Daniel 10:2
Le texte
Un homme âgé, comblé d'honneurs à la cour de Perse, cesse de manger. Le verset ne dit pas qu'il est mort quelqu'un. Il dit seulement : « En ces jours-là, moi, Daniel, je menai deuil trois semaines entières ». Trois semaines, c'est long ; c'est la durée d'un chagrin qui ne se console pas vite. Le verset suivant précise ce que ce deuil coûte au corps : ni pain agréable, ni chair, ni vin, ni parfum sur la peau. Rien de festif, rien d'onctueux, rien qui adoucisse. Daniel a reçu une parole vraie, mais dont il est dit que « le temps d'épreuve déterminé est long », et sa réponse n'est pas l'action : c'est le vide volontairement creusé dans sa propre vie.
Le cœur
Voilà ce qui trouble : la révélation n'apaise pas Daniel, elle l'endeuille. Il a compris, dit le verset précédent, et c'est justement d'avoir compris qui le brise. Nous supposons souvent que connaître la volonté de Dieu console. Ici, savoir fait mal, et l'homme qui sait s'assied dans la cendre. Ce deuil n'est pourtant pas un désespoir : c'est une manière de tenir devant Dieu ce qu'on ne peut pas résoudre soi-même. Daniel ne négocie pas, ne propose pas de solution, ne se distrait pas. Il porte. Et l'on découvrira plus loin que dès le premier jour ses paroles avaient été entendues, alors même qu'il ne recevait rien. Que veut dire prier trois semaines dans un silence déjà rempli d'une réponse en chemin ?
Le fil conducteur
Ce deuil sans mort à pleurer place Daniel dans une lignée. Avant lui, Moïse s'est jeté à terre quarante jours pour un peuple qui ne le méritait pas ; après lui, un Autre pleurera sur Jérusalem en voyant ce qui vient, et passera une nuit à genoux dans un jardin pendant que Ses amis dorment. Il y a dans l'Écriture une manière de porter l'avenir devant Dieu qui consiste à s'appauvrir volontairement. C'est l'inverse de la magie : on n'obtient rien, on se rend disponible. Et c'est exactement ce que Jésus accomplit jusqu'au bout, non en jeûnant trois semaines mais en se laissant vider de tout, jusqu'au « il ne resta aucune force en moi » définitif de la croix. Daniel, sans le savoir, apprend le geste du Christ.
Le miroir
Vous connaissez la tentation inverse : quand une nouvelle vous atteint, un diagnostic, un enfant qui s'éloigne, un licenciement annoncé dans trois mois, la première chose que fait le corps, c'est de chercher de quoi s'adoucir. Un verre, un écran, un dessert, une conversation légère. Ce n'est pas honteux ; c'est humain. Mais Daniel refuse précisément cela : pas de parfum sur la peau, rien qui rende la journée supportable. Il choisit de rester exposé à ce qu'il a compris, devant Dieu, pendant vingt et un jours. La question qu'il vous pose n'est pas « jeûnez-vous assez ? », mais : y a-t-il dans votre vie une douleur que vous portez réellement devant Dieu, ou seulement des douleurs que vous gérez, anesthésiez, contournez ?
Le contexte
Nous sommes dans la troisième année de Cyrus, environ 536 avant Jésus-Christ. Le décret de retour a été promulgué ; des caravanes sont parties vers Jérusalem. Sur le papier, l'exil est fini. Dans les faits, les rapatriés se heurtent à un pays hostile, les fondations du temple stagnent, et la restauration promise ressemble à un chantier abandonné. Daniel, lui, est resté à Babylone. Très âgé, encore proche du pouvoir perse, il porte deux noms, l'hébreu et celui que l'empire lui a imposé, Belteshatsar. C'est un homme entre deux mondes, honoré par des rois païens et endeuillé pour un peuple qu'il ne reverra pas. Son jeûne n'est pas un exercice de piété privée : c'est le chagrin d'un exilé qui voit que la délivrance annoncée sera plus lente et plus dure que prévu.
La question
Le texte nous met plus tard devant une donnée dérangeante : ses paroles ont été entendues « dès le premier jour », mais la réponse a mis vingt et un jours à arriver, retenue par une résistance invisible. Faut-il alors dire que Dieu a été empêché ? Le livre ne le dit pas et ne l'explique pas. Il laisse coexister deux choses que nous préférerions séparer : Dieu entend immédiatement, et pourtant il se passe quelque chose de réel dans l'intervalle, quelque chose qui coûte. Nous voudrions savoir pourquoi. Le texte nous laisse avec le silence de ces trois semaines, et avec un homme qui a continué sans preuve. Peut-être est-ce là le seul enseignement possible : la prière exaucée et la prière apparemment stérile ont exactement le même goût pendant qu'on la prie.
Le détail
Comptez les jours. Daniel jeûne trois semaines entières et se tient au bord du fleuve « le vingt-quatrième jour du premier mois ». Le premier mois, c'est Nisan. Reculez de vingt et un jours : son deuil commence autour du troisième jour du mois et couvre entièrement la Pâque et la fête des pains sans levain. Autrement dit, pendant la semaine où Israël célèbre la sortie d'Égypte, la grande délivrance fondatrice, le vieux prophète refuse la viande, le vin et le pain agréable. Il traverse la fête de la libération en homme non libéré. Ce n'est pas de la mélancolie ; c'est une lucidité qui fait mal. Il sait que la sortie de Babylone n'a pas encore accompli ce que la sortie d'Égypte promettait, et il porte cet écart dans son corps.
Réflexion
Quelle nouvelle, quelle réalité de votre vie ou de votre Église méritez-vous de porter trois semaines devant Dieu, plutôt que d'y réagir en une heure ?
Si vous saviez que votre prière a été entendue dès le premier jour mais que la réponse mettra vingt et un jours, qu'est-ce que cela changerait à votre manière d'attendre ?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Seigneur, tu sais combien la peur me coupe les jambes. Rappelle-moi que je suis aimé de toi, pose ta paix sur mon cœur agité, et donne-moi la force que je n'ai pas. Quand tu parles, je me relève.
Daniel ne cache rien de son état: « aucune force ne subsiste en moi, et il n'y a plus de respiration en moi. » Il ne se relève pas tout seul avant de parler. C'est là, à bout de souffle, qu'une main le touche et le fortifie. Peut-être que Dieu attend moins ta vaillance que ton aveu.
Seigneur, ta splendeur dépasse tout ce que mes yeux peuvent supporter. Quand ta voix résonne comme celle d'une foule immense, je me sens petit, et pourtant tu ne me repousses pas. Apprends-moi à te craindre sans fuir, et à rester devant toi.
Seigneur, il y a des moments où je tremble sans comprendre, où ce que je perçois me dépasse et me donne envie de fuir. Aide-moi à rester là, debout devant toi, même quand personne autour de moi ne voit ce que je vois. Tiens-moi quand mes forces cèdent.
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