Actes des Apôtres 13:2
Le texte
Dans l'assemblée d'Antioche, un groupe d'hommes que rien ne prédestinait à se retrouver ensemble, un Chypriote, un homme surnommé le Noir, un Cyrénéen, un ancien compagnon d'enfance d'Hérode et un ex-persécuteur, sont occupés à ce que Luc appelle servir le Seigneur et jeûner. Au milieu de ce service, une voix intervient. Pas un vote, pas une délibération : « l'Esprit Saint dit : Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Saul, pour l'œuvre à laquelle je les ai appelés. » Deux noms sont prononcés, deux hommes sont retirés du groupe, et une mission qui existait déjà dans le cœur de Dieu devient visible dans l'histoire. L'assemblée n'invente rien ; elle entend, et elle obéit.
Le cœur
Remarquez le pronom : « Mettez-moi à part ». L'Esprit ne demande pas qu'on les mette à part pour l'Église, ni pour l'œuvre en général, mais pour Lui-même. Et Il ajoute : « à laquelle je les ai appelés », au passé. L'appel est antérieur à la réunion, antérieur au jeûne, antérieur à toute stratégie missionnaire. Antioche ne décide pas d'évangéliser le monde ; elle apprend que le Seigneur ressuscité l'a déjà décidé et qu'Il réquisitionne deux de ses meilleurs hommes. C'est le renversement décisif : la mission n'est pas une entreprise humaine que Dieu bénit, mais une œuvre divine à laquelle des hommes sont associés. Le Christ, monté au ciel, continue d'agir par Son Esprit, et Il le fait en parlant, en nommant, en envoyant.
Le fil rouge
Ce que l'Esprit dit à Antioche n'est pas un nouveau départ mais la suite d'une phrase commencée bien avant. Un peu plus loin dans ce même chapitre, Paul explique par quel droit il se tourne vers les païens : « le Seigneur nous a commandé ainsi : Je t'ai établi pour être la lumière des nations, afin que tu sois en salut jusqu'au bout de la terre. » Ces mots, chez Ésaïe, désignaient le Serviteur souffrant, et le Nouveau Testament les rapporte à Jésus. Paul se les applique sans hésiter. Non qu'il se prenne pour le Messie, mais parce que la mission du Serviteur, une fois accomplie à la croix, se prolonge dans ceux qu'Il envoie. La séparation de Barnabas et de Saul est donc un maillon de la promesse faite à Abraham : que toutes les familles de la terre soient bénies. Antioche est le lieu où cette promesse cesse d'être une théorie.
Le miroir
Il y a dans ce verset de quoi inquiéter deux sortes de personnes. Ceux qui rêvent d'être appelés, et qui attendent depuis des années qu'une voix prononce leur nom au milieu d'une réunion : le texte ne leur promet rien, sinon que le service et le jeûne étaient déjà là avant la parole. Et ceux qui dirigent quelque chose et qui savent, au fond, que leur groupe repose sur deux ou trois personnes indispensables. Antioche a été priée de se séparer de ses deux meilleurs éléments, l'homme qui l'avait fondée et l'homme qui l'enseignait. Elle a jeûné, prié, imposé les mains et les a laissés aller. Aucune Église ne fait cela sans douleur, ni sans calculer ce qu'elle y perd. Aujourd'hui : écrivez sur un papier le nom de la personne de votre communauté que vous seriez le plus contrarié de voir partir ailleurs, et priez à voix haute que Dieu en dispose comme Il veut, même si c'est loin de vous.
Le contexte
Antioche sur l'Oronte était la troisième ville de l'Empire, un port de commerce, un carrefour de langues, réputée pour ses cultes et sa mauvaise réputation morale. L'Église y était née par accident, si l'on peut dire : des réfugiés chassés de Jérusalem après la mort d'Étienne avaient parlé du Christ à des Grecs, et cela avait pris. Jérusalem avait envoyé Barnabas pour vérifier, et Barnabas était allé chercher Saul à Tarse. La liste du verset 1 dit tout du milieu : un Lévite chypriote, un Africain, un Cyrénéen, un homme élevé à la cour d'Hérode, un ancien pharisien. Aucun apôtre des Douze. C'est dans cette Église périphérique, mixte, sans prestige, que l'Esprit choisit de lancer l'évangélisation du monde. Jérusalem n'a pas été consultée.
Le détail
Le verbe traduit « mettez à part » est aphorizô, un mot du vocabulaire cultuel : on l'employait pour prélever une part de l'offrande, pour séparer les Lévites du reste du peuple. Le mot a une odeur de sanctuaire. Or Saul avait passé sa vie dans un parti dont le nom même signifie « les séparés », et cette séparation-là consistait à se tenir loin des impurs, des païens, des mains non lavées. Le même verbe le saisit ici et le pousse exactement dans la direction opposée : mis à part, oui, mais pour être envoyé vers Chypre, vers les proconsuls romains, vers les synagogues de la diaspora et les foules qui n'ont jamais lu Moïse. La sainteté biblique n'est pas un recul, c'est une consécration en vue d'un envoi.
Le personnage principal
Le personnage central n'est ni Barnabas ni Saul, mais Celui qui parle. Notez comment Luc l'écrit : « l'Esprit Saint dit », puis, au verset 4, « ayant été envoyés par l'Esprit Saint ». Il parle à la première personne, Il connaît les noms, Il a déjà fixé l'œuvre, Il revendique les hommes pour Lui-même. Ce n'est pas une énergie, pas une atmosphère de prière particulièrement réussie, c'est Quelqu'un qui exerce une autorité de Seigneur sur le personnel de l'Église. Et cette autorité a un visage : c'est l'Esprit de Jésus. Ce que le Maître faisait autrefois en Galilée, appeler par leur nom des hommes occupés à leur travail et les détacher pour Lui, Il continue de le faire depuis le trône, autrement mais réellement. L'Ascension n'a pas mis fin aux vocations.
