2 Samuel 2
Le texte
Après la mort de Saül, David consulte l'Éternel, monte à Hébron avec ses femmes et ses hommes, et y est oint roi sur la maison de Juda. Il envoie une bénédiction aux hommes de Jabès de Galaad qui ont enterré Saül. Pendant ce temps, Abner installe Ish-Bosheth, fils de Saül, comme roi sur le reste d'Israël depuis Mahanaïm. Les deux camps se rencontrent à Gabaon, un tournoi devient un massacre, Asçaël est tué par Abner, et la journée s'achève par une trompette, des morts comptés et deux armées qui marchent toute la nuit.
Le cœur
Ce chapitre raconte comment un roi choisi par Dieu prend possession de son trône: lentement, partiellement, dans le sang de ses propres frères. David demande, Dieu répond, mais la réponse n'est pas une victoire, c'est une adresse: «À Hébron.» Sept ans et six mois sur une seule tribu. L'onction ne supprime pas la lutte, elle la déclenche. Voilà ce que le texte dit de Dieu: Il donne des promesses vraies qui se réalisent à travers l'histoire réelle, avec ses rivalités de clan, ses généraux ambitieux, ses adolescents rapides qui meurent bêtement. Le royaume de Dieu n'arrive pas en survolant l'histoire humaine, il y entre.
Le fil rouge
Hébron est la ville d'Abraham, la ville des tombeaux des patriarches; David y est oint sur le sol même de la promesse, mais il ne règne que sur Juda, la tribu dont Genèse 49 disait déjà que le sceptre ne s'en éloignerait pas. Et le corps d'Asçaël est ramené «dans le sépulcre de son père, qui était à Bethléhem»: la ville de David, la ville d'où sortira le Messie, reçoit d'abord un cercueil. Le trajet de David vers la royauté préfigure celui d'un autre Fils de David: reconnu par les uns, refusé par les autres, régnant réellement mais pas encore visiblement, et devant traverser la mort avant que tout Israël ne se rallie.
Le miroir
Vous connaissez peut-être ce genre d'attente: la vocation est claire, la confirmation est venue, et pourtant vous êtes assis à Hébron pendant sept ans et demi, sur un territoire minuscule, à regarder d'autres occuper la place que Dieu vous avait montrée. La tentation, alors, n'est pas l'incrédulité, elle est l'impatience armée. Regardez Asçaël: rapide, courageux, «léger de ses pieds comme une des gazelles», et incapable de se détourner. Deux fois Abner le supplie: «Détourne-toi de moi!» Il refuse. Il y a des poursuites, dans un conflit familial, un conseil d'église, une querelle professionnelle, où l'on continue simplement parce que s'arrêter ressemblerait à un aveu de faiblesse. Cela coûte des vies.
La question
Pourquoi Dieu, qui répond si clairement au verset 1, ne dit-il rien au verset 14? Le texte ne signale aucune consultation avant Gabaon, aucun oracle, aucun prophète. David demande où monter, mais personne ne demande s'il faut se battre. Et Dieu se tait pendant que trois cent quatre-vingts hommes meurent. On aimerait une explication: c'était nécessaire, c'était le jugement sur la maison de Saül, c'était le prix du royaume. Le récit n'en donne aucune. Il compte les morts, dix-neuf d'un côté, trois cent soixante de l'autre, et nomme le lieu. Peut-être est-ce là l'honnêteté de la Bible: elle ne baptise pas la guerre civile, elle l'enregistre.
L'intertexte
Les hommes de Jabès de Galaad ne sont pas n'importe qui: c'est la ville que Saül avait sauvée au tout début de son règne, dans 1 Samuel 11, et qui, quarante ans plus tard, risque sa peau pour récupérer son cadavre. David le sait, et il choisit de bénir cette loyauté envers son rival plutôt que de la traiter comme une trahison: «Bénis soyez-vous de l'Éternel, de ce que vous avez usé de cette bonté envers votre seigneur Saül.» Puis, dans la même respiration, il ajoute: «c'est moi que la maison de Juda a oint pour roi sur elle.» Générosité et politique dans la même lettre. C'est l'homme selon le cœur de Dieu, et c'est déjà un roi qui compte ses appuis.
Le détail
«Helkath-Hatsurim»: le champ des tranchants, le champ des couteaux. On a donné un nom à cet endroit. Quelqu'un a marqué le lieu où vingt-quatre garçons se sont saisis mutuellement par la tête et se sont transpercés le flanc, tombant «[tous] ensemble». Dans l'ancien Israël, nommer un lieu, c'était le faire entrer dans la mémoire du peuple: on passait devant, et on racontait. Ce nom-là n'honore aucun héros. Il désigne un désastre absurde, l'endroit où un jeu de guerre a montré ce qu'il était. Abner le dira lui-même à la fin: «Ne sais-tu pas qu'il y aura de l'amertume à la fin?» Il le savait le matin. Il a joué quand même.
Réflexion
Où êtes-vous à Hébron en ce moment: une promesse reçue, un territoire trop petit, une attente qui dure? Qu'est-ce que Dieu vous demande de faire là, plutôt que de forcer la suite?
Y a-t-il une poursuite dont vous refusez de vous détourner, alors que quelqu'un vous a déjà dit deux fois de vous arrêter?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Que les jeunes hommes se lèvent, et qu'ils jouent devant nous. » Un jeu, dit Abner. Douze contre douze, et vingt-quatre morts sur place, puis la guerre. Ce qu'on appelle divertissement coûte parfois la vie d'autres que nous. Quels combats regardes-tu comme un spectacle, alors qu'ils déchirent vraiment quelqu'un ?
Abner « l'établit roi sur Galaad, et sur les Ashurites, et sur Jizreël, et sur Éphraïm, et sur Benjamin, et sur tout Israël ». La liste impressionne, le territoire est vaste. Mais c'est un homme qui donne cette couronne, pas Dieu. Deux ans plus tard, tout s'écroule. Ce que tu construis aujourd'hui, qui l'a vraiment ordonné ?
Saül est mort. Le trône promis depuis des années est enfin à portée de main. Et David, au lieu de courir, s'arrête et demande: "Monterai-je dans une des villes de Juda?" Puis encore: "Où monterai-je?" La promesse ne le dispense pas de la question. Toi aussi, tu peux avoir raison sur le but et te tromper de chemin. Demande.
Merci, Seigneur, pour ce cri d'Abner qui arrête le carnage: «Dieu est vivant». Tu vis, et tu entends encore les paroles qui apaisent. Merci de m'accorder ce courage de parler pour arrêter la querelle, avant que le combat n'emporte mes frères.
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