Proverbes 5:3
Le texte
Le père parle encore, penché vers son fils, et soudain sa voix change. Il ne dit plus « écoute-moi » ; il décrit ce que le garçon entendra dehors, ce soir, quand la porte se refermera derrière lui. Une femme parle, et ses paroles ne heurtent pas : elles coulent. « Car les lèvres de l'étrangère distillent du miel, et son palais est plus doux que l'huile. » Voilà tout le verset. Pas d'avertissement encore, pas de menace, pas de morale. Seulement une constatation que le père fait à contrecœur, comme un homme qui reconnaît honnêtement la beauté du piège avant d'en montrer les dents. Le miel qui goutte, l'huile qui glisse : deux images de douceur, deux images de ce qui descend sans effort.
Le cœur
Ce qui frappe ici, c'est que la Sagesse ne ment pas sur le plaisir. Elle ne dit pas que le péché est laid, ni ennuyeux, ni décevant sur le moment. Elle dit : c'est du miel. C'est plus doux que l'huile. Le père accorde au mal exactement ce qu'il vaut, et c'est précisément ce qui rend son avertissement crédible. Une piété qui nie la douceur de la tentation ne prépare personne ; elle produit des jeunes gens stupéfaits le jour où ils découvrent que c'était bon. Dieu ne demande pas que nous trouvions le mal répugnant. Il demande que nous voyions plus loin que le palais et la gorge, jusqu'à ce que le verset suivant appellera l'absinthe. La sagesse n'est pas l'absence de désir ; c'est du désir qui a appris à compter jusqu'à la fin.
Le fil conducteur
Le miel n'est pas un détail choisi au hasard. Dans l'Ancien Testament, la douceur du miel sert d'habitude à décrire la parole de Dieu elle-même : les psaumes comparent Ses commandements au miel qui coule du rayon. Le père emploie donc, pour la bouche de l'étrangère, le vocabulaire réservé à la révélation. C'est délibéré et c'est terrifiant : le mensonge imite le goût de la vérité. Depuis le jardin, la ruse ne consiste pas à rendre le mal amer mais à le rendre appétissant, « bon à manger », désirable pour rendre sage. Toute l'histoire du salut se joue là, entre deux voix qui promettent la même douceur. Et le Christ, au désert, n'a pas vaincu en niant que les pierres pouvaient devenir du pain, mais en tenant à la parole plus douce encore.
Le miroir
Le miel, aujourd'hui, se présente rarement sous la forme d'une porte à ne pas franchir. Il ressemble plutôt à une collègue qui vous écoute mieux que votre femme ne le fait depuis trois ans, à un fil de messages qui commence par des blagues, à un écran allumé à vingt-trois heures quand la maison dort. Vous savez la théorie. Ce qui vous surprend, c'est que ce soit doux, et que la douceur soit vraie. Ne mentez pas là-dessus ; le père du texte, lui, ne ment pas. Nommez-la, précisément, et regardez-la jusqu'au bout du chemin qu'elle vous propose. Aujourd'hui, avant ce soir : écrivez sur une feuille la phrase que vous aimez le plus entendre de cette voix-là, puis écrivez en dessous ce qu'elle vous coûtera dans cinq ans. Gardez la feuille.
La question
Pourquoi le mal a-t-il si bon goût ? Si Dieu voulait vraiment nous préserver, pourquoi ne pas avoir rendu le péché immédiatement écœurant ? Le texte ne répond pas. Il constate. Et il laisse entendre quelque chose d'inconfortable : la douceur elle-même n'est pas mauvaise ; le miel est bon, l'huile est bonne, le corps est bon, le désir est bon, le chapitre le dira sans rougir quelques versets plus loin. Ce qui est mauvais, c'est le vol du bien, l'usage d'un plaisir réel hors de l'alliance qui le rend habitable. Nous préférerions un monde où le péché serait laid, parce qu'il nous dispenserait de choisir. Dieu ne nous accorde pas ce confort. Il nous demande d'aimer avec discernement, ce qui est infiniment plus coûteux.
L'intertexte
Le contraste le plus violent se trouve dans le même chapitre. À la bouche qui « distille du miel » répond, dix versets plus loin, une autre invitation : « Bois des eaux de ta citerne, et de ce qui coule du milieu de ton puits. » Miel volé contre eau propre ; une douceur qui goutte contre une source qui reste. Le père n'oppose pas le plaisir à la vertu, il oppose deux plaisirs, et il ose dire du second : « que ses seins t'enivrent en tout temps ». Le Nouveau Testament reprendra cette logique : le mariage y devient l'image de l'attachement du Christ à Son Église, une fidélité qui n'appauvrit pas mais qui donne à la joie un lieu où durer.
Le personnage principal
Le père. Remarquez qu'il ne fait pas d'elle un monstre : elle n'a, dans ce verset, ni visage ni nom, seulement des lèvres et un palais, une bouche qui promet. C'est un homme qui parle en connaissance de cause. On n'écrit pas « plus doux que l'huile » sans avoir senti, un jour, ce que cela glisse dans la gorge. Sa voix tremble d'urgence, non d'indignation ; il ne dénonce pas, il supplie. Il y a dans ce père quelque chose du regard de Dieu sur nous : Il connaît nos appétits mieux que nous, ne les méprise pas, et n'en reste pas moins penché sur notre oreille, répétant, patient, contre le vacarme du dehors : incline ton oreille.
Réflexion
Quelle voix, dans votre vie actuelle, vous parle avec une douceur que vous n'osez pas admettre à voix haute ?
Le père du texte ose dire que sa propre source est bonne. Sauriez-vous nommer trois joies légitimes que vous avez laissées se dessécher, et qui rendent le miel du dehors si attirant ?
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