L'intertexte
Deux échos éclairent la scène. Le premier est dans le chapitre lui-même, au verset 47, cette parole du Serviteur d'Ésaïe que Paul reçoit comme un ordre reçu : sa mission n'est pas une initiative, c'est une charge héritée du Christ. Le second est plus discret : dans les Évangiles, Jésus, après une nuit de prière, appelle à Lui ceux qu'Il voulait et en établit douze pour être avec Lui et pour les envoyer. La structure est identique : prière, choix souverain, mise à part, envoi. Luc écrit son second livre comme la continuation du premier, et il veut que nous voyions que le même Seigneur agit, non plus par Sa voix physique dans une barque, mais par Son Esprit dans une assemblée qui jeûne.
Le profil
Les premiers lecteurs de Luc étaient en bonne partie des chrétiens issus des nations, deuxième ou troisième génération, à qui l'on reprochait volontiers d'être des croyants de seconde main : pas circoncis, pas d'ancêtres dans l'alliance, pas d'apôtre de Jérusalem à leur origine. Ce verset était leur titre de propriété. Ils y entendaient que leur existence même ne remontait pas à une décision d'homme, ni à une politique missionnaire, mais à une parole de l'Esprit Saint prononcée avant que quiconque ait eu l'idée de traverser la mer. Ce que nous lisons comme une notice d'organisation, ils l'entendaient comme un acte de naissance. Leur foi n'était pas une extension tolérée du judaïsme, elle était l'œuvre pour laquelle Dieu avait Lui-même réquisitionné deux hommes.
La question
Pourquoi l'Esprit ne parle-t-Il plus ainsi ? La question est honnête et le texte ne la désamorce pas. Luc ne dit même pas comment cela s'est produit : par la bouche d'un des prophètes présents, par une conviction commune, par une voix ? Il ne nous laisse aucune méthode reproductible, et c'est probablement volontaire. Ce que le texte montre, c'est que la parole est venue à des gens déjà en train de servir et de jeûner, c'est-à-dire déjà occupés à obéir à ce qu'ils savaient. Cela n'a jamais garanti à personne une réponse. Plus loin, ce même Paul se verra empêché par l'Esprit d'aller là où il voulait, sans explication. Il faut vivre avec cela : le Seigneur parle quand Il veut, et le silence n'est pas une preuve qu'Il ne conduit pas.
Réflexion
Qu'est-ce que je sers en ce moment que je n'ai jamais reçu de personne, mais simplement pris ?
Si l'Esprit demandait à ma communauté de se séparer de moi pour l'envoyer ailleurs, qu'est-ce qui s'effondrerait, et pourquoi cela dépend-il de moi à ce point ?
Antioche a jeûné avant d'entendre : suis-je disponible pour une parole qui dérangerait mes projets, ou est-ce que je prie surtout pour qu'ils réussissent ?
Approfondir Acts
Livres soigneusement choisis pour approfondir ce livre biblique.
En attendant Noël : 25 lectures de l'Avent guidées par l'Évangile selon Luc. Une promesse faite à David, tenue dans une mangeoire. Chaque jour, un...
Une exposition claire et chaleureuse, chapitre après chapitre, qui montre comment l'Esprit bâtit l'Église et pousse l'Évangile jusqu'aux extrémités de la terre.
Commentaire sur les Actes des Apôtres
Le commentaire classique du Réformateur, riche en explications du texte et en applications pastorales pour l'Église d'aujourd'hui.
Faith.network earns a small commission on Kobo purchases made through these links, at no extra cost to you. It helps keep the studies free.
Questions fréquentes sur Acts 13:2
Des réponses rapides aux questions les plus courantes sur ce passage biblique.
Que signifie Actes des Apôtres 13:2 ?
De quoi parle Actes des Apôtres 13:2 ?
Quel est le contexte historique de Actes des Apôtres 13:2 ?
Que nous enseigne Actes des Apôtres 13:2 sur le caractère de Dieu ?
En quoi Actes des Apôtres 13:2 reste-t-il pertinent aujourd'hui ?
Ce que la communauté partage sur Acts 13
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Les missionnaires viennent d'être chassés de la ville, ils secouent la poussière de leurs pieds. Et juste après : « Et les disciples étaient remplis de joie et de l'Esprit Saint. » Pas de joie malgré le rejet, mais une joie qui tient debout au milieu de lui. Qu'est-ce qui remplit ton cœur quand une porte se ferme ?
Père, apprends-moi à ouvrir les mains. Ceux que j'aime, ceux que tu appelles ailleurs, je te les confie. Bénis leur départ, garde leur route, et donne-moi le courage de prier pour eux plutôt que de les retenir.
« Et étant arrivés à Salamine, ils annonçaient la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs; et ils avaient aussi Jean pour serviteur. »
Jean n'est pas nommé pour ses discours, mais pour son service. Il portait les affaires, préparait la route, restait dans l'ombre de deux grands noms. Et pourtant Dieu l'a inscrit ici. Ta tâche discrète, personne ne l'applaudit. Lui, il la voit.
Paul cite le psaume devant la synagogue d'Antioche: «Tu ne permettras point que ton saint voie la corruption.» David a écrit ces mots, mais David est mort, et son tombeau était connu de tous. La promesse attendait quelqu'un d'autre. Ce que Dieu dit ne pourrit pas dans une tombe. Et toi, quelle promesse crois-tu enterrée?
Explorer ce passage à un autre niveau
Débutant, théologien, ou une autre longueur de lecture ? Ajustez les paramètres et générez votre propre version.
Ouvrir dans l'outil d'étude
