Debora, prophétesse et juge, mère en Israël
Qui elle est, et quand elle a vécu
Debora (דְּבוֹרָה) est une femme qui juge Israël avant l'établissement de la monarchie. Son nom n'apparaît que dans un seul livre, où neuf versets la mentionnent, répartis sur deux chapitres. Sa première mention est Judges 4:4. L'époque où elle se situe est placée, selon la chronologie d'Ussher (1650), environ 1451 av. J.-C. à 1095 av. J.-C. C'est donc une figure du temps où Israël n'a pas encore de roi.
Sous le palmier, entre Rama et Béthel
Le texte la présente d'emblée avec trois titres superposés : « Et Debora, une prophétesse, femme de Lappidoth, jugeait Israël en ce temps-là. Et elle habitait sous le palmier de Debora, entre Rama et Béthel, dans la montagne d'Éphraïm ; et les fils d'Israël montaient vers elle pour être jugés » (Judges 4:4-5). Prophétesse, épouse, juge. Le lieu est précis : un arbre qui porte son nom, sur la hauteur, entre deux villes nommées. Le mouvement l'est aussi : ce ne sont pas des envoyés qui descendent vers le peuple, ce sont les fils d'Israël qui montent vers elle. Son autorité est reconnue, publique, et son adresse est connue de tous.
La parole qui envoie, et la femme qui marche
La scène suivante la montre en conversation, et sa réponse mêle un accord et un avertissement : « J'irai bien avec toi ; seulement ce ne sera pas à ton honneur dans le chemin où tu vas, car l'Éternel vendra Sisera en la main d'une femme. Et Debora se leva, et s'en alla avec Barak à Kédesh. Et Barak rassembla Zabulon et Nephthali à Kédesh ; et 10 000 hommes montèrent à sa suite, et Debora monta avec lui » (Judges 4:9-10). Elle ne reste pas sous son palmier. Elle se lève, elle va, elle monte avec la troupe, et le texte prend soin de le dire deux fois : elle s'en alla avec Barak, et elle monta avec lui.
L'avertissement qu'elle prononce n'est pas une menace mais une annonce : l'issue est déjà décidée, et l'honneur de cette issue n'ira pas à l'homme qui marche en tête. Debora ne négocie pas la victoire, elle la déclare d'avance.
Le jour, et l'ordre donné
Puis vient l'instant : « Et Debora dit à Barak : Lève-toi, car c'est ici le jour où l'Éternel livrera Sisera en ta main. L'Éternel n'est-il pas sorti devant toi ? Et Barak descendit du mont Thabor, et 10 000 hommes après lui » (Judges 4:14). Tout est dans l'ordre des phrases. D'abord l'impératif, « Lève-toi ». Ensuite la raison, qui n'est pas la force des 10 000 mais le jour fixé par l'Éternel. Enfin la question, qui n'attend pas de réponse : l'Éternel est déjà sorti devant lui. Debora ne prend pas la place de Barak ; elle lui dit quand marcher.
Le chant
Après la bataille, elle chante : « Et Debora chanta, en ce jour-là, avec Barak, fils d'Abinoam, en disant : » (Judges 5:1). Dans ce cantique, elle parle d'elle-même et emploie une image qui ne ressemble à aucun autre titre de chef : « Les villes ouvertes étaient délaissées en Israël, elles étaient délaissées, jusqu'à ce que je me suis levée, moi Debora, jusqu'à ce que je me suis levée, une mère en Israël » (Judges 5:7). Ce que le pays avait perdu, ce sont ses villes ouvertes ; ce qui le relève, c'est une mère.
Plus loin, le chant se retourne vers elle comme une voix extérieure : « Réveille-toi, réveille-toi, Debora ! Réveille-toi, réveille-toi, dis un cantique ! Lève-toi, Barak, et emmène captifs tes captifs, fils d'Abinoam ! » (Judges 5:12). Le verbe qu'elle avait adressé à Barak au jour du combat lui revient dans le cantique. Son nom est encore mentionné en Judges 5:15.
Ce que le texte ne lui reproche pas
Il faut le dire simplement : dans les passages où elle paraît, l'Écriture ne retient aucune faute de Debora. Elle n'est ni corrigée, ni reprise, ni prise en défaut. La seule ombre de ces chapitres tombe ailleurs, sur le chemin de celui à qui elle annonce que l'honneur n'y sera pas pour lui (Judges 4:9). Cela ne fait pas d'elle une femme sans ombre ; cela veut dire que le texte a choisi de ne rien raconter de tel, et nous n'avons pas à combler ce silence.
Ce que nous ne savons pas
Beaucoup, en réalité. L'Écriture ne nomme pas ses parents. Aucun enfant ne lui est attribué, malgré le titre de « une mère en Israël » qu'elle se donne dans le cantique (Judges 5:7). Aucune tribu, aucun peuple d'origine ne lui est assigné : nous savons où elle siège, dans la montagne d'Éphraïm (Judges 4:5), non d'où elle vient. De Lappidoth, son mari, nous ne savons rien d'autre que son nom (Judges 4:4). Ni la durée de son service, ni sa fin ne nous sont rapportées.
Ce qui reste d'elle tient donc en neuf versets d'un seul livre : une femme assise sous un arbre, vers qui un peuple monte pour être jugé, qui se lève, qui marche avec la troupe, et qui chante le jour de la victoire.

