Jérémie 29:4
Le Texte
Une lettre part de Jérusalem vers Babylone, et elle s'ouvre par une formule si familière qu'on risque de la traverser sans s'arrêter : « Ainsi dit l'Éternel des armées, le Dieu d'Israël, à tous les captifs que j'ai transportés de Jérusalem à Babylone ». Voilà tout le verset. Une adresse, rien de plus, comme l'en-tête d'un courrier officiel. Mais lisez-le à côté du verset 1, qui disait que « Nebucadnetsar avait transportés » ce peuple. Le même verbe revient, et le sujet a changé. Ce n'est plus l'empereur qui déporte, c'est Dieu. Avant même le premier ordre, avant les maisons à bâtir et les jardins à planter, il y a cette phrase où Dieu prend sur Lui l'exil de Son peuple.
Le Cœur
Que faire d'un Dieu qui dit « j'ai transportés » ? Il aurait été plus doux de L'entendre dire : je vous ai vus partir, j'ai pleuré avec vous. Il ne le dit pas. Il place Sa propre main sous la catastrophe, et Il le fait en Se nommant « l'Éternel des armées », le commandant des puissances, celui dont Nebucadnetsar n'est finalement qu'un instrument. Puis, dans le même souffle, « le Dieu d'Israël ». Le titre de la puissance et le titre de l'alliance, collés l'un à l'autre, adressés à des gens qui ont tout perdu. Il ne S'excuse pas, Il ne S'explique pas encore. Il Se nomme. Et c'est peut-être là que commence toute consolation vraie : non pas quand Dieu justifie ce qu'Il a fait, mais quand Il refuse de Se retirer de ce qu'Il a fait.
Le Fil Conducteur
Il y a dans cette adresse une logique qui traverse toute l'Écriture : Dieu ne sauve pas Son peuple en le tenant à distance du désastre, mais en entrant avec lui dedans. Ceux qui ont été « transportés » ne sont pas les rebuts de l'histoire sainte ; ce sont eux que Dieu appelle, eux à qui la lettre est adressée, tandis que ceux restés à Jérusalem seront comparés plus loin à « ces figues affreuses qu'on ne peut manger tant elles sont mauvaises » (v. 17). Le lieu de la honte devient le lieu de la parole. Ce renversement culmine ailleurs, dans un homme sorti hors de la ville, compté parmi les maudits, et c'est là que Dieu établit Son alliance nouvelle. Babylone préfigure quelque chose : Dieu travaille en dehors du territoire que nous jugions être le Sien.
Le Miroir
Nous acceptons volontiers que Dieu soit derrière ce qui nous plaît. La mutation professionnelle qui tombe bien, la guérison, la maison trouvée au bon moment. Nous parlons alors de providence. Mais la phrase de Jérémie mord ailleurs : elle vous demande de mettre le nom de Dieu sous ce que vous n'avez pas choisi. Cette ville où votre conjoint a été muté et où vous n'avez toujours pas d'amis. Ce corps qui ne suit plus. Ce presbytère, cette entreprise, cette famille recomposée où vous vivez en étranger poli. La tentation est double : soit accuser Dieu et rompre, soit L'exonérer en disant que ce sont « les circonstances ». Le texte refuse les deux. Il vous laisse devant un Dieu qui assume et qui reste. Aujourd'hui : écrivez sur un papier le nom du lieu, de la situation ou de la personne qui constitue votre Babylone, dites à voix haute « Tu m'as transporté ici », puis priez une minute pour la paix de ce lieu, comme le verset 7 l'ordonne.
Le Personnage Principal
Dieu Se présente ici par deux noms qui ne vont pas naturellement ensemble. « L'Éternel des armées » : le Dieu des puissances, celui qui commande aux empires et devant qui Nebucadnetsar n'est qu'un exécutant. « Le Dieu d'Israël » : le Dieu lié, engagé, celui qui a promis. Un Dieu seulement puissant serait terrifiant ; un Dieu seulement fidèle serait impuissant à tenir Sa promesse. Ici, les deux tiennent ensemble, et c'est précisément pour cela que la lettre peut exister. Remarquez aussi ce que Dieu ne fait pas : Il ne Se justifie pas. Aucune explication du pourquoi. Il parlera plus loin de « pensées de paix et non de mal » (v. 11), mais Il ne déroule pas Son raisonnement. Il donne Son nom, et Il donne des ordres pour demain. Le mystère reste entier, et l'adresse aussi.
Le Profil
Ils sont là depuis quelques années à peine. Déportés en 597, avec le roi Jéconias, la reine, les eunuques, « les charpentiers et les forgerons » (v. 2) : l'élite technique et politique, vidée de la ville pour qu'elle ne se relève pas. Autour d'eux, une culture qui pensait que chaque dieu régnait sur son territoire. Quitter le pays, c'était donc quitter la juridiction du Dieu d'Israël, et l'incendie du Temple à venir semblerait le confirmer : Mardouk a gagné. Des prophètes leur promettaient un retour rapide, quelques mois, deux ans. Et voici qu'une lettre arrive de Jérusalem, portant l'en-tête du Dieu qu'ils croyaient resté là-bas, et disant : c'est Moi qui vous ai amenés ici. Ce que nous lisons comme une phrase dure, eux l'ont entendu d'abord comme une adresse impossible. Il parle. Ici.
L'Intertexte
Deux échos méritent d'être tenus ensemble. Genèse 50, où Joseph dit à ses frères que ce qu'ils avaient pensé en mal, Dieu l'avait pensé en bien : même structure, une main humaine coupable et une main divine qui ne nie pas la faute mais la traverse. Jérémie va plus loin encore, car il ne dit pas seulement que Dieu a permis ; il fait dire à Dieu « j'ai transportés ». Et puis Pierre, ouvrant sa première lettre en s'adressant aux étrangers dispersés : il écrit à des chrétiens comme Jérémie écrivait à des exilés, et il reprend le geste. C'est peut-être la manière la plus honnête de lire ce verset aujourd'hui. Nous ne sommes pas encore chez nous. La question n'est pas de savoir comment sortir de Babylone, mais qui nous parle pendant que nous y sommes.
Réflexion
Quelle est la situation dont vous dites volontiers « Dieu l'a permis », et qu'est-ce qui change si vous osez dire « Dieu m'a transporté là » ?
Dieu Se nomme avant d'expliquer quoi que ce soit. Que faites-vous de ce silence sur le pourquoi : le comblez-vous trop vite, ou pouvez-vous y demeurer ?
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Ce que la communauté partage sur Jeremiah 29
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Me levant de bonne heure et les envoyant », dit l'Éternel. Dieu se lève tôt pour parler. Il envoie, encore et encore, des messagers qu'on peut ignorer sans bruit. Le malheur d'Israël n'est pas venu d'un silence du ciel, mais d'une oreille fermée. Et toi, ce matin, qu'as-tu fait de la parole qu'il t'a déjà donnée ?
Merci, Seigneur, d'avoir fait porter une lettre jusqu'à Babylone, « au reste des anciens de la captivité ». Tu n'as pas oublié ceux qu'on avait emmenés loin de Jérusalem. Merci de parler encore à ton peuple, là où il se trouve, même en exil.
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