Qui était Abraham dans la Bible ?
Introduction
À une heure de route au sud de Jérusalem, sous une mosquée fortifiée, il y a une grotte. C'est le seul bien immobilier qu'Abraham ait jamais possédé en Canaan : un caveau funéraire, payé quatre cents sicles d'argent à des voisins hittites, pour y coucher le corps de sa femme. Dieu lui avait promis un pays entier, une descendance innombrable, une bénédiction pour toutes les familles de la terre. À sa mort, il possédait un tombeau et un fils.
Et pourtant le Nouveau Testament l'appelle « père de nous tous » et « ami de Dieu ». Comment un homme qui n'a presque rien reçu de ce qui lui avait été promis est-il devenu le modèle de la foi pour des milliards de croyants ?
Nous allons parcourir sa vie dans l'ordre, sans lisser ses lâchetés, et voir pourquoi son histoire est déjà, en germe, l'histoire de l'Évangile.
L'angle de ce guide
Ce guide suit Abraham à travers ce qu'il n'a jamais possédé. Il a bâti des autels, jamais des maisons ; il a vécu sous la tente dans le pays qui lui était donné ; il est mort en étranger sur la terre de la promesse. La plupart des portraits d'Abraham insistent sur ses exploits de foi ; nous regarderons plutôt l'écart douloureux entre la promesse et sa vie réelle, car c'est précisément dans cet écart que la foi naît, vacille, et finit par tenir. Abraham n'est pas grand parce qu'il a beaucoup obtenu, mais parce qu'il a cru Celui qui parlait.
Que dit la Bible au sujet d'Abraham ?
Il apparaît d'abord sous le nom d'Abram, dans une liste généalogique, fils de Térakh, natif d'Ur en Chaldée, au sud de l'actuel Irak (Genèse 11:27-31). Rien ne le distingue. Josué 24:2 est même brutal sur son origine : « Vos pères, Térakh, père d'Abraham et père de Nakhor, habitaient anciennement au delà du fleuve, et ils servaient d'autres dieux. » Le père des croyants sort d'une famille d'idolâtres. Le choix de Dieu ne récompense pas une piété préexistante ; il crée quelque chose à partir de rien.
Puis vient l'appel, à Harân, quand Abram a soixante-quinze ans. Genèse 12:1-3 : « Et l'Éternel dit à Abram : Va-t'en de ton pays, et de ta parenté, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai ; et je te ferai devenir une grande nation, et je te bénirai, et je rendrai ton nom grand, et tu seras une bénédiction ; et je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et en toi seront bénies toutes les familles de la terre. » Trois arrachements (le pays, le clan, la maison paternelle) pour une destination non nommée. Sept promesses pour un homme sans enfant. Toute la Bible vivra de cette parole.
Il part. Il traverse Canaan, dresse un autel à Sichem, un autre entre Béthel et Aï (Genèse 12:7-8). Notons-le dès maintenant : il construit des lieux de culte et il plante des tentes, jamais une maison. Il a bâti des autels, jamais des maisons. Puis la famine arrive et l'homme de foi descend en Égypte, où il fait passer Sara pour sa sœur afin de sauver sa peau, livrant sa femme au harem de Pharaon (Genèse 12:10-20). Le récit ne l'excuse pas. Dieu intervient pour protéger la promesse malgré son porteur.
Suivent les épisodes qui dessinent son caractère : la séparation généreuse avec Lot, à qui il laisse le choix du meilleur terrain (Genèse 13) ; l'expédition militaire pour délivrer ce même Lot, puis la rencontre avec Melchisédec, roi de Salem et sacrificateur du Dieu Très-haut, à qui Abram donne la dîme (Genèse 14). Ensuite l'alliance nocturne où Dieu se lie par serment en passant seul entre les animaux partagés, et cette phrase qui deviendra le socle de la doctrine chrétienne de la justification, Genèse 15:6 : « Et il crut à l'Éternel ; et il lui compta cela à justice. » Non pas « il obéit parfaitement », mais « il crut ».
