ». Le narrateur, si précis sur les chiffres quelques lignes plus haut, devient soudain vague : il ne sait pas combien ils sont, ces gens-là. Il sait seulement qu'ils sont là, mêlés à la colonne, poussant leurs bêtes dans la poussière de la nuit qui s'achève.
Le cœur
Ce demi-verset, que l'on saute d'habitude pour arriver plus vite à la mer Rouge, dit quelque chose de décisif sur la manière dont Dieu sauve. Le jugement tombé sur l'Égypte n'a pas seulement brisé Pharaon ; il a rendu le Dieu d'Israël visible à des gens qui n'avaient aucun droit sur Lui. Des serviteurs égyptiens, des esclaves d'autres nations, des journaliers sans terre ont vu le sang sur les linteaux et ont compris de quel côté il fallait être. La délivrance déborde donc dès la première heure les frontières du sang et de la naissance. Dieu se choisit un peuple, oui, mais ce peuple n'est jamais une race close : il est un cortège, et le cortège ramasse en chemin ceux qui veulent monter.
Le fil rouge
Ce cortège mêlé n'est pas un accident dans l'histoire du salut ; il en est la signature. Regardez comment le chapitre se termine : les prescriptions sur l'étranger. « Et si un étranger séjourne chez toi, et veut faire la Pâque à l'Éternel, que tout mâle qui est à lui soit circoncis ; et alors il s'approchera pour la faire, et sera comme l'Israélite de naissance. » Dieu n'a pas attendu les prophètes pour ouvrir la porte : Il la règle dès la nuit de la sortie. La condition n'est pas l'ascendance, mais le signe dans la chair et le sang sur la porte. Tout le mouvement qui aboutira à un Agneau égorgé hors des murs de Jérusalem, pour des gens venus de partout, commence ici, dans la poussière de Ramsès, avec des inconnus qui poussent leurs chèvres derrière Moïse.
Le miroir
Nous aimons les généalogies spirituelles. Trois générations de fidèles dans la même église, un grand-père ancien, une mère qui priait ; et sans le dire, nous classons. Celui qui est arrivé l'an dernier, qui ne connaît pas les cantiques, qui vient d'un divorce compliqué ou d'une autre religion, celui-là est toléré plus qu'accueilli. Il fait partie de « l'amas ». Mais lisez bien : le texte ne dit pas qu'ils suivaient à distance. Ils « montèrent avec eux », dans la même colonne, sous la même nuée, mangeant le même pain sans levain. Et si vous êtes vous-même celui qui se sent non recensé, sans généalogie, sachez que le narrateur ne vous compte pas parce qu'il ne peut pas : vous êtes trop nombreux. Aujourd'hui, avant ce soir, envoyez un message à une personne de votre assemblée qui n'a aucune histoire chrétienne derrière elle, et dites-lui en une phrase qu'elle appartient pleinement à ce peuple, pas comme invitée mais comme membre.
Le profil
Ceux qui ont entendu ce récit pour la première fois n'étaient pas des esclaves en fuite, mais leurs descendants installés en Canaan, puis leurs arrière-petits-enfants revenus d'exil, occupés à reconstruire une identité menacée de dissolution. Pour eux, la question de savoir qui pouvait manger la Pâque n'était pas théorique : elle décidait des mariages, des héritages, du droit d'entrer dans la cour du temple. Entendre, au cœur du récit fondateur, que la génération de la sortie comptait un « grand amas de gens » non identifiés, cela devait grincer. Leur propre sang était mêlé depuis le premier soir. Impossible, dès lors, de faire de la pureté ethnique le fondement de l'élection. Le fondement, c'était le sang de l'agneau, et lui seul.
L'intertexte
Nombres 11 reprend l'expression, et sans complaisance : c'est « la populace » mêlée qui, la première, s'est mise à pleurer après les concombres d'Égypte et a contaminé Israël de son murmure. La Bible ne romantise donc pas cette foule : ouvrir la porte, c'est aussi laisser entrer le désir mal converti. Et pourtant la ligne aboutit à la vision de l'Apocalypse, cette multitude que personne ne peut dénombrer, de toute tribu et de toute langue, debout devant l'Agneau. Le même adjectif, innombrable, qui signalait ici l'imprécision du recenseur, devient là-bas la gloire de Dieu. Le mélange est un risque que Dieu assume, parce que c'est le seul chemin vers cette foule-là.
Le détail
L'hébreu dit 'erev rav, littéralement « un mélange nombreux ». Le mot 'erev, mélange, sonne exactement comme le 'erev qui veut dire « soir », celui des deux soirs entre lesquels l'agneau devait être égorgé. Un hasard de langue, sans doute, mais il dit quelque chose de juste : ce peuple est né dans l'entre-deux, à l'heure trouble où l'on ne distingue plus les visages, quand le Dieu d'Israël passait de maison en maison et que seul le sang faisait la différence. Ce n'est pas la lumière du plein jour qui a trié Israël, mais l'obscurité d'une nuit où chacun a dû choisir une porte. Ceux qui ont choisi la bonne porte sont montés. Sans généalogie, mais montés.
Réflexion
Qui, dans votre communauté, fait partie de « l'amas » selon votre classement intérieur, et depuis combien de temps le sait-il sans que vous l'ayez dit ?
Si votre appartenance ne tenait qu'au sang de l'Agneau et à rien de votre histoire, qu'est-ce que cela vous enlèverait, et qu'est-ce que cela vous rendrait ?
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Questions fréquentes sur Exodus 12:38
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Ce que la communauté partage sur Exodus 12
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Quatre jours durant, l'agneau vit dans la maison. On le regarde, on s'y attache, il n'est plus un animal anonyme. Puis: "toute la congrégation de l'assemblée d'Israël l'égorgera entre les deux soirs." Personne ne reste spectateur. Ce n'est pas un autre qui a livré Christ à ma place. Sa mort me concerne de près.
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