1 Corinthiens 2:15
Le texte
Paul vient de dire que l'homme naturel, laissé à ses seules ressources, ne reçoit pas ce qui vient de l'Esprit de Dieu : cela lui paraît folie. Puis il retourne la situation. « Mais celui qui est spirituel discerne toutes choses ; mais lui n'est discerné par personne. » Celui en qui l'Esprit habite est capable d'évaluer, de peser, de reconnaître la valeur réelle des choses, y compris ce que le monde tient pour absurde : un Messie crucifié. Et inversement, il échappe lui-même au jugement compétent de ceux qui n'ont pas l'Esprit. Non parce qu'il serait au-dessus de toute critique, mais parce que les instruments de mesure du siècle présent ne sont pas calibrés pour ce qui se passe en lui.
Le cœur
Ce verset dit quelque chose de dérangeant sur la connaissance : il existe une réalité que l'intelligence, la culture et le talent oratoire ne peuvent tout simplement pas atteindre. Paul ne méprise pas la raison, il a d'ailleurs argumenté pendant deux chapitres. Il affirme que la sagesse de Dieu est d'un autre ordre, qu'elle a été « préordonnée avant les siècles pour notre gloire » et qu'elle ne se laisse pas saisir de l'extérieur. Les chefs de ce siècle en sont la preuve vivante : ils avaient le pouvoir, l'expertise juridique et religieuse, et ils ont cloué au bois le Seigneur de gloire sans reconnaître qui Il était. Le discernement dont parle Paul n'est donc pas une supériorité intellectuelle mais un don : l'Esprit greffe en nous la manière de voir de Celui qui a été crucifié, et cette vision-là ne s'achète nulle part.
Le fil conducteur
Le verset suivant donne la clé : « Mais nous, nous avons la pensée de Christ. » Le discernement dont Paul parle n'est pas une faculté ajoutée à l'homme, c'est une participation à la manière de voir du Crucifié. Et cette logique-là traverse toute l'Écriture. Le Serviteur d'Ésaïe 53 est précisément celui qu'on regarde sans le reconnaître, jugé par ses contemporains comme frappé de Dieu alors qu'Il portait leurs fautes : il n'était pas « discerné » par eux. Jésus a vécu jusqu'au bout cette condition-là, interrogé par Caïphe, soupesé par Pilate, évalué par des experts qui ont conclu à un imposteur. Le croyant qui reste incompréhensible aux instruments du siècle ne subit donc pas un accident : il est configuré à son Seigneur. La croix n'est pas seulement ce que nous croyons, c'est la forme que prend notre existence dans le monde.
Le miroir
Ce verset peut devenir une armure très confortable : dès qu'on me critique, je décrète que mon contradicteur est « charnel » et l'affaire est classée. Paul interdit cet usage, lui qui a supplié les Corinthiens de le juger sur la croix et non sur son éloquence. La vraie question est plus inconfortable : quand votre collègue ne comprend pas pourquoi vous refusez cette promotion, quand votre frère trouve absurde que vous ayez pardonné cette dette, quand vos parents jugent naïve votre générosité, est-ce la pensée de Christ qui vous rend illisible, ou simplement votre caractère ? Les deux se ressemblent de l'extérieur, jamais devant Dieu. Aujourd'hui : écrivez sur un papier la décision qu'on vous a le plus reprochée cette année, et demandez à voix haute, seul, « Seigneur, est-ce Ta sagesse ou mon entêtement ? »
Le détail
Le verbe traduit par « discerne » est anakrinein, un terme de tribunal. Il désigne l'instruction préliminaire, l'interrogatoire qui précède le verdict, l'examen où l'on retourne le dossier pour voir ce qu'il contient vraiment. Paul choisit donc une image judiciaire, et il la fait jouer dans les deux sens : l'homme spirituel instruit toutes choses, mais son propre dossier échappe à la juridiction des autres. Ce n'est pas une immunité morale, c'est une question de compétence. Un tribunal qui ne connaît pas la loi sous laquelle vit l'accusé ne peut pas rendre de sentence valable. Et le même mot rappelle, discrètement, l'audience nocturne où le Seigneur de gloire a été instruit par des hommes qui n'avaient aucune idée de qui se tenait devant eux.
Le profil
Les Corinthiens adoraient évaluer. Dans leur ville, écouter un orateur et le noter était un loisir de bonne société : la voix, les gestes, la construction des phrases. Ils avaient appliqué cette grille à Paul et l'avaient trouvé décevant, faible, tremblant, sans « excellence de parole ». Quand ils entendent « lui n'est discerné par personne », ils reçoivent une gifle courtoise : votre jury n'a pas de compétence dans cette matière. Ceux qui se croyaient les juges apprennent qu'ils sont assis dans la mauvaise salle. Mais ils entendent aussi une promesse, eux qui pour la plupart n'étaient ni nobles ni cultivés : l'Esprit leur donne accès à ce que les chefs de ce siècle n'ont jamais réussi à comprendre. Le rapport de force s'inverse.
Le contexte
Corinthe, vers l'an 55. Une colonie romaine reconstruite, port double, ville d'argent frais et de réputations à bâtir, où l'on montait socialement à coups de mécénat et de relations. Paul écrit depuis Éphèse, après que les gens de Chloé lui ont rapporté que l'Église se déchire en partis, chacun accroché à son prédicateur préféré comme à un patron. Paul, lui, travaillait de ses mains, ce qui le classait en bas de l'échelle des honneurs. C'est de cette position-là qu'il écrit ces lignes sur le discernement : non depuis une chaire, mais depuis l'atelier d'un artisan qu'on trouvait peu impressionnant, et qui affirme tranquillement posséder la seule sagesse qui compte.
Réflexion
Quand quelqu'un vous a récemment jugé incompréhensible, qu'est-ce qui, dans votre attitude, venait réellement de la croix, et qu'est-ce qui venait de vous ?
Si « avoir la pensée de Christ » signifie voir les choses comme les voit Celui qui a été crucifié, quel jugement que vous portez sur une personne de votre entourage devrait changer cette semaine ?
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Questions fréquentes sur 1 Corinthians 2:15
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Ce que la communauté partage sur 1 Corinthians 2
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Paul arrive à Corinthe, et voici son aveu: "et moi-même j'ai été parmi vous dans la faiblesse, et dans la crainte, et dans un grand tremblement". L'apôtre tremblait. Ce n'est pas une confession honteuse, c'est le lieu même où la puissance de Dieu s'est vue. Ta faiblesse d'aujourd'hui, tu la caches. Et si c'était justement là qu'il voulait se montrer?
Merci, Père, pour cette seule chose qui suffit: Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Merci de ne pas m'avoir demandé des discours savants, mais de m'avoir donné la croix comme centre, comme repos et comme assurance de ton amour.
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