Il craque néanmoins. Après dix ans d'attente, Sara propose sa servante Hagar, et Abram accepte : Ismaël naît d'un raccourci humain, et la maison se remplit de jalousie et de larmes (Genèse 16). Treize ans de silence divin suivent.
À quatre-vingt-dix-neuf ans, Dieu réapparaît et renouvelle l'alliance, Genèse 17:1-8 : « Je suis le Dieu Tout-puissant ; marche devant ma face, et sois parfait ; et je mettrai mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai extrêmement. » Abram tombe sur sa face, et Dieu lui donne un nouveau nom : « ton nom ne sera plus appelé Abram, mais ton nom sera Abraham, car je t'ai établi père d'une multitude de nations. » Il porte désormais dans son nom une promesse que son corps contredit. La circoncision est le sceau de cette alliance, et le refrain en est : « afin que je sois ton Dieu, à toi et à ta semence après toi. »
Vient l'hospitalité aux trois visiteurs sous les chênes de Mamré, l'annonce de la naissance d'Isaac, le rire incrédule de Sara, puis cette intercession stupéfiante pour Sodome où Abraham marchande avec Dieu jusqu'à dix justes : « Le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? » (Genèse 18:25). Il retombe pourtant dans son vieux mensonge devant Abimélec (Genèse 20). Isaac naît enfin ; Hagar et Ismaël sont renvoyés (Genèse 21). Puis Morija (Genèse 22). Puis la mort de Sara et l'achat de la grotte de Macpéla (Genèse 23), le mariage d'Isaac (Genèse 24), et cette fin sobre : « Et Abraham expira et mourut dans une bonne vieillesse, âgé et rassasié de jours ; et il fut recueilli vers ses peuples » (Genèse 25:8). Cent soixante-quinze ans de vie, cent ans de promesse, un tombeau en propriété.
Le fil conducteur de la Bible
Tout l'Ancien Testament vit sous la parole donnée à Abraham. Quand Israël gémit en Égypte, le texte dit que Dieu « se souvint de son alliance avec Abraham, avec Isaac, et avec Jacob » (Exode 2:24). Quand Moïse intercède après le veau d'or, il ne plaide pas les mérites du peuple, il plaide le serment fait aux pères. Les prophètes appellent Israël « semence d'Abraham, Mon ami » (Ésaïe 41:8). Néhémie, dans sa grande prière de repentance, remonte jusqu'à Ur : Dieu a choisi Abram, l'a fait sortir, a changé son nom, a trouvé son cœur fidèle et a établi une alliance. Autrement dit, chaque fois que le peuple de Dieu se retrouve sans ressource, il retourne à cet homme sans enfant à qui Dieu a parlé.
Le Nouveau Testament s'ouvre littéralement sur son nom : « Livre de la généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham » (Matthieu 1:1). Et Paul fait le lien décisif : la promesse ne concernait pas d'abord une nation ethnique, mais un descendant précis. « Or c'est à Abraham que les promesses ont été faites, et à sa semence. Il ne dit pas : "et aux semences", comme parlant de plusieurs ; mais comme parlant d'un seul : "et à ta semence", qui est Christ » (Galates 3:16). La phrase « en toi seront bénies toutes les familles de la terre » trouve son accomplissement le jour où un Juif crucifié hors des murs devient la bénédiction des nations.
C'est exactement l'argument de Galates 3:6-9 : « comme Abraham a cru Dieu, et cela lui fut compté à justice. Sachez donc que ceux qui sont sur le principe de la foi, ceux-là sont fils d'Abraham. Or l'écriture, prévoyant que Dieu justifierait les nations sur le principe de la foi, a d'avance annoncé la bonne nouvelle à Abraham : "En toi toutes les nations seront bénies". De sorte que ceux qui sont sur le principe de la foi sont bénis avec le croyant Abraham. » Paul appelle Genèse 12:1-3 un pré-Évangile. La bonne nouvelle n'est pas une invention tardive ; elle a été annoncée à un vieillard nomade deux millénaires avant la croix.
