Jérémie 31:28
Le Texte
Dieu prend les six verbes de sa propre œuvre de destruction, arracher, démolir, renverser, détruire, faire du mal, et Il les retourne comme on retourne une terre : désormais Il veillera « pour bâtir et pour planter ». La même attention, la même main, la même vigilance obstinée qui a défait Juda pierre par pierre se met maintenant au service de sa reconstruction. Rien n'est dit d'un changement d'humeur chez Dieu ; ce qui change, c'est la direction de son regard. Et il faut entendre cette phrase là où elle a été prononcée : dans un pays où les murs étaient réellement tombés, où les vergers avaient réellement été coupés pour les machines de siège babyloniennes.
Le Cœur
Le scandale et la consolation de ce verset tiennent ensemble : c'est le même Dieu qui a arraché et qui plantera. Jérémie ne dit pas que Babylone a détruit Jérusalem et que Dieu va réparer les dégâts. Il dit que Dieu a veillé sur la destruction, avec le soin d'un artisan. Les six verbes de la ruine sont exactement ceux de l'appel du prophète au chapitre 1, quarante ans plus tôt : sa mission avait toujours contenu, à la fin de la liste, « bâtir et planter ». La promesse n'est donc pas un revirement tardif, mais l'aboutissement d'un projet unique. Voilà pourquoi ce verset console sans anesthésier : le jugement n'était pas l'échec de l'amour de Dieu, il en était le labour.
Le Fil Conducteur
Ce verset est la charnière du chapitre. Juste avant, Dieu promet de semer Israël et Juda « de semence d'hommes et de semence de bêtes » (v. 27) ; juste après vient l'annonce de la nouvelle alliance, la loi écrite non plus sur des tablettes mais « sur leur cœur » (v. 33). Bâtir et planter ne désigne donc pas seulement des murs et des vignes, mais une refonte de l'intérieur de l'homme. Et là est le fil : la seule manière de réparer un peuple qui rompt les alliances, c'est de changer le lieu où l'alliance est inscrite. Le Nouveau Testament reprendra ce verbe à la lettre lorsque Jésus, la nuit de la Pâque, parlera de la coupe de la nouvelle alliance. Ce que Jérémie voit encore de loin, dans un pays en cendres, prend chair dans un homme qui sera Lui-même arraché pour que d'autres soient plantés.
Le Miroir
Il y a dans nos vies des choses que nous n'avons pas su rebâtir : un mariage, une santé, une réputation, une vocation qui s'est arrêtée net. Nous savons parler du Dieu qui plante. Nous avons beaucoup plus de mal à confesser que le Dieu qui plante est le même que celui qui a laissé la charrue passer. Ce verset ne nous invite pas à trouver la ruine belle. Il nous demande de ne pas couper Dieu en deux, un Dieu du malheur qu'on subit et un Dieu du bien qu'on espère, comme si sa vigilance s'était absentée pendant les pires années. Prenez une feuille, écrivez en une ligne ce qui a été arraché chez vous, avec la date ; écrivez en dessous, de votre main : « ainsi je veillerai sur eux pour bâtir et pour planter » ; lisez les deux à voix haute, une seule fois.
La Question
Le texte dit que Dieu a veillé « pour faire du mal ». Aucune traduction douce ne fait disparaître cela. Faut-il en conclure que chaque effondrement de nos vies est un chantier divin ? Jérémie n'autorise pas ce raccourci. Il parle d'un peuple prévenu pendant quarante ans, par un prophète nommé, pour des injustices précises. Ce n'est pas une clé universelle à poser sur la souffrance du voisin ; utilisée ainsi, elle devient cruelle. Ce que le verset affirme, c'est que Dieu ne perd pas la main quand tout se défait, pas qu'Il nous doive l'explication de chaque ruine. Il reste un écart que le texte ne comble pas, et mieux vaut le laisser béant que le remplir de raisons pieuses.
Le Détail
« J'ai veillé. » Le verbe hébreu est shaqad, veiller, être en éveil. Il est presque identique au nom de l'amandier, shaqed, l'arbre qui « veille », parce qu'en Judée il fleurit le premier, en plein hiver, sur des branches encore nues. Dieu l'avait montré à Jérémie au tout début : une branche d'amandier, et cette phrase, je veille sur ma parole pour l'exécuter. Le lecteur d'alors avait donc dans l'oreille le mot et sous les yeux l'image : un arbre qui fleurit avant que rien n'annonce le printemps. C'est exactement ce que fait ce verset dans un pays brûlé. Le bois est nu, la floraison est promise, et le mot le dit deux fois.
L'Intertexte
Amos avait déjà promis un peuple planté qu'on n'arracherait plus de sa terre, mais l'exil semblait avoir démenti cette parole. Jérémie ne la contredit pas, il la déplace : la garantie ne tient pas à la solidité du peuple, elle tient à la vigilance de Dieu. Et la fin de ce même chapitre boucle l'image jusqu'au ras du sol, en désignant la vallée des cadavres et des cendres, autrement dit le charnier près du Cédron, et en déclarant que tout cela sera saint, consacré : « elle ne sera plus arrachée ni renversée, à jamais » (v. 40). Le terrain le plus impur de Jérusalem devient le sol de la promesse. Le Dieu qui plante ne cherche pas une meilleure parcelle.
Réflexion
Quel effondrement de votre histoire refusez-vous encore de placer sous le même regard de Dieu que vos bénédictions ?
Si Dieu veille aujourd'hui « pour bâtir et pour planter », où voyez-vous, chez vous ou autour de vous, une floraison sur du bois qui paraît encore mort ?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Demain matin, le soleil se lèvera. Il n'a rien demandé, il n'a pas hésité. « Si jamais ces ordonnances s'éloignent de devant moi, dit l'Éternel, la semence d'Israël cessera aussi d'être une nation devant moi pour toujours. » Dieu accroche sa fidélité à ce que tu vois chaque jour. Ton cœur vacille, pas les étoiles.
« Éphraïm est-il pour moi un fils précieux, un enfant de mes délices ? » Dieu dit cela d'un peuple qui l'a abandonné. Et il ajoute : chaque fois qu'il doit le reprendre, il se souvient encore de lui, ses entrailles s'émeuvent. Tu penses que ta chute a éteint sa tendresse ? Elle la remue.
« Si les cieux là-haut peuvent être mesurés, et les fondements de la terre sondés en bas, alors moi aussi je rejetterai toute la semence d'Israël, à cause de tout ce qu'ils ont fait, dit l'Éternel. » Remarque bien: il n'oublie pas ce qu'ils ont fait. Il le nomme, et il reste quand même. Ton échec ne mesure pas son attachement. Va donc, essaie de compter le ciel.
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