Jean 5:13
Le texte
Interrogé par les autorités sur l'identité de celui qui l'a remis debout, l'homme guéri reste sans réponse : il ne sait pas. Jean précise pourquoi : Jésus s'était éclipsé, disparu dans la cohue du portique. Un homme marche pour la première fois depuis trente-huit ans, et il ne connaît même pas le nom de son bienfaiteur. Le miracle a précédé la rencontre ; la guérison a précédé la connaissance. Ce détail, que nous survolons d'ordinaire pour arriver aux grands discours de la suite, est en réalité une charnière. Jean ne le note pas par souci d'exactitude documentaire, mais parce que ce vide dans la mémoire de l'homme dit quelque chose de décisif sur la manière dont le Christ agit.
Le cœur
Nous imaginons volontiers que le salut commence par notre reconnaissance de Jésus. Ce verset renverse l'ordre. L'homme n'a pas cru, n'a pas confessé, n'a même pas demandé ; il a seulement entendu une parole, et il s'est levé. Puis le Guérisseur s'est retiré, et il n'a plus rien tenu dans les mains, sinon son petit lit et ses jambes neuves. Voilà une grâce dont l'initiative appartient entièrement à Celui qui la donne. Jésus ne se rend pas dépendant de la lucidité de l'homme. Il agit d'abord, se nomme ensuite, au verset 14, quand Il vient le retrouver dans le temple. Le sauvé n'a pas trouvé son Sauveur ; c'est le Sauveur qui l'a trouvé, deux fois.
Le fil rouge
Cette discrétion n'est pas un accident de foule, c'est la signature du Messie de Jean. Celui qui a fait naître de l'eau du vin sans se présenter au maître du festin, qui parlera de Lui-même comme du grain qui tombe en terre, agit ici selon la logique qu'Il exposera quelques versets plus loin : « Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé » (v. 30). Le Fils ne travaille pas pour être vu ; Il travaille parce que le Père travaille (v. 17). Et Il se retire, comme Il se retirera plus tard dans une tombe, avant de venir chercher les Siens. Le mouvement est constant : donner la vie, disparaître, revenir nommer.
Le miroir
Il y a de fortes chances que vous ayez déjà été cet homme : relevé sans savoir par Qui. Le contrat de travail arrivé au bon moment. Le diagnostic qui n'était pas celui qu'on craignait. Le mariage qui a tenu alors qu'il craquait de partout. On raconte l'histoire comme on peut, on parle de chance, de résilience, de bon docteur, et on ne sait pas qui c'était, car Il s'était retiré. Ce verset dérange notre besoin de tout comprendre en direct. Il dérange aussi notre orgueil spirituel : la grâce que nous n'avons pas su reconnaître restait de la grâce. Mais il ne nous laisse pas là. Rester ignorant du Nom, quand Il vient nous trouver dans le temple, devient un choix.
L'intertexte
Comparez avec l'aveugle-né de Jean 9. Là aussi Jésus disparaît après la guérison, là aussi les autorités interrogent, mais cet homme-là finit par se prosterner : « Je crois. » Le contraste est instructif : les deux reçoivent la même grâce anonyme, l'un s'y accroche, l'autre s'en sert pour se dédouaner devant les chefs (v. 15). Et rappelez-vous le reproche des versets 39 et 40 : « Sondez les écritures… ce sont elles qui rendent témoignage de moi : et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie. » Ceux qui possèdent le texte ne connaissent pas Celui dont il parle. L'ignorance de l'homme guéri est excusable ; celle des théologiens qui l'interrogent ne l'est pas.
La question
Pourquoi Jésus se retire-t-il ? Il aurait pu rester, se nommer, répondre Lui-même aux accusations. Jean donne une raison presque banale : la foule. Mais nous sentons bien que ce n'est pas seulement une question de logistique. Peut-être parce que ce n'était pas encore l'heure ; peut-être parce qu'une guérison utilisée comme preuve publique aurait produit des admirateurs, non des croyants. Le texte ne l'explique pas et je ne veux pas boucher ce trou avec du plâtre pieux. Il reste que Dieu, dans le Christ, choisit régulièrement de ne pas se rendre évident. Cela nous coûte. Cela laisse des hommes debout sans savoir Qui les a relevés, pendant un temps, jusqu'à la seconde rencontre.
Le profil
Les premiers lecteurs de Jean, souvent des croyants d'origine juive exclus de la synagogue, savaient exactement à quoi ressemble un interrogatoire de ce genre. « Qui est l'homme qui t'a dit… ? » La question n'était pas innocente : nommer Jésus, c'était se ranger de Son côté et en payer le prix. Ces lecteurs entendaient donc dans ce verset autre chose qu'une anecdote. Ils entendaient leur propre histoire : d'abord touchés par une grâce qu'ils ne comprenaient pas encore, puis sommés de dire un nom devant des gens qui pouvaient leur nuire. Et ils entendaient la promesse cachée du verset suivant : Celui qui s'est retiré ne les abandonne pas dans leur ignorance. Il revient les chercher.
Réflexion
Où, en relisant les dix dernières années, soupçonnez-vous une main que vous n'avez pas identifiée sur le moment ?
Quand Jésus vous a trouvé une seconde fois, pour Se nommer, avez-vous répondu comme l'homme du chapitre 5 ou comme celui du chapitre 9 ?
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Ce que la communauté partage sur John 5
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Seigneur, tu m'as relevé quand je ne pouvais plus avancer. Aide-moi maintenant à ne pas retourner à ce qui me blesse. Que ma guérison ne reste pas un souvenir, mais qu'elle change ma façon de vivre, jour après jour, près de toi.
Accusé de se faire égal à Dieu, Jésus répond par une parole de dépendance: "Le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu'il ne voie le Père faire." Il regarde avant d'agir. Toute sa force vient de ce regard tourné vers son Père. Et toi, combien de choses entreprends-tu sans avoir d'abord regardé?
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