Et Jésus Lui-même relie Sa personne à cet homme, de la manière la plus audacieuse : « Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu'il verrait mon jour ; et il l'a vu, et s'est réjoui », puis : « Avant qu'Abraham fût, je suis » (Jean 8:56-58). Celui qui a appelé Abram à Harân est Celui qui parle en Galilée.
Reste l'angle de notre guide, et Hébreux le formule sans détour à propos d'Abraham et des siens : « Tous ceux-ci sont morts dans la foi, n'ayant pas reçu les choses promises, mais les ayant vues de loin et saluées, ayant confessé qu'ils étaient étrangers et forains sur la terre » (Hébreux 11:13). La promesse n'était pas trop petite pour être tenue de son vivant ; elle était trop grande.
Le cœur de sa vie
Trois moments portent tout le reste, et chacun se joue dans un lieu où Abraham ne possède rien.
Le premier est le départ de Harân. Hébreux 11:8-12 en donne la lecture la plus juste : « Par la foi, Abraham, étant appelé, obéit pour aller au lieu qu'il devait recevoir pour héritage, et il s'en alla, ne sachant où il allait. Par la foi, il demeura dans la terre de la promesse comme dans une terre étrangère, demeurant sous des tentes avec Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse ; car il attendait la cité qui a les fondements, de laquelle Dieu est l'architecte et le créateur. » Remarquez le paradoxe : il habite « la terre de la promesse comme dans une terre étrangère ». Ce n'est pas un échec de sa foi, c'est sa forme même. Ses tentes disent qu'il attend mieux. L'auteur ajoute que Sara « estima fidèle celui qui avait promis », et que « d'un seul, et d'un homme déjà amorti, sont nés des gens qui sont comme les étoiles du ciel en multitude, et comme le sable qui est sur le rivage de la mer, lequel ne peut se compter ».
Le deuxième moment est la nuit de l'alliance, en Genèse 15. Abram vient de refuser le butin du roi de Sodome ; il est riche, sans héritier, et fatigué d'espérer. Dieu lui dit : « Abram, ne crains point ; moi, je suis ton bouclier et ta très-grande récompense. » Abram objecte franchement qu'il n'a pas d'enfant. Dieu le fait sortir sous les étoiles, et alors vient Genèse 15:6 : « Et il crut à l'Éternel ; et il lui compta cela à justice. » Puis Dieu passe seul, sous forme de feu, entre les pièces des animaux : dans le rite antique, les deux partenaires traversaient ensemble ; ici, un seul s'engage. L'alliance ne dépend pas de la performance d'Abram. Paul en tirera Romains 4:16-22 : « C'est pourquoi c'est sur le principe de la foi, afin que ce soit selon la grâce, pour que la promesse soit assurée à toute la semence... devant Dieu qu'il a cru, qui fait vivre les morts et appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient, qui, contre espérance, crut avec espérance... Et n'ayant pas égard à son propre corps déjà amorti, âgé de cent ans environ, ni à l'état de mort du sein de Sara, il ne douta pas, par incrédulité, de la promesse de Dieu, mais il fut fortifié dans la foi, donnant gloire à Dieu ; et étant pleinement persuadé que ce qu'Il a promis Il est puissant aussi pour l'accomplir. C'est pourquoi aussi cela lui fut compté à justice. »
Le troisième moment est Morija. Genèse 22:1-2 : « Et il arriva, après ces choses, que Dieu éprouva Abraham, et lui dit : Abraham ! Et il dit : Me voici. Et Il dit : Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, et va-t'en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste, sur une des montagnes que je te dirai. » Trois jours de marche silencieuse. Puis la question de l'enfant : « Voici le feu et le bois ; mais où est l'agneau pour l'holocauste ? Et Abraham dit : Mon fils, Dieu se pourvoira de l'agneau pour l'holocauste. Et ils allèrent les deux ensemble. » La main levée, l'ange qui arrête : « car maintenant je sais que tu crains Dieu, et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique » (Genèse 22:12). Un bélier pris dans un buisson meurt à la place de l'enfant, et Abraham nomme le lieu, Genèse 22:14 : « Jéhovah-Jiré, comme on dit aujourd'hui : En la montagne de l'Éternel il y sera pourvu. » Sur cette même chaîne de collines, un autre Père ne retiendra pas Son Fils unique.
