Jean 1:14
Le texte
« Et la Parole devint chair, et habita au milieu de nous. » Celui qui était au commencement auprès de Dieu, par qui tout a été fait, ne se contente plus de faire luire une lumière lointaine dans les ténèbres : Il prend un corps humain, avec des poumons, une fatigue, une langue maternelle, et Il plante Sa tente au milieu d'un village. Jean ajoute aussitôt le témoignage de ceux qui étaient là : « nous avons vu sa gloire ». Non pas devinée, non pas déduite, vue. Une gloire reconnaissable comme celle d'un fils unique venu du Père, et dont l'étoffe même est faite de deux choses que nous parvenons rarement à tenir ensemble : la grâce et la vérité.
Le cœur
Tout le poids de la phrase tombe sur un seul verbe : devint. La Parole n'a pas emprunté un déguisement humain le temps d'une visite, ni habité un homme comme on loue une chambre. Elle est devenue chair, ce mot rude qui désigne l'humanité dans sa fragilité, celle qui a faim, qui saigne, qui meurt. Voilà ce que Dieu a décidé de dire de Lui-même : Il n'est pas un Dieu qui reste à distance de sécurité de ce qui nous abîme. Et Sa gloire, contrairement à toutes nos attentes religieuses, ne se manifeste pas en écrasant, mais en s'approchant, pleine de grâce et de vérité, sans que la vérité rende la grâce méfiante, sans que la grâce rende la vérité molle.
Le fil rouge
« Habita au milieu de nous » traduit un verbe qui évoque la tente. Israël connaissait cela : au désert, Dieu ne logeait pas dans un temple de pierre mais sous une toile, au centre du camp, se déplaçant quand le peuple se déplaçait, avec la nuée qui remplissait le lieu d'une gloire que personne ne pouvait regarder en face. Jean dit : c'est arrivé de nouveau, mais cette fois la tente est un corps. Toute l'histoire du salut est celle d'un Dieu qui cherche à habiter avec les Siens sans les consumer. Le tabernacle était une promesse provisoire, le Temple une adresse fixe que l'on pouvait détruire. En Jésus, la présence marche, mange, pleure. Et Jean l'ajoutera plus loin : « Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique… lui, l'a fait connaître. »
Le miroir
Vous avez sans doute, comme moi, deux stratégies pour survivre spirituellement. La première consiste à tenir Dieu à distance de la partie de votre vie qui est faite de chair : la fatigue du corps, la facture, la dispute d'hier soir avec votre adolescent, le désir que vous n'osez pas nommer. Vous Lui réservez le matin propre, pas le corps encombrant. Ce verset détruit cette stratégie. Il a pris exactement cela. La seconde stratégie est plus subtile : choisir entre la grâce et la vérité. Ou bien vous vous racontez que Dieu ferme les yeux, et vous appelez cela grâce. Ou bien vous vivez sous un examen permanent, et vous appelez cela vérité. Vous avez vu Sa gloire, dit Jean, et elle était pleine des deux, en même temps, sans compromis. Cela signifie que vous êtes connu plus profondément que vous ne le craignez et aimé plus solidement que vous ne l'espérez.
Aujourd'hui, prenez cinq minutes : nommez à voix haute, seul, une chose concrète et charnelle de votre semaine que vous n'avez jamais soumise à Dieu, puis dites simplement : « Tu es devenu chair, donc ceci aussi Te concerne. »
Le détail
Ne passez pas trop vite sur « nous avons vu ». Jean aurait pu écrire « nous avons cru » ou « il nous a été révélé ». Il écrit un verbe de témoin oculaire, celui qu'on utilise au tribunal. Toute la foi chrétienne repose sur des gens qui ont regardé quelqu'un manger du poisson et qui ont dit : c'était la gloire de Dieu. Cela nous met dans une position inconfortable et libératrice à la fois. Inconfortable, parce que nous dépendons du témoignage d'autres, nous ne pouvons pas produire la vision nous-mêmes. Libératrice, parce que notre foi ne repose donc pas sur l'intensité de notre expérience intérieure du dimanche matin, mais sur quelque chose qui est arrivé, dehors, en dehors de nous, que nous le sentions ou non.
L'intertexte
Deux échos suffisent. Le premier : trois versets plus loin, « la loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ ». Jean n'oppose pas la loi et Jésus comme le mal et le bien ; il dit que ce que Moïse a reçu en paroles est arrivé en personne. Le second : Nathanaël, à la fin du chapitre, s'entend dire qu'il verra « le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant sur le fils de l'homme ». C'est l'échelle de Jacob. Le lieu où le ciel touche la terre n'est plus un caillou à Béthel, ni une tente, ni un temple. C'est un homme.
La question
Si la Parole est devenue chair, qu'est-ce que cela a coûté à Dieu d'être Dieu ? La question n'est pas vaine et le texte ne la résout pas. Comment Celui « par qui toutes choses furent faites » peut-il tenir dans un nourrisson sans cesser d'être Lui-même ? Jean ne l'explique jamais. Il pose le fait et laisse le vertige. Mais notez ce que le texte refuse : il ne dit pas que Dieu a fait semblant, ni qu'Il s'est vidé de Sa divinité. Il dit devint et il dit gloire dans la même phrase. Nous n'avons pas ici un mystère à décoder, mais une personne à recevoir, et Jean a déjà prévenu que les Siens ne l'ont pas reçu.
Réflexion
Dans quelle zone concrète de votre vie corporelle et quotidienne agissez-vous encore comme si Dieu préférait ne pas être dérangé ?
Laquelle des deux, la grâce ou la vérité, avez-vous tendance à sacrifier quand vous parlez de vous-même devant Dieu, et pourquoi celle-là ?
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Ce que la communauté partage sur John 1
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Il vint dans ce qui était sien, et les siens ne l'ont pas reçu. » Il ne frappe pas à la porte d'un étranger. Il rentre chez lui, et on lui ferme la porte. Voilà la douleur que Dieu a acceptée pour toi. Et aujourd'hui encore, il se tient à ta porte, non en propriétaire qui exige, mais en hôte qui attend qu'on l'invite.
« Es-tu Élie ? Et il dit : Je ne le suis pas. Es-tu le prophète ? Et il répondit : Non. » Trois questions, trois refus. Jean ne se laisse pas habiller d'un rôle qui ne lui appartient pas, même flatteur. Et toi, quelle étiquette portes-tu pour plaire, alors qu'elle t'écrase ? Il y a un grand repos à dire simplement : ce n'est pas moi.
Or Philippe était de Bethsaïda, de la ville d'André et de Pierre." Trois hommes, une même petite ville de pêcheurs. Dieu n'a pas cherché ses premiers témoins ailleurs : il a pris ceux qui se croisaient déjà au marché, sur le port. Regarde ta rue, ton quartier. C'est peut-être là qu'il commence.
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