Romains 8:26
Le texte
Paul vient de parler d'une espérance qu'on ne voit pas et d'une attente patiente. Puis il ajoute quelque chose d'inattendu : dans notre faiblesse, nous ne savons même pas quoi demander. Et à cet endroit précis, là où la prière s'effondre, l'Esprit Lui-même prend le relais et intercède « par des soupirs inexprimables ».
Le cœur
Remarquez ce que Paul ne dit pas. Il ne dit pas que l'Esprit nous apprend enfin à bien prier, comme un professeur qui corrigerait notre grammaire spirituelle. Il dit que l'Esprit prie à notre place, avec des gémissements qui ne trouvent pas de mots. C'est une affirmation stupéfiante sur Dieu : le Dieu à qui la prière est adressée est aussi le Dieu qui la formule en nous. Notre ignorance ne bloque donc rien. Ce n'est pas la qualité de notre requête qui la rend audible, mais l'identité de Celui qui la porte. Voilà pourquoi ce verset appartient au chapitre du « aucune condamnation » : la même grâce qui nous justifie sans nos œuvres nous fait prier sans notre compétence.
Le fil rouge
Deux fois dans ce chapitre, Paul emploie le même verbe. Au verset 26, l'Esprit « intercède » ; au verset 34, c'est Christ « qui est aussi à la droite de Dieu, qui aussi intercède pour nous ». Il y a donc une double intercession, l'une au ciel et l'autre dans nos poitrines. Le sacerdoce qui, dans l'ancienne alliance, se tenait à distance dans le sanctuaire, avec un seul homme portant les noms du peuple une fois l'an, est maintenant à la fois exalté à la droite du Père et intériorisé dans les croyants. L'Esprit de Christ, dit le verset 9, habite en vous. Ce que le Fils fait pour nous devant Dieu, l'Esprit le fait en nous. C'est le même mouvement de salut, saisi par ses deux extrémités.
Le miroir
Il y a des prières qui ne se laissent pas dire. Devant le lit d'un parent qui ne reconnaît plus personne : demander la guérison, ou la fin ? Face à un enfant adulte qui s'est éloigné et qu'un mot de trop refermerait : quoi demander exactement ? Un mariage où l'on ne sait plus si l'on doit prier pour la restauration ou pour le courage. Un travail où rester est une lâcheté et partir une fuite. Nous avons appris à formuler des demandes propres, structurées, avec une clause de résignation à la fin. Paul, lui, admet simplement : « nous ne savons pas ce qu'il faut demander comme il convient ». Si vous avez déjà prié en pleurant sans phrase, vous n'étiez pas en dessous de la prière. Vous étiez au centre.
Le détail
Le mot « soupirs » n'apparaît pas ici pour la première fois. Au verset 22, la création entière « soupire et est en travail » ; au verset 23, nous soupirons en nous-mêmes en attendant la délivrance de notre corps. Et maintenant l'Esprit soupire. Trois gémissements superposés : le monde, l'Église, Dieu. Le mot grec derrière « inexprimables », alalêtos, signifie littéralement « sans parole ». Ce n'est pas un langage secret, c'est l'absence de langage. Ce qui veut dire que l'Esprit n'est pas au-dessus de notre douleur en spectateur ; Il en épouse la forme la plus brute, le son qui reste quand les mots ont cédé. Le Dieu qui a pris chair en Christ prend, par l'Esprit, notre essoufflement.
La question
Alors pourquoi prier, si l'Esprit prie de toute façon ? Et pourquoi la prière reste-t-elle si souvent sans réponse visible, si c'est Dieu Lui-même qui la formule « selon Dieu » (verset 27) ? Paul ne résout pas cela. Il faut noter que l'intercession de l'Esprit n'est pas décrite comme une garantie d'obtenir ce que nous voulions ; elle garantit que ce qui devait être demandé l'a été. Cela peut consoler et froisser en même temps. Nous restons ignorants du contenu de cette prière parfaite qui monte de nous sans nous. Notre part est de rester dans le gémissement, sans le maquiller en certitude, et de croire que Celui « qui sonde les cœurs » y lit autre chose que du désordre.
Le contexte
Paul écrit vers l'an 57 à une communauté qu'il n'a pas fondée, dans la capitale de l'Empire, mélange de Juifs et de païens convertis, la plupart sans statut, certains esclaves de maisons romaines. Il vient de citer, au verset 36, des chrétiens estimés « comme des brebis de tuerie ». Ce chapitre n'est pas une méditation de retraite spirituelle, c'est une lettre à des gens dont la vie est précaire et dont les instances de recours sont fermées. Dans ce monde, l'intercession était une affaire de patronage : il fallait un protecteur haut placé pour porter votre cause. Paul dit à ces petites gens qu'ils ont, au sommet, un intercesseur assis à la droite de Dieu, et dans le cœur, un autre qui écrit la requête.
Réflexion
Quelle prière avez-vous cessé de formuler parce que vous ne saviez plus quoi demander, et que se passerait-il si vous la laissiez rester un gémissement ?
Si l'Esprit intercède « selon Dieu » et non selon vos préférences, en quoi cela change-t-il votre manière d'attendre une réponse ?
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Ce que la communauté partage sur Romans 8
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Tu ne sais pas quoi demander. Ce n'est pas un échec, c'est écrit noir sur blanc: "nous ne savons pas ce qu'il faut demander comme il convient". Et pourtant l'Esprit "intercède par des soupirs inexprimables". Ton silence maladroit devant Dieu n'est jamais vide. Quelqu'un prie en toi, avec des mots que tu n'as pas.
Remarque le temps du verbe: "mais ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés." Pas "il les glorifiera". Déjà fait. Dieu parle de ta gloire à venir comme d'une chose accomplie, alors que tu te débats encore aujourd'hui. Il voit la fin de l'histoire, et il l'a signée. Que crains-tu vraiment?
Père, je sais que mes propres forces ne mènent nulle part quand je vis replié sur moi-même. Ce que je veux, c'est te plaire, et je ne peux pas y arriver seul. Alors viens habiter mes pensées, mes choix, mes silences, et donne à ton Esprit toute la place.
Merci, Père, parce que ceux que tu as préconnus, tu les as aussi prédestinés à être conformes à l'image de ton Fils. Quelle grâce de savoir que Jésus est le premier-né entre plusieurs frères, et que tu me façonnes à sa ressemblance.
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