1 Corinthiens 13
Le texte
Paul commence par trois hypothèses invraisemblables, et il les démonte l'une après l'autre : parler les langues des anges, percer tous les mystères, déplacer des montagnes par la foi, distribuer tous ses biens, livrer son corps au feu. Tout cela, sans l'amour, ne vaut rien ; pire, celui qui le fait « n'est rien ». Suit alors une description de l'amour en une quinzaine de verbes, presque tous négatifs : ce que l'amour ne fait pas, ne cherche pas, ne calcule pas. Puis le regard se lève vers l'avenir : les prophéties auront leur fin, les langues cesseront, la connaissance aussi. Ce qui reste, quand tout ce qui est partiel aura été absorbé par la lumière du face à face, c'est la foi, l'espérance et l'amour, et le plus grand des trois, c'est l'amour.
Le cœur
Ce chapitre n'est pas un poème sur le sentiment amoureux ; c'est un verdict sur la valeur réelle des choses. Paul manie une balance : d'un côté les dons spectaculaires dont les Corinthiens se vantaient, de l'autre une seule chose, et la balance penche brutalement. Remarquez qu'il ne dit pas que le don sans l'amour vaut moins ; il dit « je ne suis rien ». Pas mon don, moi. L'amour n'est pas un ornement ajouté à la personne spirituelle, il est la substance même de cette personne, parce qu'il est la substance de Dieu, qui donne sans chercher Son propre intérêt. Et c'est pourquoi l'amour « ne périt jamais » : il est le seul mode d'existence qui survive au passage de ce monde au suivant. Tout le reste est un échafaudage, utile, provisoire, destiné à tomber quand la maison sera debout.
Le fil conducteur
Prenez les versets 4 à 7 et remplacez chaque fois le mot « amour » par le nom de Jésus : rien ne grince. Il a usé de longanimité avec douze hommes lents à comprendre, Il n'a pas cherché Son propre intérêt jusque sous les clous, Il a tout supporté et tout enduré. Paul ne décrit pas une vertu abstraite, il décrit un visage, et ce visage a un nom. Voilà pourquoi ce chapitre n'est pas d'abord une liste de devoirs mais un portrait de Celui qui s'est donné. Et la fin du chapitre ouvre une porte très ancienne : le désir du peuple de voir Dieu sans voile, ce que même Moïse n'obtint qu'à demi, caché dans le rocher (Exode 33). Ce que l'ancienne alliance attendait, Paul le promet comme horizon : « alors face à face ».
Le miroir
« Il n'impute pas le mal. » Le verbe grec, logizomai, est un terme de comptabilité : ne pas porter au compte. Vous tenez un livre de comptes. Moi aussi. Ce que votre conjoint a dit il y a quatre ans et qui ressort chaque fois que la dispute s'échauffe. Le frère de l'église qui ne vous a jamais remercié. Le collègue promu à votre place, et cette petite joie discrète quand il a trébuché, celle que le texte appelle se réjouir de l'injustice. Nous nous croyons rancuniers par mémoire ; nous le sommes par comptabilité, parce qu'une dette impayée nous donne une position. Et le verset 2 ne laisse aucune sortie : vous pouvez être le meilleur exégète de votre groupe, prier avec ferveur, donner généreusement, et « n'être rien ». Ce chapitre ne caresse pas, il déshabille.
Alors faites ceci avant ce soir : écrivez sur un papier le nom de la personne dont vous tenez les comptes, et la dette précise que vous lui réclamez en silence. Puis barrez la ligne, déchirez le papier, et dites à voix haute : « Je ne le porte plus à son compte. »
Le contexte
Corinthe, port cosmopolite, église jeune, bruyante, douée. Les chapitres 12 et 14 encadrent celui-ci : on s'y disputait les dons, on classait les croyants selon la spectacularité de leur spiritualité, les langues valant plus que le service discret. Dans une cité où l'honneur se mesurait publiquement, où les riches faisaient graver leur nom sur les bâtiments qu'ils finançaient, « distribuer en aliments tous mes biens » n'était pas forcément un acte caché : c'était aussi une manière de monter d'un cran dans l'estime de tous. Paul écrit à des gens convaincus d'être avancés. Il ne leur retire pas leurs dons, il leur retire leur hiérarchie. Et il le fait au cœur même du débat liturgique, là où ça fait le plus mal.
La question
« Il croit tout, il supporte tout. » Faut-il donc tout avaler ? La phrase a servi à renvoyer des femmes battues chez leur mari et à faire taire des victimes au nom de la patience chrétienne. Honnêtement : le texte seul ne contient pas la clause de sécurité qu'on voudrait y trouver. Une seule chose freine la dérive, et elle est dans le verset 6 : l'amour « ne se réjouit pas de l'injustice, mais se réjouit avec la vérité ». Un amour qui couvre le mal pour préserver la paix n'est pas celui-là. Mais reste une gêne que je ne vais pas lisser : cet amour-là a réellement coûté la vie à Jésus, et le chapitre ne promet nulle part qu'il nous coûtera moins.
L'intertexte
Jean écrira plus tard, dans sa première lettre, que Dieu est amour. Paul ne le dit pas ici, mais il en tire la conséquence pratique : si c'est là ce que Dieu est, alors tout ce qui n'en procède pas est du bruit, « un airain qui résonne », image que les Corinthiens connaissaient bien, les cultes païens de leur ville étant saturés de cymbales. Et l'hymne de Philippiens 2, où le Christ ne retient pas Son rang mais se vide jusqu'à la croix, est la même chose racontée en récit plutôt qu'en liste : « il ne cherche pas son propre intérêt » y devient une biographie. Deux textes, un seul mouvement : descendre, se donner, demeurer.
Réflexion
Quelle ligne précise figure aujourd'hui dans votre livre de comptes, et qu'est-ce que cette dette impayée vous rapporte que vous n'avez pas envie de perdre ?
Si vous relisez les versets 4 à 7 en y mettant votre propre nom à la place du mot « amour », à quel moment exactement la phrase devient-elle mensongère, et qu'en faites-vous ?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci, Seigneur, de m'apprendre que sans l'amour "cela ne me profite de rien". Tu gardes mon cœur des gestes vides et tu remplis mes mains d'un amour véritable. Merci pour cette lumière qui redresse mes motivations.
mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est en partie aura sa fin." Tes connaissances sont des fragments, tes prières aussi, et tes réponses aux questions des autres. Cela ne te disqualifie pas, cela te situe. Un jour, le partiel tombera comme un échafaudage inutile. En attendant, aime : c'est la seule chose qui ne sera pas démolie.
L'amour use de longanimité; il est plein de bonté." Paul écrit cela à une église qui se disputait les meilleurs dons. Remarque l'ordre: la patience vient d'abord. Avant de faire du bien à quelqu'un, il faut d'abord supporter ce qu'il est. Qui, aujourd'hui, attend que tu cesses de te vanter pour croire que tu l'aimes?
Père, je peux tout comprendre, tout expliquer, avoir une foi qui déplace des montagnes, et rester vide si l'amour me manque. Apprends-moi à aimer vraiment, pas en théorie, mais aujourd'hui, avec les personnes que tu mets sur mon chemin.
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