Jean 12:26
Le texte
« Si quelqu'un me sert, qu'il me suive ; et où je suis, moi, là aussi sera mon serviteur : si quelqu'un me sert, le Père l'honorera. » Trois propositions, brèves comme des pas. Servir Jésus, ce n'est pas d'abord accomplir des tâches pour Lui, mais aller là où Il va; et là où Il va, en cet instant précis du récit, c'est vers la croix. La promesse qui suit est étrange dans sa sobriété: le serviteur se retrouvera là où le Maître est. Puis, presque comme une pensée ajoutée après coup, la parole du Père: Il honorera cet homme, cette femme. Pas la foule, pas les prêtres, pas les Grecs curieux. Le Père.
Le cœur
Remarquez ce que Jésus ne dit pas. Il ne dit pas: si quelqu'un me sert, qu'il travaille dur, qu'il donne, qu'il organise. Il dit: qu'il me suive. Le service chrétien n'a pas de contenu propre; il est entièrement déterminé par la trajectoire d'un Autre. Et cette trajectoire, au verset 24, vient d'être décrite comme celle du grain de blé qui tombe en terre et meurt. Voilà pourquoi cette parole est plus dérangeante qu'elle n'en a l'air: la récompense promise n'est pas un lieu confortable mais une présence, « où je suis, moi ». Jésus offre comme salaire Sa propre compagnie, y compris dans l'obscurité de la terre. Que reste-t-il de notre idée du service quand elle est vidée de tout ce que nous choisissons nous-mêmes de faire? Et pourquoi cette présence nous semble-t-elle une récompense si maigre, alors qu'elle est tout ce que le Père a à donner?
Le fil conducteur
« Où je suis, moi, là aussi sera mon serviteur. » Cette phrase traverse toute l'Écriture comme une basse continue. Dieu ne promet jamais d'abord des choses, mais Sa présence: Je serai avec toi. C'est ce qu'Il dit à Moïse au buisson, quand celui-ci demande des garanties et ne reçoit qu'un nom et une compagnie. Ici, la promesse se resserre autour d'une personne: le lieu de Dieu n'est plus une montagne ni un temple, mais un homme en marche vers Jérusalem. Et parce que ce chemin traverse la mort, la promesse traverse la mort avec lui. Le grain enfoui n'est pas perdu. Ce que Jésus offre à Ses serviteurs, ce n'est pas d'échapper à la terre, mais d'y être avec Lui, et donc d'en ressortir avec Lui.
Le miroir
Nous aimons servir là où nous choisissons de servir. Le comité que nous savons diriger, la générosité qui laisse notre budget intact, la disponibilité qui s'arrête à l'heure du coucher des enfants. Jésus déplace la question: non pas que faites-vous, mais où êtes-vous? Où se trouve votre corps, votre agenda, votre argent, quand Il descend vers ce qui est humiliant, lent, sans reconnaissance? Le collègue difficile que vous évitez élégamment. Le parent vieillissant dont les visites vous coûtent des week-ends entiers. Et il y a cette autre peur, plus sourde: si je Le suis jusque-là, qui le verra? Le verset répond, mais pas comme nous l'espérions. Le Père le verra. Est-ce suffisant pour vous? Prenez le temps de ne pas répondre trop vite.
Le personnage principal
Celui qui parle ici est à quelques jours de Sa mort, et Il le sait. Au verset suivant Il dira: « Maintenant mon âme est troublée ». Le mot est fort; ce n'est pas le calme d'un sage. Et pourtant, juste avant ce trouble, Il invite des hommes à Le suivre exactement là où Il tremble. Il n'adoucit rien, ne promet ni protection ni succès. Ce que ce Jésus révèle de Dieu est déconcertant: un Dieu qui ne demande pas ce qu'Il n'a pas d'abord porté Lui-même, et qui, au lieu d'offrir une récompense extérieure à Lui, S'offre Lui-même. Sa générosité et Son exigence sont la même chose. C'est peut-être là que se tient le mystère: on ne peut pas recevoir ce Christ sans Le suivre, parce que Le recevoir, c'est être là où Il est.
Le contexte
Nous sommes dans la semaine de la Pâque, Jérusalem gonflée de pèlerins, les autorités nerveuses. Des Grecs viennent de dire à Philippe: « nous désirons voir Jésus ». Des païens frappent à la porte, signe que l'heure a basculé. Jésus ne leur accorde pas d'entretien; Il répond en parlant de grain qui meurt et de serviteurs qui suivent. Le mot « serviteur » ici, dans une société où l'esclave n'avait ni honneur ni nom propre, était sans romantisme: appartenir à un maître, dépendre de sa maison. Et c'est justement à ces sans-honneur que le Père promet l'honneur, pendant que les chefs, au verset 43, préfèrent « la gloire des hommes plutôt que la gloire de Dieu ». Le contraste n'est pas décoratif; il est le jugement du chapitre entier.
Le détail
Deux fois la même condition: « si quelqu'un me sert ». Jésus répète, et entre les deux répétitions Il glisse la présence. La structure elle-même prêche: le service commence par le suivre, se poursuit par être avec Lui, s'achève dans l'honneur du Père. Mais arrêtons-nous sur ce dernier mot: honorer. C'est le Père qui honore, et c'est presque scandaleux. Nous nous attendions à « récompensera » ou « bénira ». L'honneur, dans ce monde-là, est une monnaie sociale, ce qu'on reçoit des yeux des autres. Le Père Se penche vers un serviteur enfoui dans la terre avec Son Fils et lui accorde ce que le monde lui refuse. Que se passe-t-il en nous quand nous apprenons à attendre notre honneur d'un seul regard?
Réflexion
Où, très concrètement cette semaine, Jésus est-Il descendu quelque part où je préfère ne pas Le suivre?
Si le Père seul m'honorait, sans que personne d'autre ne le sache, cela me suffirait-il vraiment? Que révèle ma réponse?
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Ce que la communauté partage sur John 12
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Or il disait cela pour indiquer de quelle mort il allait mourir. » Être élevé, pour Jésus, ce n'était pas un trône mais un bois. Et c'est de là qu'il attire. Ce qui te semble le plus repoussant dans l'Évangile, ces clous, ce sang, c'est justement l'endroit où son amour te saisit. Oses-tu regarder là?
« À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul. » Jésus dit cela au moment où des Grecs viennent le chercher, quand la foule l'acclame. Sa réponse à la popularité, c'est la terre et le tombeau. Ce que tu gardes serré dans ta main reste seul. Qu'est-ce que tu retiens aujourd'hui, par peur de le perdre ?
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