Ce que nous apprenons d'Abraham
D'abord, la foi n'est pas un sentiment stable, c'est une direction tenue malgré les rechutes. Le même homme qui reçoit la promesse en Genèse 12 ment sur sa femme en Genèse 12, obéit en Genèse 15 et couche avec Hagar en Genèse 16, tombe sur sa face devant le Tout-puissant en Genèse 17 et rit intérieurement de Son annonce au verset suivant. La Bible ne cache rien, et c'est une grâce pour nous : si Abraham avait été irréprochable, il ne serait pas « père de nous tous ». Ce que Dieu compte à justice, ce n'est pas un dossier propre, c'est une confiance accrochée à Sa parole. Dieu ne bénit pas notre régularité ; Il honore Sa promesse.
Ensuite, la foi apprend à vivre dans l'écart. Vingt-cinq ans séparent la promesse d'un fils de la naissance d'Isaac. Entre les deux, il n'y a pas de miracles quotidiens, il y a des déménagements, des puits disputés, des querelles domestiques, une guerre locale et beaucoup de silence. Abraham a passé la plus grande part de sa vie à attendre. Et il n'a jamais vu la grande nation, ni possédé le pays, ni contemplé les nations bénies. Il a vu un enfant, puis un tombeau. Sa réponse à Éphron le Hittite dit tout : « Je suis étranger, habitant parmi vous ; donnez-moi la possession d'un sépulcre parmi vous » (Genèse 23:4). Croire, pour lui, c'est acheter un caveau en croyant à une résurrection.
Enfin, la foi produit une intercession et une générosité qui débordent. Abraham laisse le meilleur terrain à Lon neveu, refuse le butin d'un roi païen, plaide pour une ville corrompue qu'il aurait pu laisser brûler, accueille des inconnus avec un veau et du pain frais. La bénédiction reçue en Genèse 12:1-3 se déverse : « tu seras une bénédiction ». On reconnaît ceux qui vivent de promesses au fait qu'ils ne serrent pas les poings sur leurs biens. Jacques 2:23 résume cette vie de l'intérieur : « et l'écriture a été accomplie qui dit : "Et Abraham crut Dieu, et cela lui fut compté à justice" ; et il a été appelé ami de Dieu. » Ami : pas employé modèle, pas héros religieux. Ami.
Le miroir
Tu voudrais probablement la promesse et la maison en pierre. Moi aussi. Nous voulons bien suivre Dieu, à condition de savoir où nous allons, combien de temps cela va durer, et ce que nous obtiendrons à l'arrivée. Abraham est parti sans carte, et il est mort locataire du pays qui lui appartenait légalement devant Dieu. Cela dérange quelque chose en nous, parce que nous mesurons la bénédiction en résultats visibles : le poste obtenu, le mariage réparé, le diagnostic annulé, le compte en banque rassurant, l'enfant revenu à la maison.
Alors laisse la question tomber là où ça pique. Qu'est-ce que tu attends de Dieu depuis si longtemps que tu as cessé d'en parler ? Une guérison, un conjoint, un enfant, une porte qui s'ouvre au travail, la fin d'une solitude qui pèse le dimanche soir plus que tous les autres soirs ? Vingt-cinq ans, c'est le temps qu'Abraham a attendu, et pendant ce temps il a fait des bêtises exactement comme toi : il a menti par peur, il a bricolé un raccourci quand la promesse tardait, il a fait souffrir des gens de sa propre maison. Dieu n'a pas retiré Sa parole pour autant.
