2 Samuel 24:1
Le texte
Un seul verset, et déjà tout est de travers. La colère de l'Éternel s'enflamme une fois de plus contre Israël, sans que le narrateur nous dise pourquoi, et cette colère se traduit non par un châtiment immédiat mais par une impulsion : « il incita David contre eux, disant : Va, dénombre Israël et Juda. » Le roi va donc commettre une faute qui sera durement sanctionnée, et le texte affirme sans ciller que l'initiative vient de Dieu.
Le cœur
Nous voudrions que la Bible protège Dieu. Elle ne le fait pas. Le verset place côte à côte deux affirmations que notre logique refuse de tenir ensemble : Dieu pousse David, et David est pleinement coupable, comme le montre la suite (« J'ai grandement péché dans ce que j'ai fait »). Aucun des deux ne s'annule. L'Écriture ne connaît pas de zone neutre où l'homme agirait hors de la souveraineté divine, ni de fatalisme où le pécheur pourrait dire : ce n'était pas moi. Ce que ce verset nous enseigne, brutalement, c'est que la colère de Dieu contre le péché n'est pas une humeur passagère, et qu'elle traverse l'histoire d'un peuple bien avant que nous en voyions les causes.
Le fil rouge
Le chapitre s'ouvre sur un roi manipulé et se ferme sur un roi qui achète un terrain pour y dresser un autel. Entre les deux, David dit la phrase décisive : « moi j'ai péché… mais ces brebis, qu'ont-elles fait ? Que ta main, je te prie, soit sur moi ». Le berger veut mourir à la place du troupeau, et il ne le peut pas : soixante-dix mille tombent quand même. Ici, l'ombre est en creux. Il faudra un autre fils de David pour que cette prière soit exaucée, un berger qui dit dans Jean 10 qu'il donne sa vie pour ses brebis, et à qui la main du jugement ne sera pas refusée. Le fléau s'arrête à un autel payé au prix fort. Il s'arrêtera définitivement à une croix.
Le miroir
Recenser, c'est chiffrer sa sécurité. Nous le faisons tous les jours sans le nom : le solde du compte, les années qui restent avant la retraite, le nombre de personnes qui sont venues au culte, la courbe des résultats à l'entretien annuel, le taux sur l'analyse de sang. Compter n'est pas mauvais en soi. Le poison, c'est le glissement du « je sais » au « je tiens ». David veut connaître le nombre de ses épées, parce qu'un homme rassuré par ses épées n'a plus besoin de l'être par son Dieu. Et remarquez l'autre miroir, plus gênant : ce verset offre à David l'excuse parfaite, Dieu m'y a poussé. David ne la prendra pas. Nous, si, souvent : les circonstances, mon tempérament, l'occasion trop belle.
Le personnage principal
Le sujet des verbes, dans ce verset, c'est l'Éternel. Il s'enflamme, Il incite. C'est un Dieu qui n'est pas décoratif, qui agit dans l'histoire d'une manière qui nous met mal à l'aise, et qui ne s'explique pas. Mais lisez le chapitre jusqu'au bout avant de conclure. Le même Dieu dit à l'ange : « Assez ! Retire maintenant ta main. » Le même Dieu se laisse fléchir par un autel. David, qui Le connaît mieux que nous, choisit délibérément de tomber entre Ses mains plutôt qu'entre celles des hommes, « car ses compassions sont grandes ». Voilà le portrait complet : une colère réelle, une liberté souveraine, et une miséricorde qui l'emporte.
Le détail
Deux mots passent inaperçus : « de nouveau ». La colère de Dieu s'embrase encore une fois. Cela signifie qu'elle brûlait déjà avant le recensement, et donc que le péché de David n'est pas la cause de cette colère mais son occasion. Quelque chose couvait dans Israël, une dette non réglée, que le narrateur ne nomme pas. Le verbe traduit par « incita » (en hébreu hesith) veut dire pousser, séduire, entraîner quelqu'un dans une direction ; il décrit ailleurs le travail du tentateur. Autrement dit : le jugement commence par laisser le roi devenir ce qu'il est déjà. C'est une forme de colère divine qui ne frappe pas d'abord, mais qui lâche la bride.
La question
Dieu peut-Il inciter au péché ? Les Chroniques racontent la même scène en disant que c'est Satan qui incita David, et cette différence a fait couler beaucoup d'encre. La solution facile serait de dire que Dieu a seulement permis. Mais Samuel ne dit pas cela, et je n'ai pas le droit d'adoucir ce qu'il écrit. Ce que l'Écriture semble tenir, c'est que même l'adversaire n'agit jamais hors du gouvernement de Dieu, et que Dieu peut employer la tentation comme instrument de jugement, sans jamais devenir l'auteur du mal ni excuser le coupable. Le texte ne résout pas la tension. Il ne nous donne pas une explication ; il nous donne un autel.
Réflexion
Quel chiffre, en ce moment, tient dans ma vie la place que devrait occuper la confiance en Dieu ?
David refuse d'offrir « des holocaustes qui ne coûtent rien ». Où est-ce que je cherche une réconciliation qui ne me coûte rien ?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci, Seigneur, pour ce cœur qui nous reprend quand nous nous égarons. Quel cadeau de pouvoir dire comme David: « J'ai grandement péché », et de trouver ta grâce au lieu du rejet. Merci de nous aimer assez pour ne pas nous laisser tranquilles dans nos fautes.
Seigneur, tu m'indiques un lieu précis, et souvent je préfère discuter plutôt que monter. Apprends-moi à obéir sans tarder, à dresser un autel là où j'ai fauté, et à te rencontrer justement au cœur de ce que je voudrais fuir.
Aravna s'étonne: pourquoi le roi descend-il chez lui? David répond sans détour: « Pour acheter de toi l'aire, pour bâtir un autel à l'Éternel, afin que la plaie soit arrêtée de dessus le peuple. » Il vient acheter, non prendre. Et cette aire où l'on bat le grain deviendra lieu d'adoration. Ton coin de terre le plus ordinaire, Dieu peut en faire un autel.
Merci, Seigneur, parce que même au milieu du jugement, tu dis à l'ange : « Assez ! retire maintenant ta main. » Ta compassion arrête ce que ma faute mérite. Je te bénis pour ce cœur qui se repent du mal et qui épargne ton peuple.
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