Philippiens 3
Le texte
Paul ouvre sur la joie, puis change de ton en une phrase: "Prenez garde aux chiens, prenez garde aux mauvais ouvriers, prenez garde à la concision". Ceux qui exigent la circoncision des croyants d'origine païenne reçoivent ici un traitement dur. Pour leur répondre, Paul étale son propre curriculum religieux, irréprochable de bout en bout, circoncis le huitième jour, pharisien, "quant à la justice qui est par [la] loi, étant sans reproche", et il le jette à la poubelle: "je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ". Le reste du chapitre devient une course. Il n'est pas arrivé, il poursuit, il oublie ce qui est derrière, il tend vers ce qui est devant, et il pleure sur ceux qui marchent autrement, "dont le dieu est le ventre".
Le cœur
Ce chapitre déplace la question morale d'un cran plus bas que là où nous la posons d'habitude. La vraie question n'est pas: est-ce que je fais le bien? Paul faisait le bien, magistralement, et il appelle cela une perte. La question est: où est mon appui? Le mot que Paul répète, la chair, ne désigne pas d'abord la sexualité ou la gourmandise, mais tout ce qui me donne un poids devant Dieu et devant les autres indépendamment du Christ: mon parcours, ma discipline, ma réputation, mes performances. Et il annonce que ce capital doit être perdu, pas amélioré. Ce qui reste alors n'est pas le vide, mais "la justice qui est de Dieu, moyennant la foi", une position reçue, jamais construite. Là commence une éthique qui n'a plus rien à défendre, donc qui peut enfin donner.
Le fil conducteur
Ce que Paul rejette n'est pas l'Ancien Testament, mais une manière de s'en servir comme d'un dossier de candidature. La circoncision au huitième jour était un vrai signe de l'alliance, donné par Dieu; le drame est qu'un signe de grâce s'est transformé en preuve de mérite. Paul retourne le mot: "nous sommes la circoncision, nous qui rendons culte par l'Esprit de Dieu". La marque dans la chair est remplacée par une œuvre invisible de l'Esprit, exactement ce que les prophètes réclamaient quand ils parlaient d'un cœur circoncis. Et la ligne aboutit dans un corps: Christ "transformera le corps de notre abaissement en la conformité du corps de Sa gloire". L'histoire du salut ne finit pas dans une spiritualité désincarnée, mais dans une chair guérie, ce qui donne à nos corps fatigués une dignité que ni l'ascétisme ni la complaisance ne leur accordent.
Le miroir
Faites l'inventaire de ce que vous mettriez dans la colonne "gain". Les années de service à l'église, la fidélité conjugale que d'autres n'ont pas tenue, la sobriété financière, les enfants qui ont bien tourné, la théologie juste. Paul avait mieux, et il écrit: "je les estime comme des ordures". Le test est simple et cruel: quand quelqu'un touche à cette colonne, êtes-vous blessé, ou libre? Un collègue qui prend votre place, un frère qui progresse plus vite, un reproche à moitié justifié de votre conjoint: si la réaction est une défense immédiate, c'est que l'appui a glissé. Et remarquez ce que Paul refuse de porter: "oubliant les choses qui sont derrière". Cela vise ses titres, mais aussi ses échecs, lui qui a persécuté l'assemblée. Ni le curriculum ni le casier judiciaire ne dictent la course.
Le personnage principal
Paul se montre ici plus nu que partout ailleurs. Il n'écrit pas en apôtre arrivé, mais en homme qui court avec un souffle court: "Non que j'aie déjà reçu [le prix] ou que je sois déjà parvenu à la perfection". Il veut connaître Christ, et il ajoute aussitôt "la communion de Ses souffrances", ce qui n'est pas une formule pieuse pour un prisonnier qui écrit sous garde. Puis il pleure. Un homme capable d'appeler ses adversaires des chiens est le même qui parle "même en pleurant" de ceux qui sont ennemis de la croix. Cette combinaison de tranchant et de larmes est rare; nous choisissons d'ordinaire l'un ou l'autre, la dureté sans chagrin ou la tendresse sans jugement.
Le profil
Philippes était une colonie romaine, peuplée de vétérans, fière de sa citoyenneté et de ses droits. Quand Paul écrit "notre bourgeoisie est dans les cieux, d'où aussi nous attendons le Seigneur Jésus Christ", ses lecteurs entendent une revendication politique: votre vraie cité n'est pas Rome, et le Sauveur que vous attendez n'est pas l'empereur. Pour des croyants d'origine païenne pressés de se faire circoncire afin de paraître enfin légitimes, la liste des titres de Paul agit comme un antidote. Il possède tout ce qu'on leur vend, et il le déclare sans valeur. Ils entendent donc: vous n'avez rien à ajouter pour être des vôtres, ni un rite, ni une ascendance, ni une performance.
Le contexte
Paul écrit depuis la prison, probablement à Rome, à une communauté qu'il a fondée et qui lui a envoyé de l'argent. La lettre respire l'affection, ce qui rend l'avertissement du verset 2 d'autant plus abrupt. Deux menaces se croisent: des prédicateurs judaïsants qui exigent la loi, et d'autres dont "le dieu est le ventre", des gens qui ont fait de la liberté un permis d'appétit. Les deux erreurs ont la même racine, une vie organisée autour de soi, par la discipline ou par le plaisir. Entre les deux, Paul ne propose pas un juste milieu mais un déplacement: la vie centrée sur Quelqu'un d'autre, "vu aussi que j'ai été saisi par le Christ".
Réflexion
Quelle ligne de votre colonne "gain" vous coûterait le plus à perdre, et que dit ce coût sur l'endroit où repose réellement votre confiance?
Où, cette semaine, votre honnêteté envers quelqu'un a-t-elle besoin d'être accompagnée de larmes plutôt que de mépris?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Père, là où je vois clair, garde-moi humble. Là où je me trompe encore, montre-le-moi doucement, à ton rythme. Je n'ai pas tout compris, mais je te fais confiance pour éclairer ce qui reste dans l'ombre de mon cœur.
Circoncis le huitième jour, de la race d'Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu des Hébreux; quant à la loi, pharisien." Paul récite son curriculum: ce qu'il a reçu à la naissance, ce qu'il a gagné par l'effort. Tout est vrai, tout est impeccable. Et il va le ranger dans la colonne des pertes. Qu'y a-t-il dans ta liste à toi?
« Si quelque autre pense pouvoir se confier en la chair, moi davantage. » Paul ne dit pas qu'il n'avait rien. Il avait tout : la naissance, la rigueur, le zèle. C'est justement pour cela que son renoncement pèse lourd. Renoncer à ce qu'on n'a pas est facile. Et toi, qu'est-ce que tu tiens dans la main, qui te sert discrètement de sécurité ?
Père, je connais cette tentation de compter mes efforts, mes efforts irréprochables, comme s'ils pouvaient me rendre juste devant toi. Garde mon zèle de devenir dur. Apprends-moi à tout recevoir de ta grâce, les mains ouvertes.
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