Il y a aussi la question inverse, celle de Morija. Y a-t-il quelque chose que tu tiens si serré que tu ne pourrais pas le remettre entre les mains de Dieu ? Ton enfant, ton corps, ta réputation, ton plan de vie ? Abraham n'a pas obéi parce qu'il aimait moins Isaac, mais parce qu'il avait appris que Celui qui donne peut redonner. Et il est monté en disant simplement : Dieu se pourvoira.
Tu n'es pas appelé à posséder avant de mourir. Tu es appelé à croire Celui qui a déjà tout accompli sur une autre colline, où le Fils unique, Lui, n'a pas été épargné.
Expliqué aux enfants
Avec des enfants, l'histoire d'Abraham fonctionne merveilleusement bien, parce qu'elle est faite de choses concrètes : une tente, un feu de camp, des étoiles, un âne, un bébé qui fait rire toute la maison. On peut la raconter ainsi : « Il y a très longtemps, Dieu a parlé à un homme qui s'appelait Abraham. Il lui a dit : quitte ton pays et suis-Moi, je te conduirai. Abraham ne savait pas où il allait, mais il a fait ses valises et il est parti, parce qu'il faisait confiance à Dieu. Dieu lui a promis un bébé, alors qu'Abraham et sa femme Sara étaient très, très vieux. Ils ont attendu longtemps, et le bébé est arrivé : Isaac, ce qui veut dire "il rit". Et Dieu a dit à Abraham : grâce à ta famille, un jour, toutes les familles de la terre seront bénies. Ce jour-là, c'est Jésus. »
Le plus beau geste pédagogique reste de sortir dehors le soir et de compter les étoiles avec eux, puis de dire : voilà ce que Dieu a montré à Abraham quand il pensait que rien n'arriverait jamais.
Pour Morija, la prudence s'impose selon l'âge : chez les plus jeunes, on garde le cœur du récit, Dieu a arrêté la main d'Abraham et a Lui-même donné l'agneau ; chez les plus grands, on peut oser le parallèle avec la croix. Des explications adaptées existent pour les tout-petits de 3 à 6 ans, pour les enfants de 7 à 12 ans, et pour les adolescents à partir de 12 ans, avec un vocabulaire, des questions et des images pensés pour chaque tranche d'âge.
Questions fréquentes
Qui était Abraham dans la Bible ?
Abraham, d'abord appelé Abram, est un nomade originaire d'Ur en Chaldée, appelé par Dieu vers 2000 avant Jésus-Christ à quitter son pays pour un pays inconnu. Il est le père d'Isaac et l'ancêtre du peuple d'Israël, mais surtout l'homme à qui Dieu a fait les promesses fondatrices de toute l'histoire du salut, dans Genèse 12:1-3. Le Nouveau Testament le présente comme le modèle de la foi et « père de nous tous », c'est-à-dire de tous ceux qui croient, juifs comme non-juifs.
Quel âge avait Abraham quand Dieu l'a appelé ?
Genèse 12:4 précise qu'Abram avait soixante-quinze ans lorsqu'il quitta Harân. Il en avait cent à la naissance d'Isaac, et Genèse 25:7 indique qu'il mourut à cent soixante-quinze ans. Cela signifie qu'il a vécu un siècle entier sous la promesse, dont vingt-cinq années entre l'annonce d'une descendance et la naissance du fils promis. Ces chiffres ne sont pas des détails décoratifs : ils soulignent que la promesse s'est accomplie au point où toute possibilité humaine était éteinte, ce que Paul appelle un corps « déjà amorti » dans Romains 4:19.
Pourquoi Dieu a-t-il changé le nom d'Abram en Abraham ?
