Ésaïe 16:10
Le texte
La vendange de Moab est devenue muette. Là où l'on chantait dans les vignes, où l'on poussait des acclamations en foulant le raisin, il ne reste que des champs fertiles sans joie et des pressoirs sans pieds pour les fouler. Et la dernière phrase du verset ne laisse aucune ambiguïté sur la cause de ce silence : « j'ai fait cesser le cri [du pressoir] ». Ce n'est pas une mauvaise année. C'est Dieu qui a coupé le son.
Le cœur
Le mot hébreu derrière « cri » est hédad, ce cri rythmé que les fouleurs lançaient ensemble, mi-chant de travail, mi-liturgie de la récolte. Un peuple entier reconnaissait à ce bruit que l'année avait été bonne, que la terre avait tenu ses promesses, que la vie continuait. Le supprimer, c'est plus que ruiner une économie : c'est éteindre la voix par laquelle un peuple se réjouit d'exister. Et le texte ose dire que Dieu en est l'auteur. Le jugement, ici, ne prend pas la forme du feu ni de l'épée, mais d'une absence de bruit. Dieu n'est pas seulement le donateur de la joie ; Il en est aussi le propriétaire, et Il peut la reprendre.
Le fil rouge
Ce verset a laissé une empreinte profonde dans l'Écriture. Jérémie, un siècle et demi plus tard, reprend cet oracle sur Moab presque phrase par phrase et redit que Dieu a fait cesser le cri du pressoir : signe qu'Israël a gardé ce texte comme une parole non épuisée, applicable encore. Mais le motif se retourne d'une manière qu'Ésaïe lui-même annonce plus loin, quand un homme revient de la vendange les vêtements teintés de rouge parce qu'il a foulé seul la cuve. La cuve de Moab est vide, le cri s'est tu ; mais un jour Dieu Lui-même descendra dans le pressoir. L'Apocalypse reprend l'image pour le jugement final, et l'Évangile la charge d'une autre couleur : Christ boit la coupe, Il est le grain écrasé. Le pressoir silencieux de Moab attend Celui qui foulera à la place des coupables.
Le miroir
Nous savons tous à quel moment le cri s'arrête chez nous. La maison où l'on n'entend plus rire depuis le diagnostic. Le métier qu'on aimait et qui est devenu une suite de tâches à cocher. La table de Noël avec une chaise en trop. Le texte ne nous propose pas de raviver la joie par un effort de volonté, comme si l'allégresse était une discipline spirituelle de plus. Il dit quelque chose de plus dérangeant : la joie n'est pas notre production, même quand la récolte est la nôtre. Moab était fier de ses vignes, de ses ceps exquis qui s'étendaient jusqu'à Jahzer et dépassaient la mer. L'orgueil ne consistait pas à posséder, mais à croire que le cri du pressoir lui appartenait. La question n'est pas si vos vignes sont belles, mais qui, selon vous, y met le chant.
Le contexte
Nous sommes au huitième siècle, sous la pression assyrienne qui broie les petits royaumes du Levant l'un après l'autre. Moab, à l'est de la mer Morte, vit de ses plateaux et de ses terrasses viticoles : Hesbon, Sibma, Elhalé sont des noms de vignobles réputés, exportés, prestigieux. Ce n'est pas un peuple lointain pour Juda, mais un cousin encombrant, parfois allié, souvent ennemi, avec une longue mémoire de conflits. Le chapitre s'ouvre sur des réfugiés moabites aux gués de l'Arnon, « comme un oiseau fugitif, une nichée chassée », qui demandent asile à Sion, et sur un appel à cacher les exilés en plein midi. Voilà le cadre : un peuple humilié frappe à la porte de son voisin, et son orgueil est brisé en même temps que ses pressoirs.
Le personnage principal
Le personnage central de ce verset est Dieu, et Il est déroutant. Un verset plus haut, Il dit : « je vous arroserai de mes larmes ». Un verset plus bas, Ses entrailles mènent un bruit sourd comme une harpe au sujet de Moab. Entre les deux, Il déclare froidement avoir fait taire le cri du pressoir. Ce n'est pas de l'incohérence littéraire, c'est le portrait d'un Juge qui ne juge pas de loin. Il n'y a chez Lui ni satisfaction vengeresse ni détachement administratif. Il frappe l'orgueil de Moab parce qu'il faut le frapper, et Il pleure la vigne qu'Il assèche. Les prophètes ne connaissent pas de Dieu qui se protège de la douleur qu'Il inflige. C'est le même cœur qui pleurera plus tard sur Jérusalem.
La question
Comment un Dieu peut-il tarir une joie et la pleurer dans la même respiration ? Les réponses rapides ne tiennent pas. Dire qu'Il pleure seulement les innocents pris dans le jugement des coupables affaiblit le texte : ce sont bien les vignes de Sibma, la fierté de Moab, qu'Il arrose de Ses larmes. Dire qu'Il joue un rôle pédagogique réduit Ses entrailles à une figure de style. Il faut peut-être accepter que la justice, chez Dieu, n'est jamais une opération indolore pour Lui, et que Sa colère n'a pas la sécheresse de la nôtre. Cela ne rend pas le silence des pressoirs plus supportable. Cela nous interdit seulement de conclure que Dieu s'en réjouit.
Réflexion
Où le cri s'est-il tu dans votre vie, et qu'avez-vous fait de ce silence : l'avez-vous rempli de bruit, ou porté devant Dieu ?
Quelle vigne considérez-vous, discrètement, comme votre production plutôt que comme un don qui pourrait vous être retiré ?
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Questions fréquentes sur Isaiah 16:10
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« Encore trois ans, comme les années d'un mercenaire, et la gloire de Moab sera réduite à rien. » L'image est celle d'un ouvrier journalier qui compte ses jours jusqu'à la paie : pas un de plus, pas un de moins. Dieu ne fixe pas des échéances vagues. Et pourtant, juste avant, le prophète pleure sur Moab. Sais-tu pleurer sur ce que Dieu doit juger ?
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