Amos, berger de Thekoa devenu voyant
Un homme du royaume divisé
Amos apparaît dans l'Écriture au temps de la monarchie divisée, une époque située, selon la chronologie d'Ussher (1650), environ 975 av. J.-C. à 586 av. J.-C. Le livre qui porte son nom s'ouvre par une ligne qui situe l'homme et son heure : « Les paroles d'Amos, qui était d'entre les bergers de Thekoa, qu'il a vues touchant Israël, aux jours d'Ozias, roi de Juda, et aux jours de Jéroboam, fils de Joas, roi d'Israël, deux ans avant le tremblement de terre » (Amos 1:1). Tout est là en une phrase : un métier, un lieu, deux rois, et un repère de temps donné non par une dynastie mais par une secousse de la terre.
Il faut mesurer combien le texte parle peu de lui. Amos est nommé dans sept versets seulement, répartis en trois passages : la ligne d'ouverture (Amos 1:1), puis un ensemble au chapitre 7 (Amos 7:8 ; Amos 7:10-12 ; Amos 7:14), et une dernière mention au chapitre 8 (Amos 8:2). Le reste du livre est fait de ses paroles, mais l'homme lui-même ne se laisse voir que dans ces quelques lignes.
Le plomb au milieu du peuple
La première scène où on l'entend n'est pas un discours mais un dialogue. « Et l'Éternel me dit : Que vois-tu, Amos ? Et je dis : Un plomb. Et le Seigneur dit : Voici, je place un plomb au milieu de mon peuple Israël ; je ne passerai plus par-dessus lui » (Amos 7:8). Le prophète n'explique pas, il constate. Il voit un objet d'artisan, un fil à plomb, l'instrument le plus banal qui soit pour vérifier si un mur tient droit. La sentence n'est pas dans l'objet, elle est dans la phrase qui suit : « je ne passerai plus par-dessus lui ».
La même structure revient plus loin : « Et il dit : Que vois-tu, Amos ? Et je dis : Un panier de fruits d'été. Et l'Éternel me dit : La fin est venue pour mon peuple Israël ; je ne passerai plus par-dessus lui » (Amos 8:2). Deux fois la question, deux fois la réponse brève d'un homme qui décrit ce qu'il a devant les yeux, deux fois la même conclusion terrible. Le voyant ne discute pas, il regarde et il rapporte.
L'affrontement de Béthel
Entre ces deux visions se place la seule scène où Amos fait face à un autre homme. « Alors Amatsia, sacrificateur de Béthel, envoya à Jéroboam, roi d'Israël, disant : Amos a conspiré contre toi au milieu de la maison d'Israël ; le pays ne peut pas supporter toutes ses paroles. Car ainsi dit Amos : Jéroboam mourra par l'épée, et Israël sera certainement transporté de dessus sa terre. Et Amatsia dit à Amos : Voyant, va-t'en ; fuis au pays de Juda, et mange là du pain, et prophétise là » (Amos 7:10-12).
Remarquons ce que le sacrificateur reproche exactement : non pas d'avoir menti, mais d'être insupportable. « Le pays ne peut pas supporter toutes ses paroles. » Et le renvoi est formulé en termes de nourriture : va manger ton pain ailleurs, prophétise là-bas. Amatsia suppose que le prophète vit de sa bouche.
La réponse d'Amos démonte la supposition : « Et Amos répondit et dit à Amatsia : Je n'étais pas prophète, et je n'étais pas fils de prophète ; mais je gardais le bétail, et je cueillais le fruit des sycomores » (Amos 7:14). Il ne revendique ni titre, ni école, ni héritage. Il n'appartient pas à une corporation de prophètes, il n'est pas fils de prophète. Il gardait du bétail et cueillait le fruit des sycomores, ce que confirme l'ouverture du livre, qui le compte « d'entre les bergers de Thekoa » (Amos 1:1). Sa légitimité ne tient donc pas à son état ni à sa naissance, mais à la question qui lui a été adressée : « Que vois-tu, Amos ? » (Amos 7:8 ; Amos 8:2).
Une accusation, pas une faute avérée
Il faut être exact ici. Les passages où Amos est nommé ne rapportent aucune faute, aucun péché, aucun manquement de sa part. La seule chose qui ressemble à une charge contre lui est l'accusation portée par Amatsia, « Amos a conspiré contre toi au milieu de la maison d'Israël » (Amos 7:10), et le texte la présente comme la parole du sacrificateur de Béthel envoyée au roi, non comme un verdict porté par l'Écriture. Nous ne pouvons donc ni le blanchir par flatterie ni lui imputer une faute que le texte ne lui impute pas.
Ce que nous ignorons
Beaucoup, en réalité. L'Écriture ne nomme pas ses parents. Aucun enfant ne lui est attribué. Aucune tribu, aucun peuple d'appartenance ne lui est donné. Nous savons d'où il vient, Thekoa, et ce qu'il faisait de ses mains, garder le bétail et cueillir le fruit des sycomores (Amos 1:1 ; Amos 7:14). Les passages qui le nomment ne disent rien de sa fin, ni de ce qu'il advint de lui après les paroles d'Amatsia. L'homme reste, pour l'essentiel, une voix et un regard.
Ce silence a sa dignité. Là où d'autres figures sont entourées de généalogies, Amos tient debout sur une seule chose : on lui a demandé ce qu'il voyait, et il l'a dit, sans adoucir la phrase qui suivait.