Dans Genèse 17:5, Dieu déclare : « ton nom ne sera plus appelé Abram, mais ton nom sera Abraham, car je t'ai établi père d'une multitude de nations. » Abram signifie approximativement « père élevé » ; Abraham évoque « père d'une multitude ». Ce nouveau nom lui est donné à quatre-vingt-dix-neuf ans, alors qu'il n'a qu'un seul fils, né d'une servante. Chaque fois qu'on l'appelait, il entendait donc une promesse que sa situation contredisait. Dieu nomme les choses selon ce qu'Il va faire, non selon ce qui est visible.
Combien d'enfants Abraham a-t-il eus ?
La Bible lui attribue huit fils. Ismaël, né de Hagar la servante égyptienne (Genèse 16) ; Isaac, le fils de la promesse, né de Sara (Genèse 21) ; puis six fils de Ketura, la femme qu'il prit après la mort de Sara, énumérés en Genèse 25:1-4. L'héritage de l'alliance passe uniquement par Isaac, non par droit d'aînesse mais par élection divine. Ismaël reçoit néanmoins une bénédiction et une promesse de multiplication, et Dieu entend le cri de Hagar dans le désert, ce qui reste l'un des passages les plus tendres de la Genèse.
Pourquoi Dieu a-t-Il demandé à Abraham de sacrifier Isaac ?
Genèse 22:1 le dit clairement : « Dieu éprouva Abraham ». Il ne s'agissait pas d'obtenir la mort de l'enfant, ce que Dieu abomine ailleurs dans l'Écriture, mais de révéler et d'affermir la foi d'un homme qui avait déjà tenté de fabriquer lui-même l'accomplissement de la promesse. Le récit se conclut par une substitution : un bélier meurt à la place d'Isaac, et Abraham nomme le lieu « il y sera pourvu ». C'est une préfiguration : sur cette même région montagneuse, Dieu donnera Son propre Fils, et cette fois nul n'arrêtera la main.
Est-il vrai qu'Abraham a menti au sujet de sa femme ?
Deux fois, et le texte biblique ne l'excuse pas. En Égypte (Genèse 12:10-20) puis chez Abimélec à Guérar (Genèse 20), il présente Sara comme sa sœur par peur d'être tué, la mettant en danger et exposant des païens au jugement. La Bible refuse de retoucher ses héros ; elle montre un croyant authentique capable de lâcheté répétée. C'est précisément pourquoi son exemple console : sa justice ne vient pas de sa conduite, mais de la foi que Dieu lui a comptée à justice selon Genèse 15:6.
Que signifie « il crut à l'Éternel ; et il lui compta cela à justice » ?
Cette phrase de Genèse 15:6 introduit un vocabulaire comptable : Dieu porte au crédit d'Abram un statut de juste qu'il ne possédait pas par lui-même, en réponse à sa confiance. Abram n'avait rien accompli à ce moment-là ; il avait simplement pris Dieu au mot sous un ciel étoilé. Paul en fait le cœur de son argumentation en Romains 4:16-22 et Galates 3:6-9 : si le père des croyants a été déclaré juste par la foi, avant la loi et avant la circoncision, alors la justification par la foi est le plan de Dieu depuis toujours, non une nouveauté chrétienne.
Quelle est la différence entre l'alliance avec Abraham et la loi de Moïse ?
L'alliance abrahamique est une promesse unilatérale : en Genèse 15, Dieu seul passe entre les animaux partagés, s'engageant sans condition réciproque. La loi donnée à Moïse, quatre siècles plus tard, est une alliance de commandements assortie de bénédictions et de malédictions. Paul explique en Galates 3 que la loi n'annule pas la promesse antérieure et ne peut pas la remplacer ; elle a été ajoutée à cause des transgressions, jusqu'à la venue de la Semence, Christ. La bénédiction des nations repose donc sur la promesse, pas sur l'observance légale.
Qui était Melchisédec et pourquoi bénit-il Abraham ?
