Lamentations 2
Le texte
Un poète regarde Jérusalem en ruines et ne dit pas: les Babyloniens ont fait cela. Il dit: le Seigneur a fait cela. Vingt-deux strophes, une par lettre de l'alphabet hébreu, alignent les verbes de la destruction: Il a englouti, renversé, profané, retranché, brûlé, saccagé, rejeté. Le temple, le roi, le sacrificateur, la muraille, les fêtes: tout ce qui garantissait la présence de Dieu au milieu de Son peuple est démoli par Celui même qui l'avait donné. Au milieu du poème, la voix se brise (v. 11), puis se tourne vers la ville pour lui ordonner de pleurer sans relâche, et finit en accusation adressée directement à Dieu.
Le cœur
"Le Seigneur a été comme un ennemi." Cette phrase est le scandale du chapitre, et elle est inévitable. Car si Dieu n'est pas derrière la chute de Jérusalem, alors Babylone est plus forte que Lui, et l'exil n'a aucun sens. Le poète préfère un Dieu terrifiant à un Dieu impuissant. Il tient donc les deux bouts: Dieu est souverain, et ce qu'Il fait ici est atroce. Notez le "comme": Il a été comme un ennemi. Ce petit mot est tout ce qui reste de l'alliance, une fissure de lumière. L'ennemi véritable, dit le dernier verset, c'est un autre. Mais pour le moment, la main qui protégeait est la main qui frappe, et le texte refuse de nous épargner cette confusion.
Le fil rouge
Le verset 17 est la clé de la cohérence biblique: "L'Éternel a fait ce qu'il s'était proposé, il a accompli sa parole qu'il avait commandée dès les jours d'autrefois." Autrement dit: rien d'improvisé, rien d'arbitraire. Les malédictions de Deutéronome 28, lues chaque génération dans le sanctuaire, y compris la scène insoutenable des mères et de leurs enfants, viennent de s'incarner dans les rues de Jérusalem. Dieu tient parole, aussi quand la parole tenue est un jugement. C'est une pensée dure, mais elle porte l'espérance: un Dieu qui accomplit Ses menaces accomplira aussi Ses promesses. Le même sérieux divin qui a détruit la ville la relèvera. Le chapitre suivant osera le dire; celui-ci ne le peut pas encore.
Le miroir
Il y a une manière pieuse de mentir sur sa douleur, et Lamentations 2 la refuse. Nous avons appris à conclure trop vite: "Dieu sait ce qu'Il fait", dit-on au bord d'une tombe, à la fin d'un mariage, après un diagnostic. Le poète sait aussi ce que Dieu fait, et cela le rend malade: "mon foie s'est répandu sur la terre". Le texte lave par ailleurs nos oreilles de la flatterie religieuse. Les prophètes du verset 14 étaient des hommes aimables, encourageants, positifs; ils n'ont pas mis à découvert l'iniquité, et le peuple est mort de leur gentillesse. Demandez-vous, honnêtement, quels sont les prédicateurs, les livres, les amis que vous choisissez: ceux qui vous consolent, ou ceux qui vous disent la vérité?
Le personnage principal
Le sujet de presque toutes les phrases, c'est Dieu, et Il est ici décrit comme un guerrier: "Il a bandé son arc comme un ennemi". Le lecteur de l'Ancien Testament connaît cette image; c'est celle de l'Exode, quand Dieu combattait pour Israël contre l'Égypte. La terreur du chapitre vient de ce que l'arc est retourné. Mais regardez aussi ce que Dieu détruit en premier: Son propre autel, Son sanctuaire, Ses fêtes. Il ne s'attaque pas d'abord aux pécheurs mais à Sa propre maison, à ce qui portait Son nom. Un Dieu qui préfère perdre Son temple plutôt que de laisser Son peuple s'installer dans une religion mensongère: voilà un portrait plus effrayant, et plus digne de confiance, que celui de la divinité complaisante que nous préférons.
L'intertexte
Le verset 15 met une citation dans la bouche des passants: "Est-ce ici la ville dont on disait : La parfaite en beauté, la joie de toute la terre ?" Ce sont les mots des psaumes de Sion, chantés par les pèlerins montant à Jérusalem (Psaume 48, Psaume 50). Le poète cite la liturgie pour la briser: la louange d'hier devient la moquerie d'aujourd'hui. Et le geste des passants, qui sifflent et branlent la tête, revient au Golgotha, où l'on secoue la tête devant un autre Fils rejeté, hors des murs, dans les ténèbres de midi. Deuxième écho, plus douloureux: "la loi n'est plus ; ses prophètes aussi ne trouvent pas de vision". Ce silence de Dieu est exactement ce que Joël promet de rompre, quand l'Esprit sera répandu et que les fils prophétiseront de nouveau.
La question
Le verset 20 pose la question que nous n'osons pas: "Les femmes dévoreront-elles leur fruit ?" Le poète ne demande pas si le péché de Juda méritait un jugement; il demande si ceci était nécessaire. Des nourrissons expirant sur le sein de leur mère, cela dépasse toute proportion, et le texte le dit en face de Dieu, sans obtenir de réponse. Aucune réponse n'arrive dans le chapitre. Aucune théodicée n'est proposée. Le dernier mot est une plainte: "ceux dont j'avais pris soin et que j'avais élevés, mon ennemi les a consumés." La Bible garde cette page. Elle nous autorise donc à prier ainsi, et elle nous interdit d'expliquer la souffrance d'autrui avec des raisonnements que Dieu Lui-même n'a pas fournis.
Réflexion
Où, dans votre vie de prière, préférez-vous la consolation rapide à la vérité que Lamentations 2 ose dire tout haut?
Quand avez-vous entendu pour la dernière fois une parole qui a mis votre iniquité à découvert, et comment y avez-vous réagi?
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Questions fréquentes sur Lamentations 2
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Ses prophètes aussi ne trouvent pas de vision de la part de l'Éternel. » Les portes brisées, les murs effondrés, cela se voit. Mais la perte la plus lourde est invisible: le silence. Plus de parole, plus de direction. Connais-tu ce vide? Il ne signifie pas que Dieu est parti. Il nous apprend combien sa voix nous était précieuse.
« Tu as tué au jour de ta colère, tu as égorgé, tu n'as pas épargné. » Jérémie ne détourne pas les yeux : l'enfant et le vieillard couchés dans la même poussière de la rue. Il ne cherche pas d'explication élégante, il porte la douleur à Dieu, sans adoucir les mots. Oses-tu lui parler ainsi de ce qui te brise ?
Seigneur, tu fais ce que tu as dit, même quand cela me bouleverse. Je ne comprends pas toujours tes voies, mais ta parole tient, hier comme aujourd'hui. Aide-moi à ne pas fuir ta vérité, et garde en moi l'espérance que ta fidélité va plus loin que ma peine.
« Il a retiré sa droite devant l'ennemi. » Voilà ce qui brise Jérémie. Ce n'est pas la force de l'ennemi, c'est cette main qui avait ouvert la mer et qui, cette fois, se retire. Il y a des saisons où tu ne sens plus ce soutien. Ose le dire à Dieu, comme Jérémie. Il préfère ta plainte à ton silence.
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