Jacques 2
Le texte
Jacques met en scène une situation gênante : un homme entre dans l'assemblée avec « une bague d'or, en vêtements éclatants », un autre y entre « en vêtements sales », et l'on installe le premier à son aise tandis qu'on laisse le second debout, ou assis au bas du marchepied. De là, Jacques élargit : celui qui fait acception de personnes transgresse la loi royale de l'amour du prochain, et le jugement sera sans miséricorde pour celui qui n'a pas fait miséricorde. Puis vient le second volet, célèbre et redouté : une foi qui dit « allez en paix » sans donner le pain nécessaire est une foi morte, comme un corps sans esprit.
Le cœur
Jacques ne discute pas des idées, il regarde des corps : un corps mal habillé, un corps affamé, un corps sans vêtement. Et il affirme quelque chose de vertigineux sur Dieu : « Dieu n'a-t-il pas choisi les pauvres quant au monde, riches en foi et héritiers du royaume ». Le choix de Dieu ne suit pas le classement social ; il le renverse. Quand nous plaçons l'homme à la bague d'or près de nous, nous ne commettons pas seulement une maladresse mondaine, nous contredisons la manière dont Dieu Lui-même distribue les places. Voilà pourquoi Jacques parle de péché, pas de mauvais goût. Et voilà pourquoi la foi, pour lui, n'est jamais une conviction rangée dans la tête : elle est un mouvement du corps entier vers l'autre, sinon elle est un cadavre.
Le fil conducteur
« La loi royale » : l'adjectif n'est pas décoratif. C'est la loi du Roi, la loi de Son royaume, et ce Roi est celui que Jacques nomme au premier verset « notre seigneur Jésus Christ, [seigneur] de gloire ». Le Seigneur de gloire est né dans une étable, n'a pas eu de vêtements éclatants, et a été jugé par ceux qui avaient des tribunaux à leur disposition. Mépriser le pauvre dans l'assemblée, c'est mépriser la forme même qu'a prise la gloire de Dieu parmi nous. Abraham et Rahab, deux figures que Jacques convoque à la fin, encadrent toute l'histoire du salut : le père des croyants et une prostituée étrangère. Le royaume a toujours accueilli ses héritiers depuis les marges.
Le miroir
Sois honnête sur ce que tu calcules. Tu ne dis pas « assieds-toi au bas de mon marchepied », mais tu prolonges la conversation avec celui qui pourrait t'être utile, et tu abrèges avec celui qui te coûtera du temps. Tu invites à table les gens dont le style de vie ressemble au tien. Tu réponds vite au message du collègue influent, plus tard à celui de la femme seule de ton groupe. Et surtout, tu as appris à dire les mots doux qui ne coûtent rien : « je prie pour toi », « courage », « Dieu pourvoira », ce que Jacques traduit sans pitié par « Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous ». La peur derrière tout cela est simple : être associé à ceux qui ne montent pas. Aujourd'hui, prends ton téléphone et écris à la personne de ton assemblée que tu n'assieds jamais à côté de toi. Une seule question : de quoi as-tu concrètement besoin cette semaine ? Envoie le message avant ce soir.
L'intertexte
Paul dit qu'Abraham a été justifié par la foi et non par les œuvres ; Jacques dit « Abraham, notre père, n'a-t-il pas été justifié par des œuvres ». La contradiction n'est apparente que si l'on oublie de quoi chacun parle. Paul combat celui qui veut acheter Dieu par ses performances religieuses. Jacques combat celui qui a réduit la foi à une opinion correcte, et il le compare aux démons : « les démons aussi croient, et ils frissonnent ». Une orthodoxie sans amour est une orthodoxie démoniaque. Et derrière les deux se tient la parole de Jésus sur les brebis et les boucs, où le jugement porte précisément sur le vêtement donné et le repas partagé. Jacques n'invente rien ; il applique.
Le détail
« La miséricorde se glorifie vis-à-vis du jugement. » Le verbe est fort : elle se dresse et triomphe. Jacques vient de dire une phrase terrible, que le jugement sera sans miséricorde pour qui n'en a pas usé, et il ne l'adoucit pas. Mais il ajoute que dans le tribunal de Dieu, ce n'est pas la balance qui a le dernier mot, c'est la miséricorde qui parle plus haut. Remarque l'ordre : ce n'est pas ta compassion qui achète la Sienne, c'est la Sienne qui, en toi, devient contagieuse. Celui qui a reçu miséricorde en donne ; celui qui n'en donne jamais montre simplement qu'il n'a rien reçu, ou qu'il ne l'a pas cru.
La question
Alors, suis-je sauvé par ma générosité ? Jacques écrit noir sur blanc : « un homme est justifié par les œuvres et non par la foi seulement ». On aimerait un système propre. Il n'en donne pas. Ce qu'il donne, c'est une image médicale : « comme le corps sans esprit est mort ». Personne ne prétend qu'un corps vit grâce à ses gestes ; les gestes révèlent qu'il vit. Reste que Jacques ne nous laisse aucune sécurité tranquille : je ne peux pas vérifier ma foi en l'inspectant de l'intérieur, seulement en regardant ce que mes mains ont fait cette semaine. C'est inconfortable, et c'est voulu. Mieux vaut un croyant inquiet et actif qu'un croyant rassuré et immobile.
Réflexion
Qui, dans mon entourage d'église, reçoit de moi des paroles chaleureuses mais jamais rien de « nécessaire pour le corps » ?
Si quelqu'un examinait mes trois derniers mois d'agenda et de comptes, y verrait-il ma foi, ou seulement mes préférences ?
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Questions fréquentes sur James 2
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Jacques appelle cela la loi royale : elle vient du Roi, et elle règne jusque sur nos regards. Celui que tu as discrètement fait asseoir plus loin, aurais-tu accepté cette place pour toi ? Aimer comme soi-même, c'est cesser de mesurer les gens à leur apparence.
« La miséricorde se glorifie vis-à-vis du jugement. » Jacques vient de parler de ces regards qui trient les gens à l'entrée de l'assemblée, le beau vêtement d'un côté, le pauvre debout de l'autre. Et il rappelle que la balance se renverse : ce n'est pas ta rigueur qui tiendra devant Dieu, c'est la pitié que tu auras osé avoir. Qui as-tu jugé cette semaine ?
« Or si un frère ou une sœur sont nus et manquent du nécessaire pour vivre chaque jour... » Jacques ne parle pas d'inconnus lointains. Un frère. Une sœur. Quelqu'un que tu croises peut-être dimanche, avec son manteau trop fin et son frigo vide. La foi se mesure là, à la distance entre ce que tu vois et ce que tu fais.
« Mais si vous faites acception de personnes, vous commettez le péché. » Jacques ne dit pas : vous manquez de tact. Il dit : péché. Ce regard rapide qui classe les gens selon leurs vêtements, leur accent, leur utilité, il blesse le cœur de Dieu. À qui as-tu souri ce matin, et qui as-tu simplement regardé de loin ?
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