Melchisédec apparaît brièvement en Genèse 14:18-20, roi de Salem et sacrificateur du Dieu Très-haut ; il apporte du pain et du vin, bénit Abram, et reçoit de lui la dîme du butin. Le Psaume 110 puis l'épître aux Hébreux voient en lui une figure du sacerdoce du Christ, antérieur et supérieur au sacerdoce lévitique, puisque Abraham, ancêtre de Lévi, lui a payé la dîme. C'est l'un des personnages les plus mystérieux de la Bible, et l'un des plus christologiquement chargés.
Abraham est-il le père des juifs, des chrétiens et des musulmans ?
Historiquement, les trois traditions se rattachent à lui : le judaïsme par Isaac et Jacob, l'islam par Ismaël, le christianisme par la foi. Mais le Nouveau Testament donne un critère spirituel précis. Jésus dit à ses interlocuteurs qui se réclamaient de leur ascendance : si vous étiez enfants d'Abraham, vous feriez les œuvres d'Abraham (Jean 8:39). Et Galates 3:7 affirme : « ceux qui sont sur le principe de la foi, ceux-là sont fils d'Abraham ». La filiation qui compte devant Dieu passe par la même foi, non par la génétique.
Où Abraham est-il enterré ?
Dans la grotte de Macpéla, près de Mamré, à Hébron, le champ acheté à Éphron le Hittite pour quatre cents sicles d'argent, décrit en détail dans Genèse 23. Sara y fut déposée la première, puis Abraham lui-même (Genèse 25:9-10), puis Isaac, Rébecca, Jacob et Léa. Ce fut le seul terrain qu'il posséda légalement dans le pays promis. Le lieu, aujourd'hui surmonté d'un vaste édifice à Hébron, reste un des sites les plus disputés du Proche-Orient, ce qui n'est pas sans ironie pour un homme qui se disait étranger et voyageur.
Comment devient-on un enfant d'Abraham selon le Nouveau Testament ?
Par la foi en Christ, et par rien d'autre. Galates 3:6-9 montre que la promesse « en toi toutes les nations seront bénies » visait dès le départ l'inclusion des non-juifs sur la base de la foi. Croire, c'est prendre Dieu au mot comme Abraham l'a fait, en s'appuyant non sur sa propre capacité mais sur Celui qui « fait vivre les morts et appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient » (Romains 4:17). Ni ascendance, ni rite, ni performance morale n'ajoutent quoi que ce soit à cette filiation.
Abraham a-t-il connu Jésus ?
Jésus fait une affirmation surprenante en Jean 8:56 : « Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu'il verrait mon jour ; et il l'a vu, et s'est réjoui. » Abraham n'a pas vu l'incarnation, mais il a vu, de loin, le jour de la rédemption promise, notamment lorsqu'un bélier a remplacé son fils sur la montagne. Deux versets plus loin, Jésus ajoute : « Avant qu'Abraham fût, je suis », se déclarant éternel et employant le Nom divin d'Exode 3. Celui qui appela Abram est donc bien Celui qui parlait alors dans le temple.
Pour conclure
Abraham meurt « rassasié de jours » en possession d'un caveau, d'un fils et d'une parole. Vu depuis le monde, c'est un bilan modeste pour un siècle de promesses. Vu depuis la croix, c'est l'inverse : sa vie entière était un doigt tendu vers une montagne où Dieu se pourvoirait Lui-même de l'agneau. Voilà pourquoi la Bible ne fait pas de lui un surhomme spirituel, mais un homme qui a menti, bricolé, ri d'incrédulité, et qui pourtant a tenu la main de Dieu jusqu'au bout.
Si sa figure te suit ces prochains jours, laisse-la travailler ainsi : lis d'une traite Genèse 12 à 25, puis relis Romains 4 et Hébreux 11:8-12 comme le commentaire inspiré de ces chapitres. Note ce que Dieu promet et ce qu'Abraham reçoit, et demande-toi honnêtement où tu situes ta sécurité. Ceux qui vivent sous la tente, l'œil sur la cité dont Dieu est l'architecte, sont libres d'une manière que les propriétaires de ce monde ne connaissent pas.
