Romains 9:16
Le Texte
Paul vient de citer la parole adressée à Moïse au Sinaï, après le veau d'or : « Je ferai miséricorde à celui à qui je fais miséricorde ». Le verset 16 en tire la conclusion, sèchement, presque comme un théorème : « Ainsi donc ce n'est pas de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. » Deux verbes humains sont écartés d'un même geste, vouloir et courir, c'est-à-dire l'intention et l'effort, le désir intérieur et la performance visible. Il ne reste qu'un seul acteur debout dans la phrase, et ce n'est pas nous. La miséricorde a une source, et cette source est en Dieu seul.
Le Cœur
Ce que Paul démolit ici, ce n'est pas la volonté humaine en soi, ni l'effort, mais leur prétention à fonder quoi que ce soit devant Dieu. « Celui qui veut » : la sincérité religieuse, la décision ferme, le cœur bien disposé. « Celui qui court » : l'obéissance mesurable, la discipline, le résultat. Tout ce dont un croyant sérieux pourrait légitimement être fier. Paul le range du côté de ce qui n'explique rien. Si la miséricorde dépendait de ma volonté, elle serait un salaire déguisé ; si elle dépendait de ma course, elle serait un classement. Elle n'est ni l'un ni l'autre. C'est précisément ce qui la rend sûre : ce qui ne repose pas sur moi ne s'effondre pas avec moi.
Le Fil Rouge
Il faut se souvenir d'où vient la citation du verset 15. Elle est prononcée à un moment précis de l'histoire d'Israël : au pied du Sinaï, le peuple vient d'adorer un veau d'or, l'alliance est brisée avant même d'être installée, et Moïse demande à Dieu de continuer malgré tout. La réponse de Dieu ne rétablit pas le peuple sur son mérite, il n'en a plus. Elle le rétablit sur la seule miséricorde. Voilà la ligne qui traverse toute l'Écriture : chaque fois que l'histoire du salut repart, elle repart d'en haut, jamais d'en bas. Et elle aboutit à Celui que Paul vient de nommer au verset 5, le Christ « issu » d'Israël selon la chair, en qui la miséricorde cesse d'être une parole et devient une personne.
Le Miroir
Ce verset dérange surtout ceux qui prennent la foi au sérieux. Le croyant tiède ne se sent pas visé ; celui qui se lève tôt pour prier, qui tient son groupe de maison à bout de bras, qui n'a pas manqué un culte depuis six ans, celui-là entend qu'on lui retire quelque chose. Et c'est vrai. On vous retire l'idée que Dieu vous doit une réponse. Mais regardez ce qu'on vous rend : ce père qui prie depuis quinze ans pour un fils qui ne revient pas peut cesser de se demander s'il a assez bien voulu, assez bien couru. Le salut de son fils n'a jamais dépendu de sa performance parentale. Aujourd'hui, prenez une feuille, écrivez en une phrase ce que vous présentez secrètement à Dieu comme preuve que vous méritez Son attention, puis barrez-la et écrivez dessous : « mais de Dieu qui fait miséricorde ».
L'Intertexte
Le verset 16 est le sommet d'un escalier de citations. Paul est parti de Genèse avec Isaac et Rebecca, il a convoqué Malachie pour Jacob et Ésaü, il cite Exode pour Moïse, il citera encore Osée et Ésaïe. Sa thèse n'est pas une spéculation, c'est une lecture. Et l'écho le plus saisissant vient quelques versets plus loin : « J'appellerai mon peuple celui qui n'était pas mon peuple, et bien-aimée celle qui n'était pas bien-aimée ». Osée parlait d'un peuple infidèle, symbolisé par une épouse adultère. Si Dieu peut renommer celle-là, alors la miséricorde n'attend vraiment rien de la créature. La tension, elle, éclate quand on se souvient que ce même Paul écrit ailleurs qu'il court pour remporter le prix. Les deux tiennent, mais pas au même étage.
Le Détail
« Ni de celui qui court. » Le verbe est athlétique, il vient du stade, et c'est le mot favori de Paul pour décrire sa propre vie chrétienne : il court, il se dépense, il craint d'avoir couru en vain. Qu'il l'écarte ici n'est donc pas une condamnation de l'effort, mais une mise à sa place. La course est réelle, elle est seconde. On ne court pas pour obtenir la miséricorde, on court parce qu'on l'a reçue. Et il y a une ironie : dans ce chapitre, c'est Jacob qui court le plus, qui ruse, qui saisit le talon, qui achète un droit d'aînesse. Or le texte dit que tout était décidé « avant que les enfants soient nés ». Sa course n'a rien produit. Elle a seulement révélé.
Le Personnage Principal
Le sujet de la phrase, littéralement, c'est « Dieu qui fait miséricorde ». Pas Dieu qui, parfois, en fait preuve. La miséricorde est ici Son identité, ce qui Le définit dans l'action. Beaucoup lisent Romains 9 comme le portrait d'un souverain froid qui distribue au hasard. Mais regardez l'encadrement : le chapitre s'ouvre sur les larmes de Paul, prêt à être retranché du Christ pour ses frères, et il se referme sur une pierre posée en Sion pour que quiconque croit ne soit pas confus. Entre les deux, un Dieu qui endurcit, oui, et qui appelle des nations entières qui ne Le cherchaient pas. Ce n'est pas l'arbitraire. C'est une liberté si grande qu'elle peut se permettre d'aimer sans conditions préalables, et cela nous échappe parce que nous n'aimons jamais ainsi.
Réflexion
Quelle part de votre assurance devant Dieu repose encore, sans que vous l'avouiez, sur votre volonté ou sur votre course ?
Si la miséricorde ne dépend d'aucune performance, qu'est-ce que cela change à la manière dont vous priez pour quelqu'un qui semble hors d'atteinte ?
Approfondir Romans
Livres soigneusement choisis pour approfondir ce livre biblique.
En attendant Noël : 25 lectures de l'Avent guidées par l'Évangile selon Luc. Une promesse faite à David, tenue dans une mangeoire. Chaque jour, un...
Un commentaire évangélique francophone en deux volumes, rigoureux et accessible, qui éclaire verset après verset l'argumentation de Paul sur la justification par la foi.
Commentaire sur l'épître aux Romains
Un classique de l'exégèse protestante francophone, remarquable de clarté pour suivre pas à pas le raisonnement de l'apôtre.
Commentaires sur l'épître aux Romains
Le commentaire du Réformateur, sobre et pastoral, qui fait entendre la puissance de l'Évangile au cœur de Romains.
Faith.network earns a small commission on Kobo purchases made through these links, at no extra cost to you. It helps keep the studies free.
Questions fréquentes sur Romans 9:16
Des réponses rapides aux questions les plus courantes sur ce passage biblique.
Que signifie Romains 9:16 ?
De quoi parle Romains 9:16 ?
Quel est le contexte historique de Romains 9:16 ?
Que nous enseigne Romains 9:16 sur le caractère de Dieu ?
En quoi Romains 9:16 reste-t-il pertinent aujourd'hui ?
Ce que la communauté partage sur Romans 9
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Avant que Jacob et Ésaü ouvrent les yeux, tout était déjà dit. "Les enfants n'étant pas encore nés et n'ayant rien fait de bon ou de mauvais." Rien à montrer, rien à prouver. Dieu t'a aimé avant ton premier effort, et son amour ne dépend donc pas de ton dernier échec. Tu passes ta vie à mériter ce qui t'était déjà donné.
« Quand le nombre des fils d'Israël serait comme le sable de la mer, le résidu seul sera sauvé. » Le sable de la mer, c'était la promesse faite à Abraham. Et voilà qu'il n'en reste qu'une poignée. Appartenir à la foule ne sauve personne. Toi, où mets-tu ta confiance : dans le nombre, ou dans Celui qui appelle par son nom ?
Seigneur, tu as posé une pierre qui dérange, et parfois je trébuche encore sur elle. Aide-moi à ne pas fuir ce qui me heurte en toi, mais à m'appuyer sur toi. Car ceux qui se confient en toi ne sont jamais couverts de honte.
Explorer ce passage à un autre niveau
Débutant, théologien, ou une autre longueur de lecture ? Ajustez les paramètres et générez votre propre version.
Ouvrir dans l'outil d'étude
