1 Corinthiens 13:7
Le texte
Quatre verbes, quatre fois le même mot: tout. L'amour couvre tout, croit tout, espère tout, endure tout. Après une longue liste de ce que l'amour ne fait pas, Paul referme la porte sur le négatif et lâche une rafale positive, sans nuance ni clause échappatoire. Rien dans la phrase ne dit "sauf dans les cas graves". C'est la ligne la plus abrasive du chapitre, précisément parce qu'elle est la plus simple. On l'entend souvent lors des mariages, entre deux bouquets, comme une promesse attendrissante. Dans la lettre, elle tombe au milieu d'une communauté déchirée par les procès, les clans et les places à table. Elle n'attendrit personne à Corinthe: elle accuse.
Le cœur
Le premier verbe, stegei, vient d'un mot qui désigne un toit. L'amour fait toit: il abrite, il couvre, il empêche que la pluie tombe sur ce qui est en dessous. Le dernier, hypomenei, signifie littéralement rester dessous, tenir sa position sous une charge qu'on n'a pas choisie. Entre les deux, croire et espérer: refuser de clore le dossier d'une personne. Paul ne décrit pas une naïveté qui gobe tout; il décrit une posture qui refuse de conclure définitivement sur autrui, parce que Dieu Lui-même ne l'a pas encore fait. C'est là que ce verset touche à Dieu et pas seulement à la morale: l'amour qui porte sans se dérober est exactement la manière dont Il nous traite, et Corinthe en est la preuve vivante.
Le fil rouge
Paul écrit ces quatre verbes à des gens qui ont vu, quelques années plus tôt, un homme mourir sur une croix romaine, ou du moins en ont entendu le récit avec une précision que nous avons perdue. Supporter tout, endurer tout: dans le monde de Corinthe, ces mots ne sont pas des sentiments, ce sont des descriptions de ce qui arrive à un corps sous une charge. Et c'est exactement ce que le Christ a fait: rester dessous. La croix n'est pas une illustration de ce verset, elle en est la source. Voilà pourquoi Paul peut écrire "croit tout, espère tout" sans passer pour un imbécile: il a lui-même été un persécuteur dont Dieu n'avait pas clos le dossier. Tout le fil de l'histoire du salut est là, dans la patience obstinée d'un Dieu qui continue de faire toit sur un peuple qui Le déçoit.
Le miroir
Il y a probablement, dans votre vie, un dossier fermé. Un beau-frère dont vous savez déjà ce qu'il va dire. Un collègue que vous avez classé comme incompétent et dont vous relisez chaque courriel pour y confirmer votre diagnostic. Un enfant devenu adulte dont vous avez cessé d'attendre quoi que ce soit. Ce verset ne vous demande pas de trouver ces gens sympathiques; il vous demande de ne pas signer la conclusion. "Croit tout" ne signifie pas être crédule, cela signifie laisser une part du jugement ouverte, parce que vous ne voyez "qu'au travers d'un verre, obscurément" (v. 12), y compris quand vous regardez les autres. Notre orgueil aime les verdicts: ils nous dispensent d'aimer.
Aujourd'hui: écrivez sur un papier le nom de la personne dont vous avez fermé le dossier, dites à voix haute "je ne conclus pas sur toi", et priez une phrase pour elle. Puis gardez le papier dans votre poche.
Le contexte
Corinthe, vers l'an 54. Une ville reconstruite par Rome, deux ports, l'odeur du poisson et du bitume, des affranchis enrichis qui achètent leur respectabilité, des ouvriers du cuir et du bronze entassés dans des logements sans fenêtres. Une ville où l'on monte au tribunal pour un mur mitoyen, et où l'assemblée chrétienne s'est mise à faire la même chose entre frères (chapitre 6). Paul écrit d'Éphèse, à distance, après des rapports alarmants: des clans qui se réclament de Paul, d'Apollos, de Céphas; un repas du Seigneur où les riches mangent avant que les esclaves arrivent du travail; des réunions où l'on parle en langues à qui mieux mieux, chacun voulant montrer qu'il a l'Esprit plus fort que le voisin. Le chapitre 13 n'est pas un poème inséré là par hasard: c'est un scalpel posé au milieu d'une opération.
Le profil
Imaginez la scène de lecture: une trentaine de personnes dans l'atrium d'une maison, debout pour la plupart, un lecteur qui déroule le papyrus à la lumière des lampes. Parmi eux, des esclaves qui savent ce que veut dire "endurer" mieux que nous ne le saurons jamais, et des patrons qui pensaient que "supporter tout" était l'affaire de leurs subordonnés. Ces mots ne tombent pas de la même hauteur sur tous. Pour l'esclave, Paul dignifie une endurance qu'on lui imposait déjà et la transforme en marque de l'Esprit. Pour l'homme d'honneur, habitué à laver ses affronts devant le tribunal, "il supporte tout" est une humiliation programmée: on lui demande de renoncer publiquement à sa vengeance légitime. Le premier respire, le second serre les dents.
Le personnage principal
Le sujet grammatical de la phrase n'est pas "vous", c'est l'amour. Paul le traite comme une personne agissante, et cette personne a un visage. Aucun Corinthien n'aurait pu appliquer ces quatre verbes à Zeus, ni à l'empereur, ni à un patron: les dieux et les puissants ne supportent pas, ils imposent. Ce portrait n'existe dans aucune sagesse antique parce qu'il décrit un Dieu qui préfère porter plutôt que régler ses comptes. Il y a là un paysage intérieur singulier: pas la froideur du stoïcien qui s'est blindé, mais une vulnérabilité choisie, un toit qui prend la pluie pour que d'autres restent secs. C'est le contraire de la résignation. Endurer, ici, est une décision reprise chaque matin, et elle coûte quelque chose à Celui qui la prend.
Réflexion
Sur qui ai-je déjà rendu mon verdict, et qu'est-ce que ce verdict me protège d'avoir à faire?
Quand quelqu'un a "fait toit" sur moi, sans que je le mérite, quel en a été le coût pour lui, et qu'en ai-je fait?
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Questions fréquentes sur 1 Corinthians 13:7
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Ce que la communauté partage sur 1 Corinthians 13
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Père, je peux tout comprendre, tout expliquer, avoir une foi qui déplace des montagnes, et rester vide si l'amour me manque. Apprends-moi à aimer vraiment, pas en théorie, mais aujourd'hui, avec les personnes que tu mets sur mon chemin.
Merci, Père, parce que « l'amour ne périt jamais ». Tout ce que je sais aura sa fin, mes mots s'éteindront, mais ton amour pour moi tiendra encore. Merci pour cet amour qui ne s'use pas quand je change, ni quand je tombe.
« Car nous voyons maintenant au travers d'un verre, obscurément. » Tu ne comprends pas tout de ta vie, et ce n'est pas un échec de ta foi. Mais regarde la fin du verset: « comme aussi j'ai été connu. » Toi, tu vois flou. Lui te voit déjà entièrement, et il t'aime ainsi. Ta connaissance attend le ciel. Son amour, non.
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