Daniel 5:5
Le Texte
Des doigts. Pas un ange, pas une voix, pas un tonnerre : des doigts d'une main d'homme qui sortent on ne sait d'où, à l'endroit précis où la lumière du chandelier tombe sur le plâtre du mur. Le récit est d'une sobriété qui déconcerte : « En ce même moment, les doigts d'une main d'homme sortirent, et écrivirent, vis-à-vis du chandelier, sur le plâtre de la muraille du palais du roi. » Et le roi voit. Non pas le message, non pas encore les mots, mais « l'extrémité de la main qui écrivait ». Au milieu du vacarme d'un festin où mille grands boivent dans les coupes volées au temple de Jérusalem, quelque chose écrit en silence, et un homme regarde.
Le Cœur
Remarquez ce que Dieu ne fait pas. Il n'interrompt pas le festin par un cri. Il n'envoie pas d'abord un prophète. Il écrit, et Il écrit là où l'on ne peut pas ne pas voir : dans la lumière, sur le mur blanchi, à hauteur d'homme. Le verset précédent disait que l'on louait « les dieux d'or et d'argent, d'airain, de fer, de bois, et de pierre », des dieux qui, Daniel le dira plus tard, « ne voient, et n'entendent, et ne comprennent point ». Voici le contraste : le Dieu vivant, Lui, agit. Une main, seulement une main, sans corps, sans visage : assez pour être vu, trop peu pour être maîtrisé. C'est peut-être cela, la manière habituelle de Dieu. Il se laisse apercevoir par un bord, une extrémité, et cela suffit à faire trembler des genoux.
Le Fil Conducteur
Une main qui écrit : ce n'est pas la première fois dans l'histoire de Dieu avec les hommes. Au Sinaï, les tables de la loi sont écrites par le doigt de Dieu, et cette écriture-là fonde une alliance. Ici, l'écriture ne fonde plus, elle solde. Le même doigt qui grave un peuple dans la liberté grave un royaume dans son terme. Et il y aura une troisième fois : dans le temple, Jésus se baisse et écrit du doigt sur le sol pendant qu'on Lui presse une femme surprise en adultère. On ne sait pas ce qu'Il écrit, et c'est peut-être le point. Les accusateurs s'en vont, la femme reste, et la sentence ne tombe pas. Entre le mur de Babylone et la poussière du temple, il y a la même main, mais elle n'écrit plus la même chose.
Le Miroir
Ce qui trouble dans ce verset, ce n'est pas la menace, c'est la discrétion. Dieu n'a pas renversé la table. Il a écrit dans un coin éclairé, et il a fallu que le roi lève les yeux. Combien de choses écrites sur nos murs ne lisons-nous pas, occupés à remplir les coupes ? Le bilan de santé qu'on repousse, la remarque de votre conjoint qui revient pour la troisième fois, la fatigue de vos enfants, le compte en banque qui raconte une histoire que vous ne voulez pas entendre. Belshatsar n'a pas manqué de signes ; il a manqué d'attention, jusqu'au moment où l'attention lui a été arrachée. Ce soir, avant de dormir, écrivez sur un papier ces mots du chapitre : « le Dieu en la main duquel est ton souffle », et posez-le sur votre table de nuit, là où votre regard tombera demain au réveil.
L'Intertexte
Le verset 24 revient sur cette main et en donne la source : « Alors a été envoyée de sa part l'extrémité de la main, et cette écriture a été tracée. » Envoyée. Ce n'est pas un phénomène, c'est un envoi, comme on envoie un messager. Et le contraste avec les idoles du verset 4 devient mordant : des dieux d'or et de bois qu'on porte, qu'on pose, qu'on manipule, face à un Dieu dont on ne voit qu'une extrémité et qui, Lui, tient le souffle du roi. Toute la mise en scène du festin, les mille convives, les coupes du temple, servait à démontrer une maîtrise. Trois doigts suffisent à la défaire.
Le Profil
Les premiers lecteurs de ce récit étaient des exilés, ou des enfants d'exilés, un peuple qui avait vu ces coupes-là quitter Jérusalem sur des chariots ennemis. Ils savaient ce que c'est que de prier un Dieu qui semble avoir perdu. Leur temple pillé, leur roi humilié, leurs voisins persuadés que Marduk avait gagné. Ce verset leur dit quelque chose qu'aucun argument ne pouvait leur dire : les coupes n'ont pas été oubliées. Le Dieu qu'ils croyaient silencieux tenait la comptabilité, et le soir où l'on a bu dans Ses vases, Il a écrit. Pas un cri de vengeance : une écriture calme, presque administrative, dans la lumière du chandelier.
La Question
Pourquoi une main sans visage ? Dieu aurait pu parler. Il choisit de se rendre partiellement visible, juste assez pour terrifier, pas assez pour être compris : le roi voit l'extrémité, et ne sait pas lire. Il faudra Daniel. Cela dérange, parce que nous voudrions des révélations complètes, lisibles du premier coup. Mais peut-être que Dieu ne se donne jamais autrement qu'en partie, et qu'attendre le tout, c'est refuser le peu qui nous est offert. Belshatsar a vu la main et a appelé les devins avant d'appeler celui qui savait. Nous faisons souvent pareil : nous cherchons une explication, quand ce qui nous est tendu est une convocation.
Réflexion
Qu'est-ce qui, dans ma vie, est écrit sur le mur depuis longtemps, et que je regarde sans lire ?
Qu'ai-je pris dans la maison de Dieu pour l'utiliser à ma table : un don, une position, une parole, un temps qui Lui était consacré ?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Et j'ai ouï dire de toi que l'esprit des dieux est en toi, et que lumière, et intelligence, et sagesse extraordinaire se trouvent en toi." Belshatsar n'a jamais cherché Daniel avant la nuit où une main écrit sur le mur. Toi aussi, tu peux avoir entendu parler de Dieu longtemps sans jamais l'appeler. Faut-il un mur qui parle pour que tu te tournes vers lui ?
« Et c'est ici l'écriture qui a été tracée : MENE, MENE, TEKEL, UPHARSIN. » Quelques mots seulement, et toute une vie pesée. Belshatsar buvait dans les coupes du temple sans y penser, persuadé d'avoir encore du temps. Et si la balance de Dieu se posait ce soir sur tes journées, que dirait-elle ? Il reste aujourd'hui pour changer